Le traçage technologique pour briser les chaînes de la contamination

À Berlin, au début du mois, des soldats allemands participaient à l’essai d’une application de traçage qui vise à contrôler la propagation du coronavirus. La technologie Bluetooth des téléphones cellulaires permettrait de repérer les citoyens qui ont interagi avec des personnes contaminées.
Photo: Torsten Kraatz Bundeswehr German Army via Agence France-Presse À Berlin, au début du mois, des soldats allemands participaient à l’essai d’une application de traçage qui vise à contrôler la propagation du coronavirus. La technologie Bluetooth des téléphones cellulaires permettrait de repérer les citoyens qui ont interagi avec des personnes contaminées.

Le gouvernement allemand a décidé dimanche de soutenir finalement une application de traçage de porteurs du coronavirus utilisant la technologie développée par Google et Apple, abandonnant une solution nationale critiquée pour son défaut de protection de la vie privée.

Selon le ministre allemand de la Santé, Jens Spahn, et le chef de cabinet de la chancelière Angela Merkel, Helge Braun, Berlin privilégie désormais une « architecture décentralisée » qui permettrait de stocker les données des utilisateurs sur leur propre téléphone plutôt que dans une base de données centrale.

« Notre objectif est que l’application de traçage soit prête à être utilisée très bientôt et qu’elle soit largement acceptée par la population », ont écrit M. Spahn et M. Braun dans une déclaration commune.

À l’instar de l’Allemagne ou de la France, plusieurs pays européens qui cherchent à se prémunir d’une relance de l’épidémie lors du déconfinement étudient ce type de dispositif, qui repose sur la technologie Bluetooth permettant à des téléphones intelligents de communiquer entre eux.

Jusqu’à présent, Berlin avait jeté son dévolu sur une application paneuropéenne connue sous le nom de PEPP-PT, développée par quelque 130 scientifiques européens, dont des experts de l’institut de recherche allemand Fraunhofer et de l’organisme de santé publique de l’Institut Robert Koch.

Mais cette application a rencontré une forte opposition, car il était prévu que les données soient stockées sur un serveur central, ce qui a suscité la crainte que des gouvernements récupèrent ces données personnelles et s’en servent à des fins de surveillance.

Dans une lettre ouverte publiée en début de semaine, quelque 300 universitaires ont exhorté les gouvernements à rejeter cette approche centralisée au profit de celle d’Apple et de Google. Leur système d’exploitation, qui équipe la plupart des téléphones intelligents dans le monde, est plus respectueux de la vie privée, ont-ils fait valoir.

La Commission européenne a également recommandé que les données recueillies par ces applications de traçage ne soient stockées que sur les téléphones des utilisateurs et soient chiffrées.

Le gouvernement allemand a souligné à plusieurs reprises que l’utilisation de toute application de traçage serait volontaire et l’utilisateur anonyme, dans un pays encore hanté par les pratiques de surveillance et de délation des citoyens à l’œuvre sous le régime totalitaire nazi puis communiste.

L’Australie lance COVIDSafe

L’Australie a lancé une application pour téléphone intelligent destinée à tracer les contacts avec des personnes déclarées positives au coronavirus, afin de casser les chaînes de contamination, les autorités s’efforçant d’apaiser les inquiétudes relatives au respect de la vie privée.

L’application, baptisée COVIDSafe, utilise la technologie Bluetooth et pourra être aussi consultée par les autorités sanitaires si une personne l’utilisant contracte la maladie.

Le chef des services de santé australiens, Brendan Murphy, a expliqué que cette application faciliterait la tâche des services tentant de retrouver toutes les personnes qui ont été à moins de 1,5 mètre d’une personne porteuse du virus.

« L’application donnera la liste des numéros de téléphone de ceux qui se sont trouvés à cette distance pendant 15 minutes ou plus », a-t-il expliqué.

« Cela peut permettre de contacter un de ces contacts une journée ou deux plus tôt qu’actuellement. »

L’Australie dénombre un peu plus de 6700 cas de COVID-19, une maladie qui a tué 83 personnes sur l’immense île-continent. Le nombre de nouveaux cas a considérablement baissé ces derniers temps, avec 16 nouvelles contaminations recensées dimanche.

Les autorités sanitaires avancent que l’utilisation massive de la nouvelle application permettra de lever certaines des restrictions de mouvement et de rassemblement ordonnées dans le cadre de la lutte contre l’épidémie.

Elles expliquent que l’application deviendra un outil efficace à partir du moment où la moitié de la population l’utilisera. Son utilisation est gratuite et volontaire.

Afin de réduire les inquiétudes relatives au respect de la vie privée, on peut utiliser l’application sous un faux nom, la police ne peut l’utiliser dans le cadre d’enquêtes judiciaires, et toutes les informations sont automatiquement effacées au bout de 21 jours.

Singapour fut pionnier dans le recours à un tel système.