Fusillade en Nouvelle-Écosse: un épisode de violence conjugale «catalyseur»?

«Nous sommes forts, nous avons l'esprit communautaire et nous prenons soin les uns des autres», a souligné le premier ministre néo-écossais, Stephen McNeil.
Photo: Andrew Vaughan La Presse canadienne «Nous sommes forts, nous avons l'esprit communautaire et nous prenons soin les uns des autres», a souligné le premier ministre néo-écossais, Stephen McNeil.

Un « grave » épisode de violence conjugale, pendant lequel le tireur présumé aurait blessé sa conjointe, a amorcé la pire fusillade de l’histoire du pays, survenue il y a une semaine en Nouvelle-Écosse.

La Gendarmerie royale du Canada (GRC) a dévoilé l’information vendredi lors d’un point de presse à Halifax, en plus de fournir une chronologie du drame qui a coûté la vie à au moins 22 personnes, dont l’agente en service Heidi Stevenson.

Le soir du 18 avril, le suspect, Gabriel Wortman, a vraisemblablement agressé sa conjointe de longue date, qui a finalement pris la fuite. Elle a passé la nuit cachée dans les bois. Pendant ce temps, le tireur a abattu plusieurs personnes dans le village rural de Portapique où il résidait et incendié des maisons, dont la sienne.

« Au total, il y a plus de sept endroits où des personnes ont été retrouvées mortes. Beaucoup de corps ont été découverts quand les intervenants ont fouillé les maisons pour trouver des victimes ou des suspects », a indiqué le surintendant de la GRC Darren Campbell. Au total, 13 personnes ont été tuées dans la petite communauté.

Invité à commenter l’agression présumée entre Wortman et sa conjointe, l'agent Campbell a été prudent, voulant éviter toute spéculation. L’épisode a pu être un « catalyseur » à la tuerie, a-t-il avancé, mais d’autres hypothèses sont à l’étude.

Aux aurores dimanche matin, alors que le tireur poursuivait sa cavale meurtrière, sa partenaire est sortie de sa cachette et a contacté les policiers. Elle leur a fourni plusieurs précieux détails sur le denturologiste de 51 ans.

« Nous avons notamment appris qu’il possédait une réplique de véhicule de police marquée à l’effigie de la [GRC] possédant tout l’équipement nécessaire, et qu’il portait un uniforme de police. Il était en possession de plusieurs armes à feu, dont des pistolets et des armes d’épaule », a raconté Darren Campbell.

Wortman a tenu les policiers en haleine pendant plus de 12 heures, sur plus de 90 kilomètres. Parmi ses victimes, des gens le connaissaient alors que d’autres étaient de parfaits inconnus croisés sur la route — dans les secteurs de Glenholme, de Debert et de Milford notamment.

Le tireur a laissé derrière lui 16 scènes de crime, dont 5 résidences incendiées. Il a également changé de véhicules à deux reprises et de vêtements, se débarrassant d’abord de son véhicule de police contrefait puis de son uniforme identique à ceux de la GRC.

La chasse à l’homme s’est terminée le dimanche 19 avril, en avant-midi, dans une station-service d’Enfield. Des membres des forces de l'ordre ont croisé le tireur qui s'était arrêté faire le plein. Une altercation a éclaté avant que le suspect ne soit abattu par la police.

Vigie

Vendredi soir, une vigie pancanadienne à la mémoire des 22 personnes décédées s’est tenue en ligne, pandémie oblige. Le premier ministre Justin Trudeau, son homologue de la Nouvelle-Écosse, Stephen McNeil, et la gouverneure générale, Julie Payette, ont notamment assisté à cette veillée aux chandelles virtuelle marquée par des prestations de nombreux artistes.

Les téléspectateurs ont d’abord eu droit à une prestation émouvante au violon de la plus jeune victime du massacre, Emily Tuck, froidement tuée aux côtés de ses parents. L’adolescente de 17 ans avait publié sur les réseaux sociaux il y a un mois son interprétation de la valse In Memory of Herbie MacLeod, du Néo-Écossais Jerry Holland. La vidéo a été reprise par la violoniste Natalie MacMaster, elle aussi originaire de Nouvelle-Écosse, qui s’est enregistrée en harmonie avec la jeune Emily.

Les musiciens George Canyon, Jenn Grant et Reeny Smith ont également présenté des performances musicales au cours de cet événement de 90 minutes diffusé aussi par CBC/Radio-Canada, le réseau CTV et plusieurs stations de radio du pays.

La gouverneure générale, Julie Payette, qui a lancé les hommages, a exprimé son chagrin face à la violence «rarement vue au Canada» de la tuerie du week-end dernier.

Les victimes de la fusillade « représentaient les meilleurs d’entre nous et ils nous ont été enlevés bien trop tôt », a de son côté déclaré le premier ministre Trudeau dans son message. « À tous ceux qui ont perdu un être cher, le Canada porte le deuil avec vous », a-t-il ajouté d’un ton solennel.

« Ce qui s’est passé ici, dans notre province, ne représente pas qui nous sommes. [Cette tragédie] risque de nous changer un peu, mais ne nous définira jamais », a quant à lui lancé le premier ministre néo-écossais, Stephen McNeil. « Nous sommes forts, nous avons l'esprit communautaire et nous prenons soin les uns des autres. »

Avec La Presse canadienne