Beau temps pour les coquerelles

Bien que le déparasitage des logements soit considéré comme un service essentiel, les personnes dont l’habitation est ou pourrait être infestée sont bien peu nombreuses à demander de l’aide aux experts en ces temps de pandémie. L’entreprise ABC Gestion parasitaire a d’ailleurs vu ses activités chuter de 60% depuis le début de la crise.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Bien que le déparasitage des logements soit considéré comme un service essentiel, les personnes dont l’habitation est ou pourrait être infestée sont bien peu nombreuses à demander de l’aide aux experts en ces temps de pandémie. L’entreprise ABC Gestion parasitaire a d’ailleurs vu ses activités chuter de 60% depuis le début de la crise.

À cette époque de l’année, Steve Bilodeau, de l’entreprise ABC Gestion parasitaire à Montréal, est généralement débordé. Mais depuis le début de la crise de la COVID-19, l’expert en déparasitage a vu ses activités chuter de 60 %. Et ce n’est pas une bonne nouvelle pour l’ensemble des Montréalais, parce que ça pourrait vouloir dire que les punaises de lit, les coquerelles et autres parasites indésirables ont eu plus de temps pour proliférer dans les maisons.

C’est que, bien que le déparasitage des logements soit considéré comme un service essentiel, les personnes dont l’habitation est ou pourrait être infestée sont bien peu nombreuses à demander de l’aide aux experts en ces temps de pandémie. Pourtant, Steve Bilodeau affirme avoir tout l’équipement nécessaire pour protéger son personnel et les gens qu’ils visitent contre la contagion de la COVID-19. « On a des masques, de l’antiseptique en grande quantité dans le camion, et on a aussi des pantoufles que les employés changent après avoir visité chacun des appartements. On respecte les distances entre les gens. Mais là où ça se complique, lorsqu’il y a épandage de pesticide, en poudre ou en liquide, c’est que les habitants d’une maison doivent quitter celle-ci plusieurs heures pendant le traitement », dit-il.

« D’habitude, ils vont à la bibliothèque ou ils vont magasiner, mais là ils n’ont nulle part où aller », ajoute-t-il.

En cette période qui précède la date cruciale des déménagements du 1er juillet, l’entreprise de Steve Bilodeau effectue en temps normal des visites de décontamination comme des visites de prévention et d’inspection, notamment en prévision d’un éventuel changement de locataire le 1er juillet. Or, depuis le début de la pandémie, les visites de prévention n’ont pas lieu et même les visites de décontamination tardent à être exécutées. « Il y a des centaines et des centaines de logements qui sont en attente d’une inspection par nos techniciens », dit Steve Bilodeau, qui croit que la note de ces retards pourrait être salée pour les propriétaires.

La présence de punaises de lit ou de coquerelles peut être confirmée à distance, grâce à des photos, par son équipe. Par ailleurs, il est dans l’obligation du locataire, puisque ce sont majoritairement des immeubles à forte densité de population qui sont touchés, d’accepter la visite d’un inspecteur et d’un déparasiteur. « Il y a des règlements municipaux qui précisent que, si vous êtes locataire sur le territoire, vous ne pouvez en aucun temps retarder une visite urgente, dit-il. Les locataires doivent ouvrir leur porte avant que les voisins n’écopent du problème. » Quitte à demeurer dehors, ou dans leur véhicule, ou sur le terrain, le temps du déparasitage.

Là où ça se complique, lorsqu’il y a épandage de pesticide, en poudre ou en liquide, c’est que les habitants d’une maison doivent quitter celle-ci plusieurs heures pendant le traitement. D’habitude, ils vont à la bibliothèque ou ils vont magasiner, mais là ils n’ont nulle part où aller.

 

La Ville au ralenti

Mais les inspections de la Ville de Montréal fonctionnent au ralenti, témoigne Maxime Roy-Allard, du Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ).

« Il y en a énormément et les inspecteurs peinent à suffire à la demande, dit Steve Bilodeau. Vous seriez surpris de voir le nombre de locataires qui nous ferment la porte au nez. »

À l’Office municipal d’habitation de Montréal (OMHM), qui gère le parc des habitations à loyer modique de la métropole, on reconnaît que plusieurs locataires craignent de recevoir des déparasiteurs à cause de la pandémie de COVID-19.

« On vit un peu la même chose que tout le monde, dit Mathieu Vachon, directeur des communications à l’OMHM. Il y a des locataires qui ont peur de la COVID-19 et qui refusent les traitements. »

Lorsque les traitements sont longs, l’OMHM a décidé d’utiliser les logements vacants pour permettre aux locataires, notamment les personnes âgées, de patienter le temps que dure le traitement.

Sinon, les entreprises ont recours à des traitements alternatifs, comme le traitement à la vapeur ou avec l’aspirateur.

« S’il y a des gens qui refusent, on ne peut pas les forcer. Mais ce n’est pas la majorité », dit Mathieu Vachon, qui ajoute que les inspections préventives ont été annulées.

Or, on le sait, la prolifération des bestioles indésirables augmente avec le temps et risque aussi d’atteindre les logements voisins. De plus, les parasites se reproduisent davantage lorsque la température est douce, ce qui devrait survenir dans les prochaines semaines.

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