FTQ: soutenir la relance

Isabelle Delorme Collaboration spéciale
La survie de plusieurs entreprises est mise en doute, notamment dans l’industrie de la restauration. En attendant de connaître les mesures qui seront mises en place, plusieurs restaurateurs offrent l’option à emporter ou la livraison.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir La survie de plusieurs entreprises est mise en doute, notamment dans l’industrie de la restauration. En attendant de connaître les mesures qui seront mises en place, plusieurs restaurateurs offrent l’option à emporter ou la livraison.

Ce texte fait partie du cahier spécial Journée internationale des travailleurs

La pandémie de COVID-19 a touché de plein fouet les travailleurs et les travailleuses du Québec. Qu’ils continuent à se rendre au travail, qu’ils s’interrogent sur la reprise ou qu’ils craignent de perdre leur emploi, l’incertitude règne parmi les Québécois. La Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) préconise certains axes prioritaires.

Améliorer les conditions d’emploi de certains salariés

Les conditions d’emploi des préposés aux bénéficiaires, particulièrement dans le secteur privé, ont tristement fait la une des journaux avant que le gouvernement n’annonce une hausse salariale de 4 %. Pour la FTQ, c’est un premier pas tardif vers une amélioration, qui devra être plus durable et étendue.

« Il ne faut pas croire que cette augmentation sera une mesure magique qui engendrera une plus grande disponibilité des préposés aux bénéficiaires dans les résidences privées de personnes âgées », dénonce Daniel Boyer, président de la FTQ, pour qui le salaire, mais aussi les conditions d’exercice d’emploi, de l’ensemble du personnel de ces structures dans le privé et le public doivent être améliorés. « Si l’on n’a pas assez de bras pour travailler dans nos résidences privées de personnes âgées ou si l’emploi est effectué dans des conditions peu valorisantes, nous aurons de la difficulté à trouver le personnel nécessaire », estime le chef syndical, qui dénonce des sous-effectifs parfois inhumains.

La question du salaire minimum préoccupe également la FTQ, qui juge très insuffisante l’augmentation à 13,10 $ l’heure annoncée par le gouvernement pour le 1er mai prochain. « Les programmes d’aide fédéraux et provinciaux sont plus généreux ! » lance Daniel Boyer, qui demande une augmentation plus substantielle à 15 $.

Investir dans les services publics

Pour la FTQ, les services publics ont longtemps été négligés, notamment à cause des politiques d’austérité imposées par le Parti libéral. « Il ne faut pas être surpris aujourd’hui, car nous avons une clientèle plus âgée, certains élèves en difficulté ont besoin d’une aide particulière et nous n’avons pas assez investi », constate Daniel Boyer.

Or, la crise démontre à quel point ces services primordiaux doivent être solides. « Imaginez la situation dans laquelle on se trouverait en ce moment si les fonctionnaires n’étaient pas là, souligne le patron de la FTQ. À part les enseignants des écoles fermées, ils sont tous au travail — parfois en télétravail —, car ce sont des services essentiels. » Le Québec a probablement le meilleur filet social en Amérique du Nord, poursuit Daniel Boyer, une exception qu’il faut chérir. « Tout le monde a accès à des services de santé et d’éducation, mais il faut en prendre soin », avertit le président.

Le problème d’effectifs dans lesservices publics touche aussi certaines municipalités, tentées de procéder à des mises à pied en cette période de crise. « Nous ne comprenons pas le motif. Les taxes seront payées et nous sommes à une période de l’année où tout le personnel des municipalités est à pied d’œuvre, car, après l’hiver, il faut faire le grand ménage, remettre en ordre nos rues et les municipalités proches de cours d’eau doivent gérer les problèmes d’inondation », fait valoir Daniel Boyer.

Trouver des solutions pour la reprise

« Ce ne sera pas si facile de remettre l’interrupteur sur on. Il faudra yaller progressivement et nous devrons vivre et travailler avec le virus pendant un bon moment », souligne le chef de la FTQ, en rappelant l’importance d’assurer la santé et la sécurité des travailleurs. Les questions relatives aux écoles et aux services de garde, la conciliation travail-famille, la gestion des horaires de travail et des flux dans les transports en commun devront être discutées à l’avance avec les autorités publiques et les employeurs.

« Sur le plan économique, beaucoup de programmes fédéraux et provinciaux ont été mis en place, mais il faudra un peu plus que cela », croit par ailleurs Daniel Boyer, car la survie de leur entreprise est une grande source d’inquiétude pour les travailleurs et les travailleuses. Il faudra accorder une importance particulière aux PME, qui sont une partie importante du tissu économique du Québec. Elles devront notamment être soutenues dans des secteurs difficiles comme la restauration, les bars, la coiffure, l’esthétique, l’hôtellerie et les événements touristiques, dont on ne sait pas combien de temps ils seront affectés par le virus, préconise le patron de la FTQ.

Le 3 avril, 15 organismes économiques, syndicaux, sociaux et environnementaux, incluant la FTQ, ont offert des pistes pour la reprise en réponse à l’appel du gouvernement. Ces pistes comprennent des mesures pour soutenir le développement du télétravail et la formation. « Le mouvement syndical s’est toujours levé en temps de crise et nous sommesprêts à jouer notre rôle de leadersdans cette relance, lance Daniel Boyer. Nous voulons trouver des solutions pour relancer l’économie avec des emplois valorisants et bien payés. »