Les pays cherchent la recette pour mettre fin au confinement de façon sécuritaire

Au moment où le premier ministre François Legault espère un déconfinement prochain, peu de pays ont trouvé le modèle idéal pour décider de la voie sécuritaire pour desserrer l’écrou imposé à la population. Et la science vient bousculer un peu plus chaque jour les certitudes.

De toutes nouvelles donnéespubliées cette semaine par la revueScience, selon lesquelles environ 40 % de la contamination se ferait un à deux jours avant même l’apparition des symptômes chez les personnes infectées, viennent hausser d’un cran le niveau de difficulté d’un éventuel plan de déconfinement.

Dans plusieurs pays, l’accès aux tests sérologiques est devenu l’une des armes envisagées pour relâcher l’étau dans lequel est plongée l’économie de leur pays. Ces tests sanguins détectent en 15 minutes les anticorps à la COVID-19 chez les personnes qui ont été infectées et pourraient permettre de savoir qui est « immunisé » et apte à retourner au travail. En plus d’aider à surveiller l’évolution de l’épidémie, ils pourraient lever le voile sur la grande inconnue de la pandémie : le nombre de personnes infectées asymptomatiques, pouvant aussi disposer d’une « certaine immunité ».

À ce chapitre, Québec attend la remise imminente d’un important avis de l’Institut national d’excellence en santé et des services sociaux (INESSS) sur l’opportunité d’amorcer de tels tests. Le hic, c’est que Santé Canada, se ralliant aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), n’approuve toujours pas cet outil diagnostic.

Or, des dizaines de milliers de ces tests, produits ici même au Canada, à Markham en Ontario, sont expédiés aux États-Unis et en Europe. Ces tests peuvent déceler les anticorps sept jours après l’infection.

L’ennemi invisible

En Italie, les autorités de Vénétie ont amorcé de tels tests auprès de 100 000 personnes dans l’espoir de réinsuffler un peu d’oxygène à leur économie. Dans la commune italienne de Robbio, ces tests pratiqués sur 2000 personnes ont détecté que jusqu’à 13 à 14 % étaient asymptomatiques, donc potentiellement déjà immunisées.

Les États-Unis misent aussi sur ces tests pour redémarrer une partie leur économie asphyxiée. Les National Institute of Health (NIH) ont lancé une étude sur plus de 10 000 sujets, et un comté de l’État du Colorado procède actuellement au dépistage sérologique de toute sa population.

Et ici ? « On est assez près d’avoir de tels tests. Et il faudrait en disposer notamment dans la région de Montréal où la transmission se poursuit. Mais être déclaré positif aux anticorps n’est pas d’emblée une garantie de protection future », met en garde le Dr Marc Dionne, de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). « On ignore encore si ça prouve qu’on a assez d’anticorps, et les bons, pour être à l’abri d’une réinfection. »

Certains pays, comme la Chine, ont délivré des « certificats » aux personnes guéries de l’infection pour leur permettre, après 76 jours, de sortir du confinement à Wuhan. En Europe, l’idée, qui suppose de confiner les non immunisés et laisser vaquer les guéris, a soulevé les hauts cris. Pour l’heure, rien de tel n’est envisagé ici.

À la lumière de ces nouvelles données, tant qu’il y aura de la contamination communautaire, notamment à Montréal, il ne saurait y avoir de déconfinement sans risque, s’entendent les spécialistes.

« Si on estime que 90 % de la population est sans immunité, les risques de provoquer une nouvelle flambée demeurent très élevés », juge le Dr Alain Lamarre, spécialiste en immunologie à l’INRS-Institut Armand-Frappier.

Le Dr Marc Dionne reconnaît qu’il n’existe pas de modèle scientifique éprouvé de déconfinement. Les yeux du monde entier sont tournés vers la Chine, la Corée, l’Europe. « On ne peut que se fier à ce qui se fait ailleurs dans le monde et voir ce que ça donne. »

Dans l’Hexagone, après 7 semaines de confinement, la reprise est prévue pour le 11 mai dans les crèches, écoles et lycées, mais restaurants, hôtels et théâtres resteront clos.

D’autres pays, comme l’Autriche, l’Italie et l’Espagne ont rouvert au compte-gouttes certains commerces mi-avril. Le Québec a fait de même en redémarrant les chantiers de construction, les pépinières et les garages, quatre semaines après les dernières fermetures.

Contamination -1

À défaut de plan de match infaillible, avancent plusieurs scientifiques, le critère premier demeure d’avoir aplani la courbe et limité la circulation du virus, comme l’ont fait la Chine (selon les données officielles) et la Corée, sous un taux de transmission (TR) de 1,7 (soit une personne en infectant 1,7 autre).

« Au Québec, les cas se concentrent maintenant dans les CHSLD et les RPA [résidences pour aînés]. Dans le reste de la population, on est probablement en deçà d’un taux de 1 dans quelques régions, ce qui pourrait permettre une reprise prudente dans celles-ci », estime le Dr Dionne. Ce taux est toutefois totalement lié aux mesures de confinement appliquées depuis la mi-mars.

Celui qui participe aux analyses fournies au gouvernement pour ajuster son tir estime que, même si l’épidémie semble « stabilisée » dans quelques régions, la situation reste « intense » à Montréal, où la levée du confinement serait prématurée. « Il appartient au gouvernement de voir si on procède région par région ou si on opte pour une levée assez généralisée comme en France », dit-il.

Selon le Dr Lamarre, le déconfinement ne devrait se faire que par secteurs d’emploi, suivi d’un « monitorage constant » par tests et par enquêtes, doublé du maintien des mesures de prévention actuelle.

« Le secret dans une épidémie, c’est d’avoir le maximum d’informations possible. Mais tant qu’on n’aura pas de vaccins, on n’est pas près d’abandonner la distanciation sociale. »

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