Les finissants ne mèneront pas le bal

Sarah-Maude Tessier, 16 ans, dans sa robe de bal, devant sa maison à Blainville
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Sarah-Maude Tessier, 16 ans, dans sa robe de bal, devant sa maison à Blainville

Quatre témoignages de jeunes qui ne fêteront pas la fin d’un parcours cette année.

 
 

SARAH-MAUDE TESSIER

« On s’était préparés depuis super longtemps pour ça, pour finalement se faire dire qu’on ne peut pas y aller »

Depuis qu’elle est toute petite, Sarah-Maude Tessier rêve de son bal de finissante. À quelques mois du grand moment, l’adolescente de 16 ans avait acheté une robe bleu royal, sans manches, longue avec une traîne.

Elle se voyait déjà faire son entrée à l’Abbaye d’Oka, le 22 juin prochain, et prendre le cocktail avant d’aller passer la soirée à danser avec ses amis. L’après-bal devait se tenir à Rawdon.

Tout était prévu, raconte la finissante de l’externat Sacré-Cœur à Rosemère, qui était membre du comité d’organisation du bal. Tout, sauf une pandémie qui forcerait l’annulation de cette soirée et la déception qui s’ensuit.

« J’ai travaillé vraiment fort pendant 5 ans pour arriver à ce moment-là… Parce que c’est le rêve de toutes les petites filles d’arriver à leur bal de secondaire 5, de se mettre belle, avec leur robe, entourée de tous les amis. C’était vraiment un rêve de petite fille pour moi. Et de savoir que ça ne se passera probablement pas en raison d’une situation sur laquelle on n’a aucun contrôle et pour laquelle je ne peux rien faire, je trouve ça vraiment plate », confie l’étudiante.

Et encore, s’il n’y avait que le bal. Avec son école, Sarah-Maude devait partir au Guatemala pour un voyage humanitaire. « On s’était préparés depuis super longtemps pour ça, on avait fait une formation et des activités de levée de fonds, pour finalement arriver trois semaines avant le départ à se faire dire qu’on ne peut pas y aller. Ça a été un choc. »

Depuis la fin abrupte des classes le 12 mars dernier, l’adolescente s’ennuie de ses amis. Elle aurait aimé profiter de ses derniers mois d’école avec eux pour se forger des souvenirs avant que leurs chemins ne se séparent.

« Le fait qu’on ne pourra pas dire bye à notre école, à nos professeurs, à nos amis, c’est difficile. Sincèrement, je ne pensais pas que ça me ferait autant de peine. Ça m’aurait peut-être fait moins de peine si c’était arrivé à la fin de l’année parce que j’aurais eu tous ces beaux souvenirs. Mais là, ma dernière journée me laisse sur un souvenir bizarre et je n’ai pas eu la chance d’avoir d’autres souvenirs. »

Et la robe de bal ? « Je la garde pour le moment, mais probablement que lorsque les magasins vont rouvrir, je vais aller la retourner. »

 

ANTHONY PARADIS

« On ne sait pas trop ce qui va se passer, alors c’est stressant, mais je pense que je vais bien m’en sortir »

Anthony Paradis, 12 ans, n’avait pas de grands plans pour la fin de sa 6e année, si ce n’est que de se préparer à entrer au secondaire. Il sait qu’un bal s’organisait à l’école Chénier, mais n’avait pas trop d’attentes. Il était trop occupé à étudier, étant dans un programme de bain linguistique qui le force à faire tout le volet académique de la 6e année dans une demi-année scolaire.

« Je ne pensais pas trop à ça, répond le garçon. Pendant l’année, on se concentrait sur le moment présent, on avait beaucoup de travaux et on était débordés. Mais depuis la fermeture des écoles, avec mes amis, on a commencé à penser à tout le reste de l’année, au bal et à tout ce qu’on aurait pu faire. »

Il trouve stressant de passer au secondaire sans transition, conscient qu’il devra s’adapter rapidement. « On ne sait pas trop ce qui va se passer, s’il y aura des mesures supplémentaires au secondaire pour cette année, alors c’est stressant, mais je pense que je vais quand même bien m’en sortir. »


NATHAN BOYER

« J’aurais aimé ça, aller au bal : ça finit bien ton secondaire et tu ne vis ça qu’une seule fois »

« Ne pas pouvoir finir mon secondaire, c’est une chose. Mais ce qui me désole le plus, c’est de ne pas pouvoir clore ça comme j’aurais voulu », affirme Nathan Boyer, 15 ans.

Comme la grande majorité des étudiants du Québec, l’adolescent n’a pas vu venir la fin des classes le 12 mars dernier. C’était une journée comme toutes les autres à l’école Pierre-Bédard, à Saint-Rémi, sur la Rive-Sud. Et aujourd’hui, le jeune homme s’en désole.

« Avoir su que c’était ma dernière journée d’école, j’en aurais profité. J’aurais fait mes adieux à l’école. J’aurais eu du fun avec mes amis, j’aurais remercié les professeurs que j’ai le plus aimés, j’aurais fait un dernier tour de l’école… »

Le secondaire 5 a une valeur symbolique pour lui. « Si c’était arrivé pendant que j’étais en secondaire 3 ou 4, ça m’aurait moins dérangé, je me serais dit :  bah, on sauve un bout d’école et on reprend ça l’année prochaine. Mais là, ce n’est plus pareil. C’est fini. Ça clôt le secondaire d’une mauvaise façon. » Il espérait finir l’année en beauté avec le bal de finissants. « J’aurais aimé ça, aller au bal : ça finit bien ton secondaire et tu ne vis ça qu’une seule fois. C’est festif et c’est la dernière fois que tu vois les personnes de ton année parce que les chemins vont se séparer. »

Il commençait à regarder sur Internet des looks inspirants pour cette soirée. « Je me disais que le bleu marin, ça me fait bien, alors je regardais des complets carottés avec du bleu. » Avec ses amis, il avait prévu d’arriver au Manoir Rouville Campbell en limousine. Plutôt que d’étudier pour les examens de fin d’année qu’il aurait dû passer, Nathan travaille à temps plein dans l’espoir d’amasser l’argent nécessaire pour passer son permis de conduire.

Et il garde les yeux sur le futur. Il vient tout juste de recevoir la confirmation qu’il entrera en septembre au cégep André-Laurendeau en architecture. « J’espère que les choses vont rentrer dans l’ordre d’ici là. »


SABRINA CHEMROUK

Pour la fin de sa sixième année de primaire, elle s’était imaginé « quelque chose de plus spécial »

« Je suis un peu triste, c’est plate de finir l’année comme ça », lance Sabrina Chemrouk au bout du fil. Pour la fin de sa sixième année du primaire, elle s’était imaginé « quelque chose de plus spécial que les autres années », quelque chose de « cool ».

La jeune fille de 11 ans fréquente l’école alternative Albatros à Anjou. Avec sa classe, elle se préparait pour « le grand projet », soit un voyage scolaire dans Charlevoix organisé entièrement par les enfants, qui devait avoir lieu mi-juin. Ce voyage était symbolique. « J’attendais ce moment avec impatience », raconte-t-elle.

Bien qu’elle n’en ait pas encore la confirmation, elle commence à comprendre que le voyage sera sans doute annulé. Les dernières activités de financement qui étaient prévues en avril ont été annulées. Tout comme le bal de finissants, que les parents avaient commencé à organiser.

« On a mis tellement d’énergie à tout organiser pour satisfaire les enfants, pour les rendre heureux, pour finir ça en beauté, raconte sa mère, Kenza Ouslimani. C’est une déception pour tout le monde, mais on essaie de se réconforter en se disant que le plus important, c’est la santé. »