Les villes appréhendent une facture salée

Les villes devront vraisemblablement contracter des emprunts pour remédier aux manques à gagner, mais elles ne voudront pas augmenter les taxes en 2021, soutient Suzanne Roy.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Les villes devront vraisemblablement contracter des emprunts pour remédier aux manques à gagner, mais elles ne voudront pas augmenter les taxes en 2021, soutient Suzanne Roy.

La pandémie de coronavirus coûte cher aux villes. Le maire de Vancouver a déjà fait savoir qu’il craignait la faillite de sa ville. Valérie Plante a pour sa part soutenu que la crise aura des répercussions majeures sur les finances de la Ville de Montréal et elle a demandé l’aide des gouvernements supérieurs. Ailleurs au Québec, les municipalités ont les mêmes inquiétudes.

« C’est majeur, les pertes qu’on va avoir et n’oublions pas que les villes sont tenues par la loi de ne pas faire de déficit, ce qui nous met un poids supplémentaire. […] Ce que je ne veux pas, c’est de couper dans les services aux citoyens et ne pas avoir les coudées franches pour relever l’économie », a expliqué Valérie Plante mardi, alors qu’elle s’entretenait avec le président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Michel Leblanc.

Contrairement à la Ville de Québec, qui a mis à pied 2000 employés surnuméraires, la Ville de Montréal a décidé de garder ses 28 000 employés. Le télétravail a été privilégié pour bon nombre d’entre eux alors que d’autres ont été déployés pour prêter main-forte à des organismes d’aide aux plus démunis, comme Moisson Montréal.

Avec le confinement généralisé et les pertes d’emploi qui ont fait grimper le taux de chômage, Montréal fonctionne au ralenti. Les festivals et les rassemblements culturels et sportifs ont été suspendus pendant tout l’été. La mairesse Plante promet de présenter au début du mois de mai un plan de relance des activités économiques, mais le redémarrage s’annonce difficile.

La mairesse estime que,dans ce contexte, les gouvernements fédéral et provincial devront venir à la rescousse de sa ville. « On a besoin d’une dose d’amour parce qu’en plus, on est la ville la plus touchée au Québec. C’est à Montréal que les défis au niveau du transport collectif et de la gestion de l’espace public sont les plus grands. On a définitivement besoin de ces moyens nécessaires pour se relever encore plus fort. »

Faillite à Vancouver ?

Il y a quelques jours, le maire de Vancouver, Kennedy Stewart, a dit qu’il craignait la faillite de sa ville en raison de la pandémie. Plus de la moitié des contribuables pourraient avoir de la difficulté à payer leur compte de taxe en entier, ce qui, ajouté aux autres pertes de revenus, se traduirait par un manque à gagner de 325 millions pour la Ville, a-t-il dit. Il a donc demandé une aide de 200 millions du gouvernement de Colombie-Britannique.

Montréal est en bien meilleure posture, estime Danielle Pilette, professeur à l’UQAM, spécialisée en finances et fiscalité municipale. Vancouver, une ville d’environ 675 000 habitants, n’a pas vécu de fusions comme Montréal ou Toronto. Montréal s’appuie sur un territoire plus grand et plus diversifié. Elle est donc plus résistante à ce type de crise, dit-elle. « Vancouver est une ville de propriétaires. On est plus dans une bulle immobilière. La bulle peut monter plus vite, mais elle peut descendre plus vite aussi. Elle est plus vulnérable que Montréal. »

Le problème de Montréal dans cette crise viendra probablement du secteur non résidentiel qui était déjà fragile avant la pandémie, avance Danielle Pilette. « Chaque année, environ 20 % des commerces disparaissent à Montréal. On peut penser qu’après quelques mois [de pandémie], il y aura peut-être 40 % des commerces qui vont disparaître. » Selon elle, ces difficultés pourraient même créer des pressions pour convertir des secteurs commerciaux en secteurs résidentiels.

Dans ce contexte, il est de bonne guerre que les villes réclament de l’aide du gouvernement fédéral, notamment sous forme d’aide financière aux salaires, dit-elle.

Hausses de dépenses

Ailleurs au Québec, les effets dévastateurs de la pandémie se font aussi sentir douloureusement. « La grande majorité des villes ont dû remercier leurs employés surnuméraires et saisonniers », dit Suzanne Roy, mairesse de Sainte-Julie et présidente de l’Union des municipalités du Québec (UMQ). « On peut s’attendre à des retards de paiement de taxes. On a des coûts supplémentaires pour les pompiers à cause des plans de contingence liés à la COVID-19. Dans plusieurs cas, il y aura des hausses de dépenses pour la police. C’est sûr que pour les municipalités, 2020 va être extrêmement difficile. Mais même 2021 pourrait l’être aussi. »

La facture du transport collectif, que les villes doivent financer malgré la baisse d’achalandage, pèse lourd aussi. Au Québec, les pertes appréhendées se chiffrent à plusieurs dizaines de millions de dollars.

Les villes devront vraisemblablement contracter des emprunts pour remédier aux manques à gagner, mais elles ne voudront pas augmenter les taxes en 2021, soutient Suzanne Roy. « Les citoyens n’auront pas d’argent pour payer plus de taxes. On ne peut pas non plus les diminuer et donner des crédits de taxes parce que là, c’est la Ville qui va fermer et changer de nom », fait remarquer l’élue. Selon elle, Ottawa devra rapidement réserver des enveloppes dédiées aux villes pour compenser les frais de la COVID-19.

Un récent sondage réalisé par la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ) auprès de ses membres a révélé que 43,4 % des propriétaires de logements ou leur conjoint avaient subi une perte de revenus personnels (excluant les loyers) en raison de la crise liée au coronavirus. Le sondage a été mené auprès de 2600 répondants.