Peut-on vivre en ville à deux mètres de distance?

François Legault a prévenu les Québécois la semaine dernière : si on peut s’attendre à un retour graduel des activités à mesure que la crise du coronavirus s’atténuera, la consigne des deux mètres de distance devra perdurer pendant des mois. Comment s’appliquera cette règle dans la vie de tous les jours? Notre journaliste Jeanne Corriveau donne de premiers éléments de réponse.

Partager l’espace public

En ville, se tenir à deux mètres de distance des autres piétons peut s’avérer difficile sur les trottoirs étroits. À Montréal, le trottoir de l’avenue du Mont-Royal a été élargi temporairement pour permettre aux résidents du secteur de fréquenter les commerces de services essentiels tout en respectant les consignes de distanciation. La Ville examine la possibilité d’appliquer cette mesure à d’autres artères de la ville.

« C’est une occasion de repenser le partage de l’espace public et retrouver un rééquilibrage en faveur des piétons dans les quartiers centraux », estime Florence Paulhiac, professeure au Département d’études urbaines et touristiques de l’UQAM. « On pourrait penser à un réseau piétonnier enrichi, en continuité, dans lequel on pourrait inclure les ruelles en grignotant sur l’espace de la voiture. »

L’ex-maire du Plateau-Mont-Royal Luc Ferrandez a suggéré d’obliger les joggeurs à courir sur la chaussée afin de libérer les trottoirs. Ce ne sera peut-être pas nécessaire, croit Florence Paulhiac, puisque, généralement, les coureurs le font naturellement.

La Ville de Westmount, elle, a cru bon de donner des consignes précises aux piétons de manière à ce qu’ils circulent tous dans le même sens sur les trottoirs. Une mesure qui n’a pas eu d’échos ailleurs.

La discipline dans les parcs

 

Les policiers ont à l’œil les marcheurs dans les parcs qui omettent de garder une distance raisonnable entre eux. Des centaines de constats d’infraction ont déjà été dressés par les policiers, tant à Montréal qu’ailleurs au Québec.

À l’approche des beaux jours, la tentation sera grande pour les confinés de prendre d’assaut les espaces verts. Le magazine français L’Obs rapportait la semaine dernière que la ville de Biarritz avait, par arrêté municipal, interdit la « station assise de plus de deux minutes » sur les bancs. Elle s’est par la suite ravisée face aux critiques. La municipalité de Béziers a pour sa part carrément retiré les bancs de ses parcs pour éviter toute tentation.

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Les commerces attendent le signal de départ

Les commerces jugés essentiels, dont les pharmacies et les épiceries, sont demeurés ouverts, et des mesures de distanciation et de protection ont été mises en place, comme les panneaux de plexiglas aux caisses et la limitation du nombre de clients.

 

En attendant le signal du premier ministre à ce sujet, les autres commerces élaborent déjà des protocoles similaires à ceux déjà appliqués dans les établissements restés ouverts afin d’être prêts, explique Stéphane Drouin, directeur général du Conseil québécois du commerce de détail. Mais la distanciation sera un défi, car on peut s’attendre à des journées d’achalandage important.

Les centres de jardinage, les garages et les ateliers de mécanique espéraient rouvrir leurs portes bientôt. Leur vœu a été exaucé puisque, lundi, Québec a annoncé qu’ils pourraient reprendre leurs activités à partir du 15 avril. « Les centres de jardinage sont particuliers parce qu’ils vendent des biens périssables. Et il y a une question de bien-être. Ça fait du bien aux gens de brasser un peu de terre et de planter des fleurs », dit M. Drouin.

Une épreuve pour les restaurants

 

Pour les restaurateurs, la règle des deux mètres de distance est une catastrophe. Comment ouvrir une salle à manger quand le serveur ne peut même pas aller porter une assiette à la table ? se demande François Meunier, vice-président aux affaires publiques de l’Association Restauration Québec : « Les clients vont aller chercher leurs assiettes eux-mêmes au comptoir ? Ce n’est plus la même offre. »

Les restaurateurs souffrent déjà de la fermeture des salles à manger, le volet qui leur permet de toucher quelques profits et de payer le loyer. Selon François Meunier, la pandémie fera disparaître un certain nombre de restaurants, d’autant que cette industrie s’appuie sur la tenue de grands événements qui, eux, sont annulés.

Les camps de jour pleins d’espoir

Vendredi, s’appuyant sur le fait que les jeunes sont moins à risque face à la COVID-19, le premier ministre Legault a indiqué que les écoles et les garderies pourraient rouvrir leurs portes avant le 4 mai. Les commentaires de François Legault laissent croire que les camps de jour pourraient accueillir les enfants cet été. « S’il y a une reprise de l’école, pour nous, c’est un signal », indique Éric Beauchemin, directeur général de l’Association des camps du Québec.

Selon lui, même si la réponse n’arrive que le 15 mai, les organisations qui proposent des camps d’été et des camps de jour seront en mesure de lancer les inscriptions. Mais le gouvernement devra donner plus de précisions quant aux règles de distanciation qu’il faudra appliquer, prévient M. Beauchemin.

Les transports en commun

 

Qui dit retour au travail dit aussi achalandage dans les transports en commun, ce qui n’est pas de nature à faciliter la distanciation sociale. Professeur à la Faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal, Jean-Philippe Meloche estime qu’un « traumatisme » à l’égard du transport en commun demeurera. Ceux qui auront opté pour la voiture pendant la période de confinement hésiteront à retourner au transport collectif. « Tant que le taux de chômage est élevé et que ça ne se bouscule pas dans les autobus, ce n’est peut-être pas un problème. Mais quand les gens vont retourner travailler, c’est sûr que la règle des deux mètres ne pourra plus tenir. Et s’ils choisissent l’auto, on va avoir des problèmes de congestion monstre. »

Il croit cependant que les habitudes prises pendant le confinement, comme le télétravail et les réunions virtuelles, se poursuivront pour bon nombre de travailleurs, jusqu’à un réel retour à la normale. Les entreprises auraient aussi avantage à décaler l’horaire de leurs employés pour alléger l’heure de pointe.

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