Les patients sous respirateur sont plus à risque de mortalité

Un scan des poumons d’un patient parisien atteint de la COVID-19 montre l’inflammation et les dommages que cause la maladie.
Photo: Ludovic Marin Agence France-Presse Un scan des poumons d’un patient parisien atteint de la COVID-19 montre l’inflammation et les dommages que cause la maladie.

L’entrée d’un patient atteint de la COVID-19 à l’unité des soins intensifs n’augure généralement pas très bien de ses chances de s’en sortir indemne, voire vivant. Selon des études préliminaires, environ la moitié des personnes infectées nécessitant le recours à un respirateur mourront.

Selon des données relevées en Chine, en Lombardie, région du nord de l’Italie, en France, en Espagne et à Seattle, aux États-Unis, le taux de mortalité des patients qui sont sous respirateur aux soins intensifs atteint en moyenne 50 %. « Ce taux ressemble à celui qui est observé dans les autres syndromes respiratoires sévères », précise le pneumologue intensiviste et chef des soins intensifs au CHUM, Jean-François Lizé.

« Les données pour le Québec sont encore trop incomplètes pour répondre précisément à cette question. Et cela dépend aussi beaucoup de l’âge des personnes qui sont hospitalisées. Mais on pourrait penser que 20 % des patients hospitalisés vont aller aux soins intensifs (plus pour les personnes âgées de plus de 70 ans), et que 40 % vont avoir besoin d’un respirateur, et que plus de 60 % de ceux qui sont sous respirateur vont décéder », ajoute Marc Dionne, directeur scientifique à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) et professeur à l’Université Laval.

Il est aussi un peu trop tôt pour savoir si les patients qui guérissent de la COVID-19 auront des séquelles, affirme le Dr Lizé. « La plupart des gens qui sont hospitalisés, mais ne vont pas aux soins intensifs, voient leurs lésions pulmonaires disparaître complètement. Nous savons aussi que les poumons des patients qui survivent à un syndrome respiratoire ayant nécessité des soins intensifs récupèrent généralement très bien. Toutefois, à leur sortie des soins intensifs, une majorité de ces patients présentent un déconditionnement, c’est-à-dire une faiblesse musculaire telle que les patients doivent réapprendre à marcher, voire à manger, et aussi de petites séquelles neurologiques. Mais un an plus tard, 50 % de ces patients recouvrent une qualité de vie similaire à celle précédant leur maladie », indique le Dr Lizé.

« On observe donc néanmoins des répercussions majeures, surtout psychiques et cognitives, dans 50 % des cas. Le syndrome post-traumatique occasionné par les soins intensifs, dont l’intubation, ainsi que les sédatifs et les analgésiques administrés, peut entraîner des séquelles, comme une dépression et des troubles de sommeil, qui sont souvent sous-rapportés. On peut donc imaginer que la COVID-19 aura des conséquences semblables, mais il est beaucoup trop tôt pour le confirmer », dit-il.

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Fibrose pulmonaire

Dans certains cas sévères de COVID-19, il peut y avoir des séquelles, particulièrement de la fibrose pulmonaire qui est une séquelle observée régulièrement chez les individus ayant eu une inflammation sévère des poumons, souligne la Dre Cécile Tremblay, microbiologiste-infectiologue au CHUM.

En fait, en 2003, 20 % des personnes atteintes du SRAS qui sont demeurées sous respirateur pendant plusieurs semaines ont développé de la fibrose pulmonaire. Celle-ci est donc une complication que l’on craint pour les patients souffrant de la COVID-19, ajoute le Dr Lizé.

Le virus infecte les cellules des bronches terminales et des alvéoles. En réponse à cette agression, l’organisme déclenche une réaction inflammatoire. Celle-ci est désirée, car elle nous protège des bactéries et des virus, mais parfois elle prend une ampleur excessive et cause des dommages aux poumons, explique-t-il. On ne sait toutefois pas pourquoi l’intensité de la réaction inflammatoire varie d’une personne à l’autre. Peut-être est-elle liée à la quantité de virus dans les voies respiratoires au moment où on contracte le virus ? Peut-être découle-t-elle de la génétique particulière de la personne ?

 

« Comme lorsqu’on se blesse la peau, celle-ci va devenir enflée et rouge, et quand l’inflammation a disparu, il reste souvent une petite cicatrice. C’est la même chose qui se passe dans les poumons. Quand l’inflammation fait rage, le patient est mis sous respirateur. Quand l’inflammation disparaît, les poumons se réparent ou, parfois, s’ils ont été trop endommagés, des cicatrices se formeront. C’est ce qu’on appelle la fibrose », explique le Dr Lizé.

Les dommages ont généralement lieu au niveau de la membrane des alvéoles qui sépare l’air acheminé par les poumons et le sang, donc là où a lieu le transfert d’oxygène dans le sang. Quand cette membrane alvéolaire est endommagée, il y a donc moins d’oxygène qui rejoint les tissus. La fibrose pulmonaire peut ainsi entraîner une insuffisance respiratoire chronique.