Les technologies à la rescousse

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Pour briser la solitude engendrée par  la fermeture  des synagogues, plusieurs membres de la communauté juive hassidique d’Outremont ont célébré samedi dernier le shabbat sur leurs balcons. Vêtus  du talit, les fidèles ont récité prières et chants religieux.
Caroline Hayeur /  Collectif Stock Photo Pour briser la solitude engendrée par la fermeture des synagogues, plusieurs membres de la communauté juive hassidique d’Outremont ont célébré samedi dernier le shabbat sur leurs balcons. Vêtus du talit, les fidèles ont récité prières et chants religieux.

Ce texte fait partie du cahier spécial Religion

En raison de la fermeture des lieux de culte, Internet et les médias sociaux sont très prisés par les croyants pour prier, communier et exprimer leur foi et leur solidarité envers les plus fragiles.

« J’ai une amie dont le frère est décédé le mois dernier, raconte Sonia Sarah Lipsyc, sociologue, spécialiste du judaïsme contemporain. Dans la tradition juive, il y a plusieurs étapes dans le deuil, et notamment un rassemblement à la synagogue trente jours après le décès afin de réconforter les endeuillés. Avec le confinement, c’est chose impossible. L’idée nous est alors venue de nous rencontrer par l’application WhatsApp. Des psaumes ont été dits à cette occasion. »

WhatsApp, Facebook, Skype, Zoom… Depuis la fermeture des lieux de culte, étant donné que la prière collective fait partie des rites importants dans la plupart des religions, les technologies viennent à la rescousse des fidèles pour leur permettre d’entrer en communion.

« Et ce, même pour le shabbat, précise Mme Lipsyc. Durant cette journée, du vendredi soir au samedi soir, les juifs orthodoxes refusent de toucher tout ce qui est électrique, donc électronique. Or, d’ordinaire, à la fin du shabbat, il y a la prière de la séparation à la synagogue. Depuis la mise en place des mesures de confinement, des live sont diffusés sur Facebook. »

Circonstances exceptionnelles

La sociologue indique que cette pratique fait débat au sein de la communauté et que les plus orthodoxes y sont réticents, mais que d’autres affirment avoir trouvé, dans les textes sacrés eux-mêmes, des raisons de croire qu’il est permis de contourner la loi juive lorsque les circonstances exceptionnelles le requièrent.

« Nous sommes en pleine période de la Pâque juive, rappelle-t-elle. C’est une fête célébrée même par ceux qui ont une pratique light. Pendant huit jours, nous commémorons la sortie du peuple juif de l’esclavage d’Égypte. Ça donne lieu à des grands rassemblements familiaux. Cette année, malgré la réticence à utiliser les appareils électroniques durant cette période, beaucoup de réunions sont organisées par l’entremise de Zoom. »

Pâque juive, mais Pâques également pour les catholiques durant toute cette fin de semaine. Cette fête, la plus importante pour les chrétiens, donne normalement lieu à de nombreuses activités dans toutes les paroisses du Québec durant la Semaine sainte, et se conclut par une messe le dimanche, célébrant la résurrection du Christ.

« Dès que le gouvernement a invité les Québécois à prendre leurs distances, nous avons pris la décision de suspendre toutes les activités du dimanche dans nos églises, indique Mgr Marc Pelchat, évêque auxiliaire à Québec. Puis nous avons fermé les églises et annulé toutes les activités liées à la Semaine sainte. »

L’église domestique

Ces décisions n’ont toutefois pas été prises de gaieté de cœur. La messe du dimanche de Pâques est celle qui rassemble le plus de fidèles durant l’année. Dans toutes les paroisses du Québec, des centaines de milliers de personnes s’y retrouvent. Cette année, elle sera webdiffusée, comme nombre d’événements durant la semaine.

« Les croyants sont par ailleurs renvoyés à ce qu’on appelle l’église domestique, ajoute Mgr Pelchat. On les invite à prier à l’intérieur de leur foyer, sans la présence d’un prêtre, en se plaçant devant une croix. À communier également. Une communion spirituelle puisqu’il n’est pas possible de partager le pain bénit. Et à se confesser, à aller à la rencontre du Seigneur pour lui demander pardon. Il sera toujours temps, lorsque les églises rouvriront, de se confesser de nouveau à un prêtre. »

La période de carême qui s’achève est par ailleurs le moment durant lequel l’Église, par l’entremise de son organisme caritatif officiel Développement et Paix, mène sa grande campagne de solidarité envers les plus fragiles partout dans le monde. Plusieurs millions de dollars sont amassés durant ce « carême de partage », dont une partie durant les messes dominicales. Là encore, les technologies ont permis à l’organisme de joindre les donateurs, par la webdiffusion de messes faisant à un moment ou à un autre la promotion de la campagne, et par la publication sur les médias sociaux, de témoignages au cœur des communautés bénéficiant de la collecte de fonds.

« Distanciation sociale ne signifie pas distanciation émotionnelle, souligne Pascal-André Charlebois, animateur chez Développement et Paix. Avec ces publications, nous dépassons les frontières physiques et nous rassemblons chaque fois des centaines de personnes, mues par la même foi et le même désir d’aider les plus vulnérables. »

Tous égaux face à l’ennemi invisible

L’aide est d’autant plus importante en cette période de crise sanitaire et économique. De son côté, le Centre culturel islamique de Québec a mis en place un comité de gestion de crise pour accompagner les gens dans le besoin.

« Nous appelons les gens que nous savons en difficulté pour les diriger vers les ressources dont ils ont besoin et leur apporter du soutien, indique Youssef El Aouamar, directeur des communications du Centre. Cette pandémie, c’est une épreuve que nous envoie Allah. Nous devons tous endurer, car Allah est avec les endurants. Nous serons récompensés. »

Pour la communauté musulmane, cette catastrophe nous ramène à notre fragilité et nous rappelle que nous sommes tous égaux face à un ennemi invisible. Elle est l’occasion d’affermir sa foi en Allah et de renforcer son lien avec lui. Et tant pis si elle ne peut plus vivre, temporairement, l’un des temps forts de la pratique islamique, à savoir la prière collective du vendredi à la mosquée.

« Nous avons forcément suspendu toutes les activités du Centre, explique Youssef El Aouamar. Mais la quarantaine, nous connaissons, nous les musulmans. Le prophète en parlait déjà dans ses textes il y a quatorze siècles. En cas de maladie contagieuse, nous avons la consigne de ne pas aller dans les pays ou les régions touchés et, si nous nous y trouvons, de ne pas sortir de chez nous. »

La prière du vendredi se déroule donc, comme toutes les autres, au sein du foyer. Certains se connectent avec leur famille, leurs amis, par les réseaux sociaux. En conclusion, M. El Aouamar insiste sur le fait que la propreté et l’hygiène sont inhérentes à la religion musulmane.

« Nous avons cinq prières par jour et, chaque fois, nous faisons des ablutions. Nous nous lavons les mains et le visage au moins trente fois dans la journée. Ça aide à passer au travers de cette pandémie. »