La pandémie laissera des séquelles

La musique aide à traverser les crises, semblent nous dire Ines Mouline et Thibault Debacour, tous deux musiciens.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir La musique aide à traverser les crises, semblent nous dire Ines Mouline et Thibault Debacour, tous deux musiciens.

Des patients sous respirateur, des aînés isolés de leurs proches, des chômeurs angoissés, des entrepreneurs au bord de la faillite, des familles entières confinées et des enfants sans repère… La pandémie de COVID-19 laissera dans son sillage des êtres traumatisés, prévient la Dre Mélissa Généreux, professeure à l’Université de Sherbrooke.

La propagation du coronavirus est une catastrophe, au même titre que la tragédie de Lac-Mégantic en 2013 et les inondations du printemps 2017 et 2019, souligne la médecin.

« Ces événements surviennent soudainement, de façon imprévisible, ajoute-t-elle. Ils sont toujours associés à une peur, à du stress, à de l’incertitude et à de la confusion. Et peu importe le type de catastrophe, les effets vont durer longtemps. »

En collaboration avec des chercheurs d’ailleurs au pays, la Dre Mélissa Généreux lance cette semaine une étude-pilote auprès de 600 Canadiens (dont 300 Québécois) pour mesurer les effets psychosociaux de la crise actuelle. Au cours des prochains mois, elle pilotera une enquête internationale, à plus grande échelle, avec des partenaires à Hong Kong, en Nouvelle-Zélande, aux Philippines, au Royaume-Uni et aux États-Unis. Quelque 6500 personnes seront sondées.

 
44 %
C’est la proportion des personnes touchées par les inondations du printemps 2019 qui présentent des symptômes moyens ou élevés du syndrome de choc post-traumatique.

Difficile de prévoir les dommages que causera une telle pandémie. « C’est historique, dit-elle. Mais il ne faut pas penser qu’une fois sortis d’une première vague et potentiellement d’une deuxième vague, les effets auront disparu. »

Les eaux ont beau s’être retirées il y a près d’un an à Sainte-Marthe-sur-le-Lac et dans d’autres municipalités québécoises, beaucoup de sinistrés sont encore submergés par des cauchemars et des pensées envahissantes. C’est ce que démontrent les résultats d’une nouvelle étude, que la Dre Généreux a dévoilés en primeur au Devoir.

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« Quelque 44 % des personnes qui ont été inondées lors du printemps 2019 présentent des symptômes moyens ou élevés du syndrome de choc post-traumatique, signale-t-elle. 21 % souffrent de troubles anxieux et 20 %, de troubles de l’humeur, comme la dépression. »

 

La Dre Généreux, la professeure Danielle Maltais de l’Université du Québec à Chicoutimi et le professeur Philippe Gachon de l’Université du Québec à Montréal ont sondé 3437 personnes, résidant dans un secteur affecté par les inondations, entre décembre 2019 et février 2020. Parmi les répondants, 10 % ont vu leur résidence inondée (au moins une pièce habitable) et 36 % ont été « perturbés », c’est-à-dire qu’une aire non habitable, comme le garage, a été immergée. Un peu plus de la moitié n’ont pas été « touchés » : les eaux n’ont pas atteint leur terrain.

Dans leur étude, les chercheurs ont pu établir un lien entre la gravité de l’inondation et la prévalence des troubles de santé mentale chez les victimes du printemps 2019. Les sinistrés chez qui le niveau des eaux a atteint plus d’un mètre dans la résidence sont les plus affectés, indique la Dre Généreux. « On a exactement la même tendance observée en fonction de l’ampleur des pertes matérielles, poursuit-elle. Chez ceux qui ont eu des dommages de 50 000 $ et plus, un plus grand pourcentage est affecté par la maladie mentale. »

 
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne La Dre Mélissa Généreux estime que les intervenants en contact avec les victimes des inondations devraient suivre une formation de «premiers secours psychologiques», car les inondations de 2019 ont eu un effet notable sur la santé mentale des sinistrés.

Naviguer à l’aveugle dans les dédales administratifs a miné la santé mentale de bien des sinistrés, selon la Dre Généreux. « C’est un stress secondaire, mais il peut parfois être encore pire, dit-elle. Est-ce qu’on pourrait alléger les procédures administratives et financières ? »

Elle croit que les divers intervenants en contact avec les victimes des inondations (par exemple les inspecteurs municipaux et les assureurs) devraient être formés pour repérer les signes de détresse et être capables de développer une relation d’aide de base. « Il existe des formations de premiers secours psychologiques, offertes notamment par la Croix-Rouge », dit la Dre Généreux. Une formation qui pourrait s’avérer utile, croit-elle, lors de l’après-pandémie.

« Il y a actuellement une mobilisation sans précédent de la part du gouvernement », dit-elle. Mais qu’arrivera-t-il après ? « Il va falloir maintenir la solidarité sociale et communautaire, croit-elle. Il faudra, à l’échelle communautaire — entre voisins, entre proches —, s’entraider. »



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