Jean Truchon, qui a contesté les lois sur l’aide médicale à mourir, s’est éteint

Jean Truchon a mené la contestation des critères de l’aide médicale à mourir en cour aux côtés de Nicole Gladu. Ils ont obtenu gain de cause et la provinciale et fédérale ont dû être modifiées.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Jean Truchon a mené la contestation des critères de l’aide médicale à mourir en cour aux côtés de Nicole Gladu. Ils ont obtenu gain de cause et la provinciale et fédérale ont dû être modifiées.

Jean Truchon, l’un des deux Québécois qui ont eu gain de cause après avoir mené de front la contestation des critères de l’aide médicale à mourir, s’est finalement prévalu de son droit mardi. Il soutient avoir devancé la date de sa mort en raison de la pandémie de la COVID-19 qui sévit.

Il a reçu l’aide médicale à mourir à 14 h, au CHSLD Paul-Émile Léger, à Montréal, ont fait savoir ses avocats.

Dans une déclaration transmise à titre posthume, M. Truchon a indiqué qu’initialement, il avait décidé de s’éteindre le 22 juin, afin de passer plus de temps avec sa famille et ses amis.

 

Mais vu le présent contexte de crise sanitaire, « j’ai décidé de prendre le train et de laisser mes amis, et tous ceux qui ont cru en moi et en ma cause, à la gare ».

« Le coronavirus m’a volé littéralement le temps avec ceux que j’aime.

« De constater ce qui s’en vient m’effraie au plus haut point. Alors, j’ai pris la décision de partir maintenant et celle-ci est mûrement réfléchie », a dit l’homme.

Avec ses derniers mots, il a remercié la juge Christine Baudouin de la Cour supérieure « pour son jugement incroyable qu’elle a pondu en quelques mois seulement ». En septembre dernier, la magistrate a rendu une décision qui a élargi l’aide médicale à mourir, la rendant accessible à un plus grand nombre de personnes.

Elle avait ainsi invalidé le critère du Code criminel fédéral qui restreignait l’aide médicale à mourir à ceux dont « la mort naturelle est raisonnablement prévisible » et celui de la Loi québécoise concernant les soins de fin de vie qui exigeait que le requérant soit « en fin de vie ».

Bien qu’atteint d’une maladie dégénérative incurable et vivant tous les jours avec de grandes souffrances — il était atteint de paralysie cérébrale et avait perdu l’usage de ses quatre membres — Jean Truchon ne pouvait se prévaloir de l’aide médicale à mourir parce qu’il n’était pas en « fin de vie ».

Le jugement a tout changé pour lui.

Dans son mot, il a aussi remercié ses avocats, dont Me Jean-Pierre Ménard, pour leur « apport incroyable », tout au long de cette cause et jusqu’à la toute fin.

Jean Truchon demande à tous d’essayer de le comprendre et de ne pas le juger.

La bataille juridique

M. Truchon avait mené cette bataille devant les tribunaux avec Nicole Gladu, elle aussi atteinte d’une maladie dégénérative souffrante et incurable.

Le procès avait eu lieu en janvier 2019 et le jugement avait été rendu le 12 septembre.

Les gouvernements du Québec et du Canada ont tous deux décidé de ne pas porter ce jugement en appel.

Puisque Québec n’a pas modifié sa loi, le critère de « fin de vie » n’existe plus depuis le 11 mars.

Quant au gouvernement fédéral, il a obtenu jusqu’au 11 juillet pour modifier sa législation et la rendre conforme au jugement. Il a déjà déposé un projet de loi, mais celui-ci n’a pas encore été adopté.

Le 12 septembre dernier, Jean Truchon avait accueilli le jugement avec ses mots, biens sentis : « Cela va ouvrir les portes du paradis à tous ceux et celles qui souffrent comme moi. »