Le Nunavik s’isole

Les Inuits ont décidé de fermer le Nord à la circulation non essentielle.
Photo: Caroline Montpetit Le Devoir Les Inuits ont décidé de fermer le Nord à la circulation non essentielle.

Même s’ils n’ont que deux cas de COVID-19 déclarés, les Inuits ont décidé de fermer le Nord à la circulation non essentielle. Ce confinement imposé aux 14 villages nordiques n’est pas sans avoir causé tout un émoi chez quelque 150 enseignants et travailleurs scolaires, qui ont failli ne pas pouvoir retourner chez eux dans le Sud. Vendredi, ils ont été informés in extremis qu’ils seront finalement autorisés à le faire, a appris Le Devoir.

En fin de journée jeudi, les autorités de la Santé publique et la Sécurité publique du Nunavik, qui avaient déjà interdit les vols de passagers, ont pris la décision d’annuler tous les vols entre le Nord et le Sud, y compris ceux entre les communautés. Deux jours avant, la Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik (RRSSSN) avait ordonné la suspension des vols des enseignants s’apprêtant à repartir dans leurs familles au Sud, puisque les écoles venaient d’être fermées pour l’été. Une décision qui avait été jugée « abusive », par l’Association des employés du Nord québécois (AENQ).

Les enseignants jugés « vulnérables » pouvaient partir, mais les autres avaient été réquisitionnés pour donner un coup de main au réseau de la santé sur une base volontaire. Certains avaient déjà été invités à nettoyer des résidences dans leur village pour éventuellement en faire des lieux d’isolement. Les enseignants avaient dénoncé, notamment dans les médias, cette rétention forcée qu’ils voyaient comme une « prise d’otage ». Le président de l’AENQ avait dit craindre l’effet dévastateur qu’aurait une telle mesure sur l’attraction du personnel dans cette région du Québec en pénurie de main-d’œuvre.

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En mode rétropédalage, les autorités de la Santé publique du Nunavik ont finalement consenti vendredi après-midi à rapatrier dans le Sud tout le personnel scolaire qui le désirait. « On va organiser un vol nolisé et tous ceux qui voudront partir pourront le faire », a confirmé Fabien Pernet, l’adjoint à la direction générale de la RRSSSN, ayant lui-même appris la chose au beau milieu de son entrevue avec Le Devoir. Les modalités et le moment du départ ne sont toujours pas connus. La Commission scolaire Kativik a indiqué qu’elle ne ferait aucun commentaire.

Une situation à ne pas minimiser

« Vu de l’extérieur, deux cas positifs, ce n’est pas dramatique comme situation. Mais la vulnérabilité de notre système de santé fait en sorte qu’on souhaite limiter au maximum toute propagation », a expliqué Fabien Pernet, pour justifier le confinement du Nord. « Étant donné qu’on repose sur des ponts aériens pour le transport, on ne peut pas complètement se fermer et s’isoler à 100 %. Il faut maintenir les services essentiels et autoriser les déplacements pour une partie des travailleurs. »

Selon M. Pernet, la décision d’isoler complètement le Nord ne doit pas être minimisée. « C’est une décision commune à l’ensemble des organisations régionales du Nunavik », a-t-il réitéré. Les personnes ayant reçu un diagnostic de COVID-19 avaient voyagé au Sud, au Québec, avant de revenir au Nord. « On comprend que le risque se situe au niveau des déplacements et des voyages au Sud. Alors, c’est dans ce contexte qu’on souhaite aller plus loin pour continuer à mieux protéger les personnes, en particulier les plus vulnérables. »

Outre pour les équipements médicaux et la nourriture via cargo, les seuls déplacements autorisés seront ceux des travailleurs considérés comme essentiels, comme les policiers, les infirmières et le personnel des compagnies aériennes. Avant de monter au Nord, ils devront observer une quarantaine de 14 jours.

Les Rangers au Nord

Par ailleurs, à la demande du gouvernement du Québec, Ottawa déploiera ses Rangers déjà sur le territoire du Nunavik pour venir en aide aux communautés, a annoncé le premier ministre Justin Trudeau lors de son point de presse quotidien. Les membres de cette division des Forces armées canadiennes sont entraînés pour être prêts à venir en aide aux autorités civile en cas de crise. Dans ce cas-ci, les Rangers prêteront main-forte dans la lutte contre la COVID-19.