Des Beaucerons passent du confinement à l’expulsion

La première avenue de Saint-George, sur le bord de la Chaudière, a été partiellement inondée vendredi.
Photo: Francis Vachon Le Devoir La première avenue de Saint-George, sur le bord de la Chaudière, a été partiellement inondée vendredi.

En Beauce, l’état d’alerte causé par la crise du coronavirus a été brièvement éclipsé vendredi par une petite inondation qui a forcé l’évacuation d’une trentaine de personnes à Saint-Georges.

Nicole et Herman Veilleux, eux, n’avaient rien à craindre. « Nous, on est chanceux, on reste dans les hautes terres », d’expliquer le couple de Saint-Georges croisé dans le stationnement d’un maraîcher sur la rive est de la Chaudière.

De ce côté de la rivière, personne n’a dû être évacué, mais l’avenue qui longe le cours d’eau a été en partie inondée. Du jamais vu, de raconter un autre passant croisé près de là.

C’est sur l’autre rive que les dommages ont été les plus importants. Mobilisées au petit matin, les équipes de la Ville ont dû évacuer 30 personnes résidant dans un parc de maisons mobiles.

Du confinement à l’exil, « ça fait beaucoup », résumait Mme Veilleux. « Ça doit être terriblement difficile de partir. »

La plupart se sont réfugiés chez des amis, mais certains ne voulaient pas partir. « Il y en a toutes les fois », racontait le maire Claude Morin rencontré à 2 m de distance dans le portique de l’hôtel de ville. « Ils pensent qu’ils sont bien. »

Selon une source policière, une dame résolue à ne pas quitter son logement se serait finalement laissé convaincre quand on lui a promis qu’elle aurait une chaise pour se bercer à l’Hôtel Georgesville. Avec vue sur le centre-ville ! Elle était justement en train de se bercer quand les policiers sont arrivés.

Pour le reste, les Beaucerons rencontrés sur place par Le Devoir n’étaient pas très inquiets. « Ça change le mal de place. Au lieu de parler du coronavirus, on parle de ça », ironisait le maire de cette municipalité de plus de 30 000 habitants.

La Ville a quand même dû adapter ses services d’urgence aux règles de confinement, a-t-il expliqué. « On avait des procédures. Quand les intervenants arrivaient aux maisons. Ils cognaient, s’éloignaient sur le balcon. Ils demandaient aux gens s’ils avaient été en contact avec des gens qui ont le coronavirus, s’ils avaient fait récemment un voyage à l’extérieur du pays, s’ils avaient des symptômes, tout ça. »

À ce jour, on recense 136 cas de COVID-19 dans la région de Chaudière-Appalaches, soit moins que la Capitale-Nationale (280), mais plus que l’Outaouais (81).

Les yeux sur la rivière

Saint-Georges avait été quand même été épargnée par les grandes inondations d’avril qui ont dévasté Sainte-Marie et Beauceville l’an dernier. Le maire Morin pense que c’est grâce au mur de soutènement de 20 millions qu’ils ont construit entre la rivière et le centre-ville il y a deux ans. Cet ancien député de l’ADQ s’amusait même un peu de la situation et de l’avalanche de médias qui voulaient soudain lui parler. « J’ai parlé à Mario Dumont cet après-midi. On s’était pas reparlé depuis la défaite mémorable [de 2008] ! »

Avec le beau soleil qui enveloppait la Beauce vendredi, les citoyens confinés étaient nombreux à prétexter leur marche quotidienne pour aller jeter un coup d’œil à l’état de la rivière.

D’une longueur de près d’un kilomètre, l’embâcle a été surveillé de près toute la journée par les municipalités en aval de Saint-Georges : Notre-Dame-des-Pins, Beauceville et ainsi de suite.

Dès le matin, Beauceville s’était mise en mode « vigilance et préparation immédiate ». « Selon les spécialistes, il y a 50 % des chances que ça cède, 50 % des chances que ça reste là aujourd’hui », remarquait en fin de matinée Éric Drolet, directeur régional de la sécurité civile.

C’est finalement vers 14 h 30 que l’embâcle a cédé.

Lors de l’arrivée du Devoir à Beauceville 20 minutes plus tard, la Sûreté du Québec détournait la circulation de la route 173 qui longe la Chaudière, vers les rues résidentielles plus en hauteur.

À Beauceville, comme à Saint-Georges, les marcheurs ont été nombreux à chercher les points de vue vers la rivière pour suivre le mouvement des glaces. Au point où les autorités ont dû lancer un nouvel avertissement, non pas pour les prémunir de l’eau et de la glace mais des attroupements.