Plus d’un million de signalements à la DPJ en 13 ans

L’étude note que les signalements se sont particulièrement accélérés suite à la refonte de la loi sur la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) en 2007.
Photo: iStock L’étude note que les signalements se sont particulièrement accélérés suite à la refonte de la loi sur la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) en 2007.

Entre janvier 2005 et décembre 2018 au Québec, plus de 1,1 million de signalements ont été faits à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), analyse une étude conduite par le Centre de recherche universitaire sur les jeunes et les familles du CIUSSS de la Capitale-Nationale qui vient d’êtrerendue publique.

Sur cette période de 13 ans, les taux de signalement ont augmenté de 55,5 %, explique au Devoir un des responsables de cette étude du Centre de recherche universitaire sur les jeunes et les familles, le professeur George Tarabulsy de l’Université Laval.

« L’augmentation des signalements vient témoigner des inégalités sociales dans notre société, dit le professeur Tarabulsy. Le cas de cet enfant mort dans Lanaudière est assez éloquent, même si je ne souhaite pas le commenter ».

Ce constat sur l’augmentation considérable de l’achalandage au sein des services de la DPJ survient au moment où un enfant autochtone de 2 ans qui faisait l’objet d’un signalement à Joliette est décédé jeudi dernier.

« Nous avons examiné si l’augmentation des taux de signalement avait un lien avec la question autochtone. Ce n’est pas le cas », explique le professeur Tarabulsy.

L’étude note que les signalements se sont particulièrement accélérés suite à la refonte de la loi sur la DPJ en 2007. « On a fait une importante campagne de sensibilisation pour que les gens comprennent pourquoi les signalements étaient importants. »

Mais les signalements ont aussi beaucoup augmenté à l’occasion de la refonte des services de santé accomplie à l’initiative du ministre Gaétan Barrette en 2015-2016. « Cela survenait en plus dans un contexte de compressions budgétaires importantes. »

C’est chez les enfants de 0 à 11 ans que les taux ont le plus augmenté, alors que, chez les plus vieux, les chiffres sont restés à peu près constants.

L’augmentation des signalements est plus marquée, observent les chercheurs, en rapport avec les cas de négligence, d’abus physiques et de mauvais traitements psychologiques.

Un enfant mort

Le Centre d’amitié autochtone de Lanaudière (CAAL) a dénoncé « l’inaction des systèmes publics » à la suite du décès jeudi d’un jeune enfant à Joliette.

Joint par Le Devoir, le chef de la nation attikamek, Constant Awashish, est persuadé que cette famille autochtone aurait été mieux encadrée par les services sociaux de sa communauté d’origine.

« On est persuadé qu’on aurait été plus à même d’évaluer les besoins et plus vite. Ça fait des années qu’on demande de pouvoir s’occuper des membres de nos communautés qui vivent ailleurs sur le territoire du Québec. Mais il y a sans doute toutes sortes de facteurs là-dedans. La barrière de la langue par exemple. Cette famille vivait aussi dans un logement d’Habitat Métis. Vous avez vu, ces dernières semaines, tout ce qu’a sorti l’émission Enquête au sujet d’Habitat Métis. Mais il faut attendre l’enquête du coroner », dit le chef Awashish, tout en soulignant que la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a aussi lancé sa propre enquête.

Depuis plusieurs années, différentes études ont insisté sur la surreprésentation des enfants autochtones au sein de la DPJ. Malgré les nombreuses recommandations formulées à l’occasion de commissions d’enquête, de commissions parlementaires et auprès du ministère de la Santé et des Services sociaux, aucun changement significatif en termes de mesures de prévention, d’accompagnement et de soutien aux familles autochtones n’a été considéré, regrette le CAAL.