La communauté juive Tosh de Boisbriand confinée

Les policiers de Boisbriand assuraient, lundi, les entrées et les sorties du quartier occupé par la communauté Tosh.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les policiers de Boisbriand assuraient, lundi, les entrées et les sorties du quartier occupé par la communauté Tosh.

Alors que la totalité de la communauté juive ultraorthodoxe Tosh de Boisbriand fait l’objet d’un confinement collectif, la pandémie pousse depuis quelques jours d’autres communautés hassidiques, elles aussi frappées par le virus, à mettre un pied dans la modernité. Voire à réinventer leurs rituels ancestraux à l’aune des nouvelles technologies.

Lundi, la mairesse de Boisbriand, Marlene Cortado, et le directeur de la santé publique des Laurentides, le Dr Éric Goyer, ont confirmé que le confinement des quelque 4000 membres de cette communauté regroupée dans un secteur de la ville de Boisbriand avait été décrété en raison de la présence de 15 cas déclarés positifs.

   

Des policiers contrôlent désormais une des deux seules voies d’accès à cette zone, la seconde étant surveillée par des représentants de la communauté Kyrias Tosh. Seules quelques personnes peuvent désormais sortir pour se procurer des denrées essentielles. Un dépistage systématique a été entrepris auprès de toutes les familles, et les résultats d’environ 80 tests sont attendus sous peu, a fait savoir lundi le Dr Éric Goyer.

« Ce n’est pas l’ensemble des familles qui sont touchées, loin de là. Mais on s’attend à avoir des cas secondaires », a-t-il dit. « Restreindre les libertés individuelles, ce n’est pas quelque chose qu’on aime. Mais c’est la seule façon de permettre au système [de santé] de se préparer. »

Interrogé à ce sujet lors de son point de presse quotidien, le premier ministre François Legault a répondu qu’il fallait agir « au cas par cas », « que ce soit à Côte-Saint-Luc, que ce soit à Boisbriand », pour mettre en place rapidement toutes les mesures avec l’appui de la communauté.

De nombreuses communautés juives habitent aussi l’arrondissement Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce et la ville de Côte-Saint-Luc, où l’on recensait respectivement dimanche 107 et 176 cas de COVID-19. Il s’agit des deux quartiers les plus touchés de la métropole.

Le directeur de la santé publique du Québec, le Dr Horacio Arruda, a affirmé que les restrictions imposées à Boisbriand n’avaient pas été prises sur « la base de la religion, [mais] sur la base de l’épidémiologie. […] Il y a, dans cette communauté, des gens […] atteints par la COVID-19, qui a été importée soit d’ailleurs, ici, au Québec, mais soit aussi de New York. »

Les allées et venues d’une centaine d’autres familles orthodoxes de Boisbriand résidant hors du secteur sous contrôle policier sont aussi surveillées, a indiqué la mairesse de Boisbriand. Elles devront se ravitailler dans les commerces de leur communauté et non pas dans d’autres commerces de la municipalité. Pour l’instant, on recense 120 cas de COVID-19 dans la région des Laurentides, dont 70 % sont liés à des retours de voyage.

Seuls ensembles

Dans d’autres communautés hassidiques de la métropole, frappées elles aussi par l’épidémie, l’isolement prolongé est venu bousculer des traditions centenaires. Ainsi, la congrégation Beth Chabad de Côte-Saint-Luc, liée à la communauté ultraorthodoxe Loubavitch, a décidé de se tourner vers les nouvelles technologies pour rendre la vie religieuse quotidienne plus compatible avec les mesures de confinement.

Les rencontres, les mariages n’ont plus lieu. Nous supplions les gens de rester chez eux et leur faisons comprendre que s’embrasser à distance sauve des vies.

Depuis quelques jours, les fidèles peuvent se parler sur FaceTime et assister aux prières et à des cours via ZOOM, une application qui permet de tenir des vidéoconférences. « C’est très nouveau pour nous. Notre vie est changée complètement, la réalité n’est plus la même », a souligné Sarah Raskin, cofondatrice de Beth Chabad Côte-Saint-Luc, avec son mari, le rabbin Mendel Raskin.

Le couple Raskin a été plongé au cœur de l’épidémie en contractant, probablement le 14 mars dernier, la COVID-19 lors d’un mariage célébré dans la synagogue de leur congrégation. Chétif et encore très malade, le rabbin est apparu vendredi dernier dans une vidéo diffusée sur Facebook à l’occasion du shabbat.

Affaiblie aussi, Mme Raskin soutient que le socle de la vie religieuse juive orthodoxe, axée sur les relations entre les familles, est fortement ébranlé. « Les rencontres, les mariages n’ont plus lieu. Nous supplions les gens de rester chez eux et leur faisons comprendre que s’embrasser à distance sauve des vies. » Moins stricts que d’autres communautés, les Loubavitch acceptent la modernité à petite dose, notamment l’apport de certaines technologies si nécessaire.

Prière chorale

De leur côté, plusieurs familles hassidiques des arrondissements d’Outremont et du Plateau-Mont-Royal ont choisi vendredi dernier de briser la solitude engendrée par la fermeture des synagogues. À la tombée du jour, plusieurs fidèles sont sortis sur leurs balcons, vêtus du talit, pour réciter au grand air prières et chants religieux.


« Normalement, il faut être au moins dix pour dire certaines prières. Mais certains voisins proches ont été inventifs, ils sont sortis sur leurs balcons pour pouvoir le faire ensemble de loin. J’aimerais mieux que les gens restent chez eux, car on prône l’isolement social. Mais j’imagine que ça relâche leur stress et leur donne courage », a expliqué Max Lieberman, porte-parole du Conseil des juifs hassidiques du Québec et coordinateur du comité COVID-19 pour ces communautés.

Plusieurs familles de ce secteur sont en isolement préventif, mais M.Lieberman dit ignorer combien de personnes y ont été déclarées positives.


La Direction de la santé publique déclare au total 56 cas positifs dans Outremont seulement. Comme l’accès à la télévision est interdit dans ces communautés, des messages de prévention ont été diffusés sur WhatsApp, et via une ligne téléphonique et des conférences audio données par un médecin de l’Hôpital général juif.