Neuf Canadiens confinés dans une auberge de jeunesse contaminée au Pérou

Parmi les neuf Canadiens confinés au Pariwana Hostel, cinq sont Québécois. Ils ont l'obligation de se déplacer avec un masque à l'intérieur de l'établissement.
Photo: Raphaëlle Daigle Parmi les neuf Canadiens confinés au Pariwana Hostel, cinq sont Québécois. Ils ont l'obligation de se déplacer avec un masque à l'intérieur de l'établissement.

Neuf Canadiens sont coincés dans une auberge de jeunesse (hostel) au Pérou où deux cas de COVID-19 ont été diagnostiqués. À Cusco plus précisément, à plus de 3300 mètres d’altitude.

Depuis quelques jours, ces Canadiens en attente d’un rapatriement au pays sont confinés avec l’interdiction totale d’entrer et de sortir du Pariwana Hostel.

L’auberge a confirmé la situation par courriel. « Nous avons deux cas confirmés en ce moment », a indiqué la directrice marketing de la compagnie, Maritza Conde Toledo. « Tous les protocoles officiels établis par les autorités sont respectés, soit une quarantaine de 28 jours, sans possibilité d’entrer ni de sortir [de l’établissement]. Les personnes infectées ont été isolées, et une distance sociale sera maintenue. »

Pour les Canadiens sur place, la nouvelle est un choc.

« Je vis des montagnes russes d’émotions », indique le Québécois Antoine Pouliot Hamel depuis le Pariwana Hostel. On pensait que c’était juste pour 14 jours [le confinement], mais avec cette nouvelle, tout a basculé. Mon lâcher-prise n’est plus assez fort. J’essaie de rester calme, mais on a le sentiment de ne pas avoir le contrôle sur notre sort ».

402 700
C’est le nombre de Canadiens inscrits volontairement au Service d’inscription des Canadiens à l’étranger. «Il ne s’agit pas d’un tableau complet du nombre de Canadiens à l’étranger», précise Affaires mondiales Canada.

Source : Affaires mondiales Canada, le 28 mars 2020

Ce dernier ayant des antécédents cardiaques est inquiet. Il est fiévreux, tousse et se demande si l’altitude est un facteur aggravant de la COVID-19.

Lea Harvey et Raphaëlle Daigle, Québécoises elles aussi, n’osent plus sortir de leurs chambres.

« On se sent abandonnés, on a peur », confie Lea depuis son dortoir qu’elle partage avec cinq autres touristes.

Jusqu’à présent, les Canadiens sur place devaient respecter un confinement strict, mais ils pouvaient sortir une fois par jour, après avoir signé un registre, afin de faire leur épicerie ou d’acheter des produits de première nécessité. Ils devaient également respecter l’état d’urgence national en vigueur au Pérou depuis le 16 mars, impliquant un couvre-feu de 20 h à 5 h du matin, et limitant les déplacements entre les villes du pays. Rappelons également que les frontières du Pérou sont fermées.

Mais depuis l’annonce des cas positifs, le confinement s’est radicalisé. Les voyageurs doivent rester dans leur chambre et ne peuvent sortir avec un masque que pour l’heure des repas.

« On se sent vraiment en prison », confie Raphaëlle Daigle.

« Pain, sauce au chocolat avec quinoa. » « Pour la deuxième fois en quatre soupers, on est nourris au pain et aux céréales », ont raconté samedi soir Raphaëlle et Antoine Pouliot Hamel.

Rapatriement impossible

L’ambassadeur du Canada au Pérou et en Bolivie, Ralph Jansen, a annoncé sur Twitter que « 1200 Canadiens » ont été rapatriés cette semaine depuis le Pérou.

C’est un courriel envoyé par l’ambassade du Canada au Pérou qui permet d’acheter sa place à bord d’un avion d’Air Canada, au coût de 1400 $, grâce à un code promotionnel. « Nous aurons au moins deux vols à partir du milieu de la semaine prochaine », précise l’ambassadeur.

« Recevoir cet e-mail et ne rien pouvoir faire, c’est ça qui va être le plus dur », confie Lea.

Jeudi dernier, Antoine a enfin reçu son code. Mais comme pour les huit autres Canadiens confinés au Pariwana Hostel, impossible de réserver leur vol de retour vers la maison.

Car le courriel envoyé par l’ambassade comporte ce message : « Les autorités péruviennes ont placé certains hôtels / auberges en quarantaine officielle. Si vous séjournez dans l’une de ces propriétés, N’ACHETEZ PAS de billet pour ce vol, car on a été avisés que personne ne sera autorisé à quitter les lieux. »

« Nous savons que des Canadiens sont actuellement en quarantaine dans deux hôtels de Cusco, au Pérou. Nous comprenons que cette situation est très stressante pour ces personnes. Notre ambassade est en contact et une assistance consulaire est fournie. Nous évaluons actuellement les options sur la voie à suivre », a indiqué par courriel Affaires Mondiales Canada à propos de la situation.

En attendant de retrouver sa liberté, Raphaëlle compte les jours. « Aujourd’hui, c’est déjà une journée de moins à rester ici […] Notre objectif présentement est juste de rester en santé, en vie. »

Lima-Toronto-Montréal

Mathieu Larochelle était en vacances au Pérou quand le pays a fermé ses frontières. Il a pris mardi le vol reliant Lima à Toronto, et est maintenant confortablement confiné chez lui à Montréal. Le Devoir lui a demandé comment c’était passé son rapatriement. Dans l’avion, le Québécois n’a pas observé de mesures de santé publique particulières, mis à part un service restreint. Air Canada a en effet confirmé réduire «autant que possible les contacts entre passagers et membres d’équipage en fournissant un service minimum à bord […] Les gants sont obligatoires et nous encourageons notre équipage à porter des masques chirurgicaux». Le principal défi pour Mathieu n’a donc pas été sa prise en charge dans l’avion, mais son arrivée à Toronto. Comment regagner Montréal en respectant le confinement obligatoire de 14 jours? «Si j’avais voulu, j’aurai pu aller me promener à Toronto, et prendre les transports en commun», souligne-t-il. Mais soucieux des mesures de santé publique, il a organisé un covoiturage avec d’autres passagers en provenance de Lima, qui devaient regagner le Québec. Il déplore qu’aucune prise en charge ne soit organisée à l’arrivée des ressortissants canadiens et organise donc à distance via la page Facebook «Québécois pris au Pérou», des covoiturages pour les prochains rapatriés