Des «barricades» contre le coronavirus dans les communautés autochtones

La ministre responsable des Affaires autochtones, Sylvie D’Amours
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne La ministre responsable des Affaires autochtones, Sylvie D’Amours

La ministre responsable des Affaires autochtones, Sylvie D’Amours, voit « un avantage [au fait] de demeurer sur une communauté [autochtone], au sens où on contrôle l’entrée et la sortie », et se réjouit de constater que de nombreux chefs ont instauré de strictes mesures de contrôle de la circulation pour protéger les leurs contre le coronavirus.

« C’est la première fois que je suis contente qu’il y ait des barricades », a-t-elle lancé au Devoir mercredi, avant d’éclater de rire. « Je fais des blagues avec ça, il faut en rire, mais je suis vraiment contente que les chefs prennent ces initiatives-là », a-t-elle affirmé, 20 jours après la levée des dernières barricades à Kahnawake.

De l’avis de la ministre D’Amours, les Autochtones ne sont pas davantage à risque face à la COVID-19. « Si les gens sont très prévoyants, qu’ils consultent quotidiennement les informations que les chefs donnent, qu’ils sont en alerte, tout comme les allochtones, étant donné qu’ils vont être dans une communauté qui est sécurisée, ils ont plus de chances d’avoir moins de pandémie que si vous vivez dans une grande ville comme Montréal », a-t-elle déclaré.

Depuis la semaine dernière, des chefs autochtones du Québec isolent leurs communautés pour les protéger du coronavirus. Le grand chef Constant Awashish a par exemple justifié la fermeture des trois communautés attikameks du Québec en soulignant la « vulnérabilité de nos communautés qui, éloignées et contraintes par un manque criant de logements, nous obligent à un maximum de précautions pour éviter l’émergence d’un moindre cas de COVID-19 ». Le conseil mohawk de Kanesatake a aussi justifié sa décision de fermer ses commerces par « la proportion, plus importante que la normale » de pathologies au sein de sa population. Quand elle a pris la décision de fermer l’accès à Lac-Simon, la chef Adrienne Jérôme a déclaré à Radio-Canada que des adultes « vont tomber comme des mouches si on [a] un cas ».

Un impact « disproportionné »

D’Ottawa, le ministre des Services aux Autochtones, Marc Miller, a dit au Devoir s’attendre à ce que l’impact dans les communautés autochtones soit « disproportionné ». Son commentaire était en droite ligne avec celui de l’administratrice en chef de la santé publique du Canada, Theresa Tam, qui a déclaré jeudi dernier que les Autochtones étaient « plus à risque de développer des complications sévères » de la COVID-19. « Évidemment, avec toutes les causes sous-jacentes qui existent dans les communautés autochtones, on s’attend à des conséquences, mais on se prépare en conséquence », a déclaré le ministre Miller.

En 2009, la pandémie de grippe A (H1N1) a frappé durement dans les communautés, a rappelé le ministre. À l’époque, des chefs autochtones du nord du Manitoba avaient demandé l’aide d’Ottawa pour endiguer la propagation du virus. Santé Canada leur avait envoyé du désinfectant pour les mains, des masques et… des dizaines de sacs mortuaires. L’erreur, pour laquelle Ottawa s’est excusé, n’était pas moins prophétique : 18 % des personnes mortes lors de la première vague de la grippe A (H1N1) étaient des Autochtones, et ce, même si ces peuples représentent moins de 5 % de la population canadienne, rappelait dernièrement John Borrows, de l’Université de Victoria, dans les pages du Globe and Mail.

Prêts à aider

Selon Marc Miller, une fenêtre d’opportunité se profile néanmoins cette fois, afin d’agir pour que les « quelques cas isolés » dans les communautés autochtones du pays ne restent que cela, isolés. « On peut s’attaquer à cette pandémie dans un stade plus primaire, plus de base que dans d’autres pays », a souligné le ministre. La semaine dernière, son gouvernement a annoncé des mesures d’aide aux travailleurs et aux entreprises totalisant 27 milliards. Du nombre, 305 millions sont réservés pour la constitution d’un fonds de soutien aux communautés autochtones. Un montant que des leaders autochtones jugent d’ores et déjà insuffisant, en raison notamment des problèmes liés au surpeuplement des maisons, au manque d’infrastructures ou d’accès aux ressources de santé dans certaines communautés.

En 2016, un Autochtone sur cinq vivait dans un logement qui était surpeuplé. En date du 15 février 2020, 61 avis à long terme sur la qualité de l’eau potable étaient en vigueur dans les communautés. Chez les Inuit en 2018, le taux annuel de tuberculose était 290 fois plus élevé que chez les Canadiens allochtones.

Dans le contexte, plusieurs des directives répétées par Québec et Ottawa — comme celles qui demandent de se laver les mains souvent ou de s’isoler — sont difficilement applicables dans les communautés autochtones. Dans le contexte, les deux ordres de gouvernement se disent prêts à répondre rapidement aux besoins des communautés. « L’information qu’on a au ministère, c’est que 87 % des communautés ont des plans de pandémie, d’épidémie, d’urgence », a déclaré Marc Miller. « Beaucoup de communautés sont prêtes, il ne leur manque qu’un appui financier », a-t-il ajouté.