Coronavirus: des migrants détenus en grève de la faim

Aucun cas de coronavirus n’a été déclaré pour le moment au Centre de surveillance de l’immigration de Laval, mais les détenus ont peur que le virus réussisse à entrer dans le centre.
Photo: Graham Hughes Archives La Presse canadienne Aucun cas de coronavirus n’a été déclaré pour le moment au Centre de surveillance de l’immigration de Laval, mais les détenus ont peur que le virus réussisse à entrer dans le centre.

Une dizaine de détenus ont commencé lundi une grève de la faim au Centre de surveillance de l’immigration de Laval (CSIL) pour protester contre leur détention en ces temps de COVID-19.

« On ne se sent vraiment pas en sécurité ici, on a peur pour notre santé, notre vie », lance comme un cri du cœur, Abdoul (nom fictif), qui veut garder l’anonymat pour protéger ses proches. En entrevue au Devoir, cet Africain d’origine, détenu depuis janvier au Centre de surveillance de l’immigration de Laval (CSIL), explique qu’ils sont désormais dix à faire la grève depuis trois jours, certains s’étant retirés par crainte de représailles. « Certains ont abandonné, c’était difficile pour eux ou ils ont eu de la pression pour arrêter. »

La semaine dernière, 34 détenus avaient signé une pétition, publiée par le groupe Solidarité sans frontière (SSF), demandant leur libération. « La grève de la faim est la phase 2, explique Abdoul. La phase 3, on n’arrêtera même de boire de l’eau. On n’est pas là encore, mais s’il le faut, on le fera ».

Aucun cas

Aucun cas de coronavirus n’a été déclaré pour le moment au Centre de surveillance de l’immigration de Laval, mais les détenus ont peur que le virus réussisse à entrer dans le centre.

Même s’il s’est fait dire que chaque nouveau détenu qui arrive est placé en quarantaine, Abdoul craint la rotation constante des gardiens qui, eux, sortent et reviennent chaque jour sans être isolés. « Ils peuvent ramener le virus de l’extérieur sans le savoir », craint-il. Selon lui, les mesures d’hygiène laissent à désirer et la règle des 2 mètres n’est pas respectée puisque plusieurs détenus se retrouvent souvent dans les mêmes pièces communes.

Depuis mardi, de nouvelles mesures semblent toutefois avoir été mises en place dans les dortoirs qui peuvent accueillir cinq personnes et plus. Les lits ont par exemple été espacés, et seul un lit sur deux est occupé maintenant, raconte Abdoul. Les visites seraient maintenant interdites depuis au moins une semaine.

L’Agence des services frontaliers, qui reçoit « un très grand nombre d’appels », n’a pas été en mesure de répondre aux questions du Devoir, ni de préciser les mesures de prévention qui ont été mises en place pour éviter une éventuelle propagation du virus.

 

Des humains comme les autres

Une personne peut être emmenée au CSIL pour divers motifs, parce qu’elle fait face à la déportation et qu’un agent frontalier craint qu’elle ne se présente pas à l’aéroport pour son renvoi ou encore parce que son identité n’est pas établie.

La sœur d’Abdoul déplore le sort réservé aux détenus du centre qui semblent ne pas être traités comme « des êtres humains ». « Pourquoi les laisser contracter le virus ? Ne sont-ils pas des êtres humains, n’ont-ils pas droit à la santé et à la sécurité ? Déjà qu’ils sont tous stressés, on ne devrait pas leur ajouter un stress supplémentaire », a-t-elle déclaré au Devoir.

Solidarité sans frontière, qui milite pour l’interdiction et les déportations, dit soutenir les revendications des détenus en ce temps de lutte au coronavirus. « Ils sont déjà complètement dépourvus en centre de détention, il y a déjà tellement peu de services dans ce milieu difficile alors rajouter dans ce contexte des craintes liées à la crise [du coronavirus], c’est sûr que ça élève le niveau d’urgence », a soutenu Camille Bonenfant, membre de SSF. Comme les détentions peuvent être d’une durée illimitée, elle craint que les mesures et le confinement obligatoire ne prolongent encore plus le temps que les détenus vont devoir passer entre quatre murs. « Maintenant que les déportations sont suspendues, ces personnes risquent d’être maintenues en détention plus longtemps. »

Promesse de quarantaine

Les détenus auraient déjà demandé aux autorités leur libération, promettant de respecter les conditions de libération à l’extérieur et de rester en quarantaine dans leur famille ou dans un logement qu’on pourrait leur fournir le temps de la pandémie.

« Lorsqu’on a décidé de faire une grève de la faim, on nous a dit qu’on perdait notre temps avec cette démarche pour nous décourager et minimiser notre combat », a raconté Abdoul.

Certains sont affaiblis déjà, mais personne n’a besoin d’une assistance médicale pour le moment. Le mot d’ordre des grévistes est de rester calme et pacifique. « On reste solidaire et on veut aller jusqu’au bout. »