Un 1er juillet pas comme les autres

Propriétaires de logements de logements et locataires se demandent comment se passeront les prochains mois.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Propriétaires de logements de logements et locataires se demandent comment se passeront les prochains mois.

Au moment où s’amorce la période des visites de logements en vue de la signature des nouveaux baux pour juillet, de nombreux locataires et propriétaires s’inquiètent des répercussions de la crise du coronavirus.

Des propriétaires repoussent les visites en raison des craintes des locataires actuels, d’autres locataires ayant déjà signé leur avis de non-renouvellement craignent de ne pas arriver à trouver un nouveau logement dans les circonstances. Bref, l’habituel jeu de chaises musicales qui se termine le 1er juillet est complètement chamboulé. Le tout sur fond de pénurie de logements.

Avant la crise, Nicolas Fraisse et sa copine avaient pris la décision d’emménager ensemble. Ils ont donc signé des avis de non-renouvellement pour leurs propriétaires respectifs. Or, tout a changé depuis et les recherches s’avèrent plus difficiles que prévu.

« On se disait qu’avec un peu de temps, on allait trouver. Mais avec la situation actuelle, on passe nos journées sur Kijiji à l’affût de toutes les nouvelles annonces », explique le jeune homme.

Aux grands maux les grands moyens : les amoureux ont fait une annonce sur mesure. « Conscients que la situation de pandémie complique à la fois la recherche pour les locataires et les propriétaires, nous sommes prêts à nous adapter. Nous priorisons une visite en personne, mais un tour par vidéo peut nous convenir si besoin », écrivent-ils.

Je suis inquiète et je me demande si je ne dois pas reporter ma recherche de logement

Le couple hésite : il y a quelques jours, ils ont visité un appartement (en prenant toutes les précautions nécessaires) qui leur convient, mais qui n’est pas un coup de cœur. Ils en ont visité virtuellement un autre qui semble mieux, mais qu’ils ne pourront pas voir en personne avant plusieurs semaines. Comme il y a très peu d’offres sur le marché, la décision est difficile à prendre.

« La recherche de logements est très difficile, constate également Clairette Paquette, qui observe que les offres sont de plus en plus rares depuis une semaine. « Je suis inquiète et je me demande si je ne dois pas reporter ma recherche de logement. Qu’arrivera-t-il dans les prochaines semaines ? Même pour les visites, il y a des contraintes. Un propriétaire proposait hier que ça se fasse par Skype. Je ne pense pas que je désire choisir un logement de cette façon. Je réfléchis. »

Pénurie de logements

Au FRAPRU, comme au Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ), on dit être inondé d’appels. Ils sont nombreux à s’inquiéter pour leur santé à l’idée de faire visiter leur logement. D’autres n’ont pas encore renouvelé leur bail et ne savent plus quoi faire.

Le problème, constate-t-on, c’est que la pandémie survient dans un contexte de pénurie de logements. Selon la Société canadienne d’habitation et de logement, le taux d’inoccupation des logements se situe à 1,8% pour l’ensemble du Québec et à 1,5% pour Montréal. La Corporation des propriétaires du Québec précise que le taux de disponibilités des logements – logements habités présentement, mais dont le bail n’a pas été renouvelé – oscille entre 4 et 15% au Québec. Pour Montréal, ce sont 6% des logements qui seront disponibles en juillet, mais 1,5% qui sont présentement inoccupés. 

Ces derniers jours, l’inquiétude principale des locataires est d’arriver à payer le loyer du mois d’avril, constate Marjolaine Deneault du RCLALQ.

En effet, ils sont nombreux à avoir perdu subitement leur revenu ces dernières semaines et peu d’entre eux ont un coussin financier leur permettant d’éponger leurs pertes d’ici à ce qu’ils reçoivent l’aide d’urgence du gouvernement fédéral. « On sait que certains propriétaires acceptent de prendre des ententes de paiement, mais il n’y a pas de mot d’ordre général à ce sujet. Et même si les audiences sont suspendues jusqu’à nouvel ordre à la Régie du logement, ce qui signifie qu’il n’y peut avoir d’expulsion en ce moment, les locataires craignent les répercussions par la suite. »

Prolonger les baux ?

Dans une lettre envoyée à Québec mardi, le FRAPRU et le RCLALQ demandent au gouvernement de prolonger d’un mois la période de renouvellement des baux, qui vient à échéance dans quelques jours, et « d’envisager que tous les baux en vigueur soient prolongés pour une période correspondant minimalement à la durée de l’urgence sanitaire. »

Cherif Delhadj, père de trois jeunes enfants, aimerait bien que le gouvernement se plie à ces demandes des organismes d’aide aux locataires. « Les propriétaires sont réticents aux familles qui ont beaucoup d’enfants, c’est vraiment un handicap. En plus du coronavirus, ça fait beaucoup. » Comme il n’a toujours pas trouvé de logement, il espère convaincre son propriétaire de lui donner un peu plus de temps pour décider s’il va renouveler son bail ou non. « Je me m’en cache pas, ça m’inquiète un peu, parce que si je ne trouve pas de logements et que je perds celui-ci, ça va être un grand problème. »

À Québec, mardi, le premier ministre, François Legault, a dit espérer « autant que possible, qu’il n’y ait pas de visite de logement dans les trois prochaines semaines. »

Propriétaires

La situation n’est pas nécessairement plus facile pour les propriétaires, a pu constater Le Devoir. « On a été obligé d’arrêter les visites et de faire une liste de rappels parce que les locataires ne sont pas ouverts à faire visiter les appartements », explique Chantal Lessard, adjointe administrative pour une compagnie de gestion d’immeubles.

Elle demande aux locataires de faire plus de photos, de prendre les dimensions exactes de chaque pièce, dans l’espoir de réussir à louer avec des visites virtuelles.

« Ça devient une grosse source d’anxiété à savoir si on va se ramasser avec un paquet de loyers vides au 1er juillet », explique Mme Lessard.

Que se passera-t-il dans les prochaines semaines, les prochains mois ? « C’est un gros point d’interrogation, répond Mme Lessard. Ça va dépendre aussi du mois d’avril. Est-ce que les locataires vont être capables de payer ? On ne le sait pas. »

À la Corporation des propriétaires du Québec (CORPIQ), on espère une intervention d’urgence de Québec. Pour assurer que les propriétaires soient payés, malgré les problèmes financiers de plusieurs locataires, la CORPIQ demande au gouvernement d’offrir à ceux qui perdent leur emploi un dédommagement pour le loyer qui soit versé directement aux propriétaires.

« Les propriétaires n’ont pas à assumer personnellement la fourniture d’un service essentiel alors que c’est une crise qui doit être supportée financièrement de façon collective », résume le porte-parole de la CORPIQ, Hans Brouillette.

1 commentaire
  • Jean Arteau - Abonné 25 mars 2020 08 h 13

    Pas de pause dans l'immobilier

    En plus des locataires, le gouvernement du Québec permet les transactions immobilìères. « Les appels à une « pause » du Québec pour des services jugés non essentiels ne concernent finalement pas l’ensemble de la chaîne immobilière. Déménageurs et notaires peuvent continuer leurs activités, et les visites des logements, certes déconseillées, ne sont pas interdites. »
    Cette exception ne règle pas tout. Elle peut fonctionner si les transactions concernent des maisons, condos ou logements existants. À partir du moment où il y a une maison, condo ou logement en construction ou en rénovation dans la chaîne, cela ne fonctionne plus. Par exemple, X a acheté un condo ou une maison en construction ou en rénovation et a vendu sa propriété actuelle avec une date de prise de possession en tenant compte de la fin des travaux. Or le gouvernement a arrêté tous les chantiers de construction. La nouvelle propriété de X ne sera pas prête à temps puisque tout est arrêté. Selon la directive gouvernementale, les transactions immobilières continuent comme à l’habitude. X se retrouve dans un cul-de-sac ou à la rue, c’est selon.
    Deux alternatives sont possibles : 1) geler toutes les transactions ou 2) permettre aux chantiers résidentiels de construction et de rénovation de continuer. Sur ces chantiers, peu de travailleurs se retrouvent en même temps côte à côte. La distance de 2 mètres peut être respectée.