Les travailleurs de la construction en congé forcé

Au chantier de Turcot, qui devait se terminer d’ici la fin de l’année, on s’affairait mardi à boucler les lieux.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Au chantier de Turcot, qui devait se terminer d’ici la fin de l’année, on s’affairait mardi à boucler les lieux.

À compter de mercredi, de grands chantiers jugés «non essentiels» comme ceux du Réseau express métropolitain (REM), de l’échangeur Turcot et du prolongement de la ligne bleue du métro seront momentanément mis sur la glace en raison du décret imposé par le gouvernement de François Legault pour lutter contre la propagation du coronavirus. La nouvelle a été accueillie avec un mélange de soulagement et d’inquiétude par les centrales syndicales.

À lui seul, le chantier du REM employait 900 travailleurs qui devront prendre une pause forcée d’au moins trois semaines. Le tunnel Mont-Royal, qui devait être fermé à compter du 30 mars, demeurera ouvert, ce qui permettra aux trains de la ligne de Deux-Montagnes de continuer de circuler jusqu’à nouvel ordre.

Au chantier de Turcot, qui devait se terminer d’ici la fin de l’année, on s’affairait mardi à boucler les lieux. Le ministère des transports du Québec (MTQ) ignore si cet arrêt aura un impact sur l’échéancier des travaux.

 

La Société de transport de Montréal (STM) avait plusieurs chantiers majeurs en cours, dont celui du SRB Pie-IX et le prolongement de la ligne bleue du métro. Comme bien d’autres, la STM n’était pas en mesure, mardi, d’évaluer les effets de cet arrêt sur ses budgets et ses échéanciers.

La Ville de Montréal devra elle aussi fermer de nombreux chantiers, parmi lesquels celui du Réseau express vélo (REV). « Il y a des petits chantiers qui peuvent être retardés, mais les grands chantiers, dont ceux de la STM, sont vitaux pour la continuité des opérations et pour maximiser notre plan de déploiement au niveau du transport collectif », a commenté la mairesse de Montréal, Valérie Plante. « Mais il faut le faire pour le bien commun et la santé publique », a-t-elle aussi admis.

Certains travaux de la Ville jugés prioritaires pourront toutefois se poursuivre. C’est le cas du chantier de la conduite d’aqueduc principale de la rue Saint-Antoine Ouest car il est considéré comme essentiel pour l’approvisionnement en eau potable pour les Montréalais.

À ceux-ci s’ajoutent une multitude de chantiers tant publics que privés qui, aux quatre coins du Québec, devront se mettre au neutre jusqu’au 13 avril.

Conditions sanitaires

Pour plusieurs organisations syndicales, cette pause arrive à point. Certaines d’entre elles s’étaient plaintes, au cours des derniers jours, du non-respect des règles sanitaires sur les lieux de travail et de l’impossibilité de respecter les mesures de distanciation requises entre les travailleurs dans le contexte de la COVID-19.

« Ça va donner le temps de mettre en place les mesures d’hygiène requises », avance Michel Trépanier, président du Conseil provincial du Québec des métiers de la construction (International). Son organisation, de même que la FTQ-Construction, avait dénoncé la semaine dernière l’absence de mesures sanitaires sur plusieurs chantiers, une situation inacceptable compte tenu de la pandémie. « Dans certains cas, il n’y avait pas de toilettes ni d’eau courante ou de savon », rappelle M. Trépanier.

« Il y avait déjà une certaine panique sur les chantiers où on ne respectait pas les normes de la santé publique. Pour notre part, on incitait nos membres au droit de refus de travailler dans ces cas-là », a pour sa part souligné Chu Anh Pham, conseillère aux communications à la CSN-Construction qui compte 12 000 membres. D’autres chantiers étaient toutefois « exemplaires », prend-elle soin d’ajouter.

Chômage

L’arrêt des travaux de construction forcera des milliers de travailleurs à prendre un congé et ceux-ci iront vraisemblablement grossir les rangs des nouveaux chômeurs, ce qui n’est pas sans créer une « anxiété monétaire » chez eux. Les syndicats disent travailler activement pour accompagner les travailleurs dans leurs démarches pour obtenir l’assurance-chômage et les aider à bénéficier du programme promis par Québec.

La suspension des chantiers doit durer trois semaines et on ignore encore si elle pourrait se prolonger au-delà du 13 avril. Éric Boisjoly, directeur général de la FTQ-Construction, croit toutefois que le secteur de la construction pourrait être l’un des premiers à être relancé. Mais pour cela, dit-il, il faudra que les mesures sanitaires requises soient mises en place.