Violence conjugale: dénoncer malgré le confinement de la COVID-19

Une perte d’emploi, le stress lié à la pandémie et l’isolement requis sont des facteurs qui peuvent contribuer à ce qu’un comportement violent éclate.
Photo: iStock Une perte d’emploi, le stress lié à la pandémie et l’isolement requis sont des facteurs qui peuvent contribuer à ce qu’un comportement violent éclate.

La pandémie de coronavirus ne doit pas devenir un obstacle pour s’affranchir d’un contexte de violence conjugale, selon des organismes d’aide. Ils rappellent aux victimes d’utiliser les ressources téléphoniques et appellent les proches à rester à l’écoute.

« Il ne faudrait pas que des victimes excusent des comportements violents à cause de la pandémie », mentionne Manon Monastesse, présidente de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes.

Le confinement recommandé par Québec et Ottawa pour limiter la propagation du virus place les victimes au coeur de nombreux éléments déclencheurs.

« La violence conjugale ne prend jamais de pause et le confinement fait exacerber le degré de dangerosité d’un conjoint », témoigne Nathalie Trottier, une survivante de la violence conjugale.

Une perte d’emploi, le stress lié à la pandémie et l’isolement requis sont des facteurs qui peuvent contribuer à ce qu’un comportement violent éclate.

« Il ne faut toutefois pas oublier que, si cela arrive, c’est souvent parce qu’il y avait déjà une situation de contrôle de la part du conjoint », explique Mme Monastesse.

Les organismes d’aide encouragent les femmes à ne pas hésiter à chercher de l’aide malgré la pandémie.

« Les policiers seront toujours là et les lignes d’aide aussi. Il est préférable de téléphoner et d’exposer la situation pour ensuite prendre une décision plus éclairée », insiste Louise Riendeau, porte-parole du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale.

La ligne téléphonique SOS-Violence offre de l’assistance 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

Défis

Bien entendu, le défi est de taille pour les maisons d’hébergement où les femmes se réfugient souvent après avoir fui leur agresseur.

D’un côté, elles doivent s’assurer d’éviter que des victimes hébergées ne se contaminent entre elles alors qu’elles sont à plein rendement, et de l’autre, elles doivent continuer à encourager les femmes à dénoncer.

« On est habitués aux protocoles d’hygiène. Il y a tellement de va-et-vient dans les maisons qu’on a déjà des règles très strictes. On l’avait aussi vécu avec le H1N1, alors tout ce que je peux dire c’est qu’on va faire de notre mieux », confie Mme Monastesse.

Les maisons ont toutefois suspendu leurs services externes, tels que l’aide psychologique. Dans la mesure du possible, plusieurs maisons tentent aussi de limiter les sorties des femmes hébergées.

L’Alliance des maisons de 2e étape anticipe également sa capacité à isoler les femmes. Ces maisons accueillent les femmes qui, après avoir séjourné dans une maison d’hébergement de 1re étape, présentent le plus haut risque de se faire assassiner.

« Il faut absolument qu’on reste ouvertes, mais ça sera un défi lors des admissions de s’assurer de protéger tout le monde », dit Gaëlle Fedida de l’Alliance.

Service essentiel

Autre important enjeu, la rapidité des mesures annoncées par le premier ministre François Legault comporte quelques oublis.

Le statut de service essentiel n’a pas été attribué à toutes les travailleuses des maisons d’hébergement de la province.

« La difficulté, c’est qu’on a du personnel qui a des enfants et qui actuellement n’a pas accès au service de garde. C’est une difficulté qu’il faudra aplanir rapidement si on souhaite continuer à offrir tous nos services », souligne Mme Riendeau.

Les organismes suivent également de près la situation pour s’assurer d’obtenir tout le matériel médical requis lorsqu’une femme ou des enfants présenteront des symptômes liés à la COVID-19.

Jusqu’à présent, aucun cas n’a été recensé dans les 36 maisons d’hébergements que regroupe la fédération ni dans les 42 du regroupement et les 23 maisons 2e étape de l’alliance.