Un employé de Maisonneuve-Rosemont atteint de la COVID-19

L’inquiétude liée à la COVID-19 gagne les employés du réseau de la santé.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir L’inquiétude liée à la COVID-19 gagne les employés du réseau de la santé.

Un membre des équipes de soins de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont est atteint de la COVID-19, a confirmé jeudi l’établissement de santé de Montréal. Ce quatrième cas — public — d’infection en milieu hospitalier alimente les inquiétudes des travailleurs de la santé, qui craignent de devenir des vecteurs de transmission de la COVID-19.

Le conseiller en communication Christian Merciari a confirmé jeudi après-midi les informations du Devoir concernant la présence d’un cas à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont. « Dès que nous avons été informés, toutes les mesures ont été prises par les équipes de santé », a-t-il tenu à préciser.

Il n’a pas voulu fournir davantage de détails à propos de cette personne, mais il a assuré qu’elle s’était isolée afin de ne pas propager le coronavirus. M. Merciari a affirmé ne pas savoir si d’autres membres du personnel de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont faisaient l’objet d’un examen. « Mais à mon avis, non, a-t-il dit, parce que toutes les mesures adéquates ont été prises ».

La même journée, le CHU Sainte-Justine a avisé la population qu’un membre de son personnel avait reçu un résultat positif au test de détection du coronavirus. « Une investigation interne a été rapidement effectuée afin de retracer les patients, le personnel et les médecins ayant été en contact direct avec l’employé affecté. Toutes les personnes directement concernées ont déjà été contactées et sont en isolement à la maison », a écrit l’établissement.

 

L’hôpital Kateri Memorial de Kahnawake avait auparavant confirmé qu’une médecin qui travaille en ses murs a reçu un diagnostic positif de COVID-19. Elle avait visité New York et s’était placée en isolement dans les jours précédant l’apparition de ses premiers symptômes. Dans un communiqué publié la même journée, la directrice des services professionnels de l’hôpital, Suzanne Jones, a dit estimer qu’il n’y avait « aucun risque » de contagion chez les employés de l’hôpital ou les membres de la communauté. La semaine dernière, le CHUM a également confirmé que l’un de ses pneumologues avait été infecté par le coronavirus.

En marge de ces annonces, l’inquiétude liée à la COVID-19 gagne les employés du réseau de la santé, qui craignent de contracter le coronavirus ou de le transmettre sur leur lieu de travail.

Officiellement, Québec leur recommande de se tourner vers le bureau de santé de leur établissement et publie des lignes directrices devant protéger certains travailleurs à risque, parce qu’âgés ou immunosupprimés. « Il y a un bureau de santé où les employés peuvent se rendre, appeler et on a tout ce qu’il faut pour bien les informer, bien les protéger », disait mercredi la ministre de la Santé, Danielle McCann.

Dans les faits cependant, les choses se passent autrement. Au bureau de santé du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, le message jeudi était le suivant : « Aucun retour d’appel ne sera fait en lien avec le coronavirus. Pour toutes questions ou interrogations, référez-vous à l’intranet […] ou à votre chef de service ». Ailleurs, la réponse était plus rapide. Ailleurs encore, Le Devoir s’est heurté à des boîtes vocales ou s’est fait rediriger vers une pagette.

Louis-Philippe Trochu, un employé de l’urgence du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, navigue dans le labyrinthe des ressources humaines depuis des jours. L’agent administratif a une immunodéficience, c’est-à-dire que son système immunitaire est affaibli. En vertu des directives que Québec a formulées à l’intention des membres de la fonction publique, il devrait rester chez lui et être payé, qu’il « soit ou non en télétravail ». C’est loin d’être le cas : les ressources humaines de l’établissement où il travaille lui ont dit qu’il devait rentrer au travail, avant que sa gestionnaire ne le place en congé de maladie, sans traitement.

La vice-présidente de la Fédération de la santé et des services sociaux (CSN), Judith Huot, s’inquiète de voir que les « gestionnaires n’appliquent pas nécessairement les directives [de Québec] de la même façon ». Pour les employés immunosupprimés, « le problème qu’on a, c’est que ces personnes-là sont très à risque de mortalité si elles contractent le virus », s’inquiète-t-elle. « Si on se met à risque et on met les autres à risque, quel est l’avantage de rentrer au travail ? », demande Louis-Philippe Trochu.

 

À contre-courant de Québec

Un document « Questions/réponses » que le CIUSSS de l’Estrie a envoyé à ses employés jeudi comporte plusieurs « réponses » entrant en contradiction avec les recommandations de Québec. Faisant fi des directives du premier ministre, François Legault, l’établissement réclame un certificat médical de la part des personnes salariées qui doivent s’absenter du travail si elles présentent des symptômes associés à la COVID-19. Le CIUSSS n’offre pas non plus de retrait automatique du travail à ses employés de 70 ans et plus, préférant leur suggérer de se laver les mains, d’« éviter de se toucher le visage, etc. ». Il suggère aussi à ses employés qui habitent avec des personnes revenant de l’étranger de se présenter au travail, tout en effectuant « une surveillance continue » de leur état de santé. Il n’écarte pas non plus la possibilité de garder au travail une personne asymptomatique qui est visée par la recommandation de l’isolement volontaire. Le CIUSS refuse en outre l’assurance salaire à ses employés devant s’isoler. Autant de directives qui laissent Louis-Philippe Trochu perplexe. « Est-ce qu’il y a une hiérarchie dans le système de la santé, ou est-ce que les CIUSSS peuvent contrevenir aux directives gouvernementales ? », s’interroge-t-il.

Au cours des derniers jours, Le Devoir a contacté l’ensemble des centres intégrés de santé et de services sociaux du Québec, qu’ils soient universitaires ou non. Un seul — le CISSS de l’Outaouais — lui a fourni une réponse au sujet des pathologies et des symptômes qui peuvent mener à une exemption de travail pour les employés de son réseau. « La règle d’isolement pour nos employés qui ont voyagé à l’extérieur du pays selon les recommandations faites par les autorités de santé publique. Pour les employés avec des conditions particulières comme les immunosupprimés, nous les évaluons de façon individuelle », a répondu l’agente d’information Patricia Rhéaume.

Une poignée d’autres représentants des CISSS et CIUSSS ont renvoyé Le Devoir aux affirmations de la ministre McCann et du directeur national de la santé publique, Horacio Arruda. La vaste majorité n’a pas répondu.


 
1 commentaire
  • Renée Bourbonnais - Abonnée 20 mars 2020 08 h 45

    Comment sensibiliser les gestionnaires des CLSC?

    Je ne sais pas si vous participez à la conférence de presse journalière du premier ministre Legault mais je vous soumets une question pour Madame la Ministre de la Santé. Si vous n’y participez pas pourriez-vous transmettre ma question à l’un de vos collègues?

    Les travailleurs et employés dans les CLSS sont placés en régime de Pandémie niveau 2. Par conséquent, les travailleurs sociaux ( les TS) et les psychologues par exemple doivent continuer leurs activités sur une base régulière (rendre visite chez des particuliers, recevoir en présentiel leurs patients, etc.). Pourquoi la consultation téléphonique n’est-elle pas mise en place, là où elle est faisable, alors qu’on la favorise pour les médecins ? Pourquoi les responsables de ces CLSC obligent leurs employés à participer à des réunions de coordination dans des lieux clos (avec souvent plus de 20/30 personnes !) sous prétexte qu’elles ne manifestent aucun symptôme? Faudra-t-il atteindre un niveau 3 de Pandémie pour que les travailleurs dans les CLSC puissent raisonnablement se protéger?