S’instruire reste possible au privé, mais pas au public

Les écoles privées cherchent généralement à «garder les élèves motivés à poursuivre les apprentissages», tandis que le réseau public respecte à la lettre la directive du ministre de l’Éducation.
Photo: Getty Images Les écoles privées cherchent généralement à «garder les élèves motivés à poursuivre les apprentissages», tandis que le réseau public respecte à la lettre la directive du ministre de l’Éducation.

La crise du coronavirus met en lumière le système scolaire à deux vitesses qui est en place au Québec. Des écoles privées offrent des exercices en ligne, tandis que le réseau public insiste auprès des écoles pour refuser toute demande de suivi des élèves, même ceux qui en font la demande — à tout le moins durant le congé de deux semaines décrété par Québec.

Le contraste est frappant. Le Devoir a pu consulter une série de directives envoyées aux parents et aux élèves d’écoles privées et d’écoles publiques. Les écoles privées cherchent généralement à « garder les élèves motivés à poursuivre les apprentissages », tandis que le réseau public respecte à la lettre la directive du ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES) : deux semaines de congé pour tous.

Le Collège Notre-Dame offre ainsi, dans chacune des matières, « un plan de travail hebdomadaire proposant des tâches permettant aux élèves de consolider ou de poursuivre les apprentissages ».

« Il n’y aura pas d’horaire imposé : les élèves sont libres de faire les tâches au moment qui conviendra le mieux au contexte familial. Les plans seront disponibles tous les lundis de chaque semaine, avant 9 h, via Google Classroom pour les élèves et au Portail pour les parents », indique un message envoyé mercredi aux parents.

Le Pensionnat du Saint-Nom-de-Marie, la Villa Sainte-Marcelline et le Collège Durocher, notamment, proposent aussi des travaux scolaires accessibles par des plateformes numériques comme Moodle, Showbie ou Teams. Du soutien est aussi offert aux élèves.

Casse-tête pour la suite

Tout un contraste avec le réseau public, où le mot d’ordre est de suivre la consigne ministérielle de mettre en pause tout apprentissage. « Nous vous rappelons qu’à la demande du ministre de l’Éducation, les enseignants ne doivent pas préparer ou fournir du travail aux élèves même s’ils en font la demande [jusqu’au 27 mars inclusivement] », indique une école de la Commission scolaire de Montréal (CSDM).

Dans le cas probable d’une fermeture prolongée, « tous les milieux scolaires » devront agir de manière concertée pour éviter les inégalités entre élèves, font valoir les commissions scolaires et le MEES. « C’est une bonne chose que le ministère cherche à établir des balises claires pour éviter les disparités », estime Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ).

La possibilité d’une fermeture prolongée des écoles crée « tout un casse-tête » pour le ministre Jean-François Roberge, car les écoles publiques — et les enfants fréquentant les écoles publiques — ont moins de moyens financiers et technologiques que leurs vis-à-vis du privé.

« Il y a des régions où il n’y a pas de bande passante [pour Internet]. Des familles n’ont pas d’ordinateur à la maison. Et il faut former les enseignants si on veut offrir de l’enseignement à distance », explique Josée Scalabrini.

Que faire dans ces conditions ? Annuler les classes pour le reste de l’année scolaire et attribuer la note de passage à tous les élèves, comme en Alberta ? Mauvaise idée, estime Pascale Lefrançois, doyenne de la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal. Il serait aussi irréaliste de forcer tous les élèves à reprendre leur année, selon elle.

« La solution serait peut-être de faire passer les élèves à l’année suivante en tenant compte qu’il faudra reprendre beaucoup d’apprentissages de l’année précédente », dit-elle.

« La priorité numéro un à l’heure actuelle, c’est la santé publique. Il faudra peut-être faire des sacrifices sur le plan des apprentissages. On devra être pragmatiques. Mais avant qu’on donne un diplôme, il faut s’assurer que la personne a réussi le programme. »

Des universités ferment leurs résidences

En raison de la pandémie du coronavirus, l’Université Concordia et l’Université de Montréal ont décidé de fermer leurs résidences étudiantes, estimant qu’il leur devenait difficile d’y assurer le respect des mesures de distanciation. La nouvelle a semé l’émoi chez les étudiants de l’Université Concordia qui devront avoir quitté leur résidence au plus tard dimanche. Les occupants des résidences de l’Université de Montréal ont pour leur part appris la nouvelle jeudi après-midi. Ils devront trouver un autre gîte lundi. Originaire de Seattle, aux États-Unis, Anna Justen fait face à un choix difficile. Si elle retourne chez elle, elle se retrouvera dans une ville américaine durement touchée par la COVID-19. « Mon père a des problèmes de santé pulmonaires et cardiaques. Je ne veux pas le mettre en danger », explique-t-elle. « Je pourrais rester à Montréal et emménager chez mon copain, mais son appartement est minuscule. » L’UQAM a plutôt décidé de maintenir ses résidences ouvertes, mais aucun invité n’est admis. L’Université Laval et l’Université de Sherbrooke ont aussi permis aux étudiants de demeurer en résidence. Pour sa part, l’Université McGill encourage ses étudiants à envisager « sérieusement » de rentrer chez eux dès que possible.

Jeanne Corriveau