Des villes francophones durables

Catherine Couturier Collaboration spéciale
L'initiative de la Francophonie pour des villes durables veut amener les villes du Nord à partager leurs expériences avec celles du Sud. Ici Yaoundé, au Cameroun.
Photo: Getty Images / iStockphoto L'initiative de la Francophonie pour des villes durables veut amener les villes du Nord à partager leurs expériences avec celles du Sud. Ici Yaoundé, au Cameroun.

Ce texte fait partie du cahier spécial Francophonie

« La ville est à la confluence de tous les enjeux de développement durable, qu’ils soient sociaux, culturels ou environnementaux », rappelle Boufeldja Benabdallah, responsable de programme à l’Institut de la Francophonie pour le développement durable. C’est pour les soutenir dans leur rôle clé que l’Initiative de la Francophonie pour des villes durables a été mise sur pied.

L'Initiative de la Francophonie pour des villes durables (IFVD) veut « promouvoir les stratégies de mise en oeuvre d’un mieux-vivre, et des villes prospères, équitables, inclusives, résilientes et durables ». L’Initiative a été lancée par l’Institut de la Francophonie pour le développement durable (IFDD) de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et Énergie 2050, en collaboration avec ONU Habitat : « Nous voulions nous mettre au service des villes qui veulent s’acheminer vers la durabilité », explique M. Benabdallah.

Il faut dire que l’OIF s’intéresse aux questions autres que linguistiques depuis bien longtemps : son Institut de l’énergie des pays ayant comme usage le français, ancêtre de l’IFDD, avait été créé par Robert Bourassa. « Oui, on utilise le français pour converser, mais on communique aussi en français sur des savoirs, des savoir-faire, des technologies, des politiques. C’est pourquoi nous nous sommes donné comme mission de communiquer en langue française sur tout ce qui touche au développement durable », précise M. Benabdallah.

Agir sur plusieurs plans

L’action de l’Initiative est essentiellement dirigée vers les villes du sud, qui font face à de nombreux défis — planification urbaine, gestion des déchets, transport, etc. — en plus d’être de plus en plus touchées par les changements climatiques et la croissance exponentielle de leur population. Parce que le développement durable n’est pas qu’une affaire d’environnement, rappelle M. Benabdallah, mais intègre les dimensions économiques, sociales, éducatives et même culturelles : « En matière agricole, par exemple, la culture a une influence importance sur la façon dont on gère les espaces, ce qui aura des répercussions sur l’implantation des technologies. »

L’Initiative veut aider à mettre en place les trois ingrédients de base pour que cet enjeu soit pris à bras-le-corps : 1) la volonté politique ; 2) la prise en compte par le milieu lui-même ; 3) la mise en place de moyens financiers appropriés. « Nous voulons renforcer les compétences en la matière, d’abord de ceux qui peuvent convaincre le milieu et qui élaborent les politiques, puis en appuyant et en formant les experts pour que ceux-ci puissent à leur tour appuyer lesvilles », précise le spécialiste des programmes.

Agir de façon tangible

L’IFDD, par l’Initiative, a ainsi travaillé avec huit pays africains pour aider à mettre en place un système d’étiquetage écoénergétique pour les électroménagers. L’Initiative a également créé des formations pour les ingénieurs et les architectes grâce à un partenariat avec l’École africaine des métiers de l’architecture et de l’urbanisme, une institution interafricaine d’enseignement supérieur basée à Lomé, au Togo. Ces formations intensives permettent à des ingénieurs comme des architectes de partout au Togo et des pays limitrophes de se perfectionner sur des aspects pointus (énergie renouvelable, matériaux à utiliser, etc.).

L’Union nationale des commerçants et industriels du Sénégal ont également pris contact avec l’IFVD pour les aider à établir un diagnostic d’efficacité énergétique des industries locales : « Nous allons former les gens, pour les aider à faire un tableau de bord, faire des recommandations », illustre M. Benabdallah.

L’IFVD pourrait aussi, par exemple, agir en tant qu’intermédiaire. Prenons l’exemple des chauffe-eau à énergie solaire : une technologie simple, mais qui représente quand même une dépense importante pour les ménages locaux. « Nous intervenons par exemple avec le système bancaire ou pour pousser les sociétés d’État à aider avec la facturation pour amortir le coût de ces technologies », illustre M. Benabdallah.

Mais la force de l’Initiative réside surtout dans le fait que ses membres possèdent des connaissances vastes et une capacité d’échanger. Si les pays du Sud ont chacun des besoins urgents, les villes du Nord, elles, sont déjà très avancées en la matière : « Plusieurs villes en France, ou encore la ville de Québec, par exemple, ont une approche exemplaire en matière de développement durable. Nous voulons amener ces villes à partager leurs expériences avec celles du Sud » La ville de Loos-en-Gohelle en France veut par exemple travailler avec des villes du Cameroun, travail qui se fera avec le soutien de l’IFVD.

La francophonie permet par ailleurs de dépasser les ententes bilatérales, entre deux pays. « Ça permet à tous les pays de partager leurs expertises, par exemple en incluant des experts d’ailleurs, ou en favorisant l’observation et le partage de l’expérience en impliquant des gens de partout », remarque M. Benabdallah.