Écrire et chanter au rythme de la francophonie

Leïla Jolin-Dahel Collaboration spéciale
Laurence Nerbonne
Photo: William Arcand Laurence Nerbonne

Ce texte fait partie du cahier spécial Francophonie

Même si le Québec se retrouve au sein d’une Amérique du Nord largement anglophone, de nombreux artistes de la province et d’ailleurs au Canada choisissent d’écrire et de composer dans la langue de Molière pour affirmer leur identité et leur culture. Alors que la Semaine nationale de la francophonie a pour thème cette année « Aux rythmes de notre francophonie », Le Devoir donne la parole à quatre artistes francophones d’ici.​

Biz, du groupe Loco Locass

Moi pis Batlam, on vient de la ville de Québec, où ça pense en français depuis 400 ans. On écoutait beaucoup de rap américain quand on était adolescents. Et pour nous, c’était impensable d’en faire en français jusqu’au moment où on en a entendu [qui venait] de France. […] À partir de là, on s’est dit : « Parfait, ça se peut en français. On n’est pas obligés de parler de guns, de limousines et de filles. On peut faire du rap territorial, du rap qui représente des gens. Mais au lieu d’être un quartier, ça va être un pays, ça va être un territoire, ça va être le Québec au complet, le ghetto francophone dans l’Amérique anglophone. » On s’est dit qu’il fallait le faire en québécois, en français, mais avec le joual, les sacres et les réalités québécoises.

Tout restait à faire en rap en français à cette époque, donc c’était un beau défi. Les chansons qu’on inventait, c’étaient les chansons qu’on voulait entendre. C’était motivant, c’était stimulant. On faisait découvrir un genre [aux Québécois] et on leur parlait de la situation politique du Québec. Et ça a rejoint une partie des Québécois qui se sont sentis interpellés par ça.

Photo: Jean-Yves Fréchette Biz

Laurence Nerbonne

La langue française est celle dans laquelle j’ai été élevée. Pour moi, c’était logique de m’exprimer dans cette poésie-là. C’est aussi parce que c’est important de conserver notre culture québécoise et francophone. Je me sentais quand même impliquée dans cette cause-là. Je pense que ça a toujours été important pour moi de représenter ma culture. Je trouverais ça vraiment plate que toute la musique du monde soit en anglais. Ce serait assez dommage.

C’est sûr qu’avec les modifications qu’il y a eues dans le système de la musique, ça peut devenir un peu difficile d’écrire en français parce qu’on a moins de portée à cause des algorithmes sur Spotify, iTunes et tout ça. On est un peu confinés au Québec seulement [en parts de marché] et c’est un peu dommage. La cause est encore plus importante en ce moment.

Salomé Leclerc

Je trouve ça plutôt important de chanter en français parce que c’est ce qui fait notre particularité au Québec. J’ai l’impression que si tout le monde écrivait ou chantait en anglais, on passerait à côté de quelque chose d’assez unique. C’est quelque chose qui nous distingue.

C’est vraiment naturel pour moi parce que c’est vraiment plus facile, ça va de soi d’écrire en français. Je suis plus touchée, je suis plus émue, à entendre, à lire des textes en français. Et pour moi, c’est beaucoup plus naturel d’exprimer une émotion dans ma langue maternelle.

Il y a quelque chose de rassurant aujourd’hui dans le fait de m’asseoir et d’écrire en français. On dirait que je me rapproche de mes racines comme ça. C’est un super beau défi de bricoler, de broder un texte en français pour que ça sonne. On dit souvent que le français est plus difficile [à écrire] à cause des accents toniques qui sont différents de l’anglais. Donc c’est un travail de plus, mais le défi est vraiment le fun à relever.

Photo: Geneviève Bélanger Salomé Leclerc

Étienne Fletcher

J’ai été élevé bilingue. Alors, même si on est une minorité, ici en Saskatchewan, pour ma réalité en tant que Fransaskois à Regina, c’était beaucoup axé sur la francophonie : l’école en français, le français à la maison avec ma sœur et mes parents.

Par rapport à la composition, c’était plutôt juste pour m’aventurer un peu, avec mon premier groupe, Indigo Joseph. On était, moi et Lord Byrun, deux chanteurs fransaskois, mais on n’avait pas nos tounes, on n’avait pas composé de matériel en français. On s’est lancé ça comme un défi, pour voir ce que ça allait donner. C’était le fun et on a aimé le résultat. On a aussi eu un bon retour de la communauté fransaskoise et un peu du Québec.

C’est quand même beau d’en parler et de donner un aperçu, un goût de comment on parle par chez nous. Ce n’est pas tellement différent, mais il y a des aspects qui sont uniques, des petites choses que nous, on dit, et qui ne sont pas nécessairement comme le français parlé au Québec. On a quand même une simplicité en français, dans la francophonie canadienne, et je trouve ça beau. C’est un élément très charmant que d’avoir cette simplicité linguistique.

Photo: Brandon White Étienne Fletcher