La diplomatie du savoir au coeur de la francophonie

Jean-François Venne Collaboration spéciale
Depuis ses débuts en 1978, le Programme d’étudiants réfugiés a permis à plus de 2000 jeunes réfugiés de 39 pays d’origine de poursuivre leurs études au Canada.
Photo: iStock Depuis ses débuts en 1978, le Programme d’étudiants réfugiés a permis à plus de 2000 jeunes réfugiés de 39 pays d’origine de poursuivre leurs études au Canada.

Ce texte fait partie du cahier spécial Francophonie

L'éducation postsecondaire constitue un vecteur important de développement culturel, social, scientifique et économique de la francophonie. Au Canada, le Bureau canadien de l’éducation internationale (BCEI) et Entraide universitaire mondiale du Canada (EUMC), deux organismes de la société civile, travaillent pour améliorer l’accès à ces études et solidifier les institutions qui les offrent, tant au Canada qu’ailleurs.

Les deux organisations gèrent conjointement depuis 2015 le Programme canadien de bourses de la francophonie (PCBF). Financé par le gouvernement fédéral, il vise à renforcer les capacités des établissements d’enseignement et des gestionnaires des secteurs public et privé dans les pays bénéficiaires. En 2020, de nombreux États, tels le Gabon, la Guinée équatoriale, le Liban et le Maroc, y participaient.

Laisser entrer les étudiants francophones

Ce programme n’est qu’un exemple du rôle que jouent ces deux organismes dans la francophonie. « Créé dans les années 1940, le BCEI se veut le porte-étendard de l’internationalisation de l’éducation et s’efforce de porter la voix de ses membres auprès du gouvernement et de défendre leurs intérêts », explique Tony Toufic, directeur du PCBF. Il recueille aussi des données, afin de les transformer en informations utiles pour ses membres. Il a très récemment mené un sondage au sujet de l’impact de la COVID-19 sur les activités des établissements d’enseignement.

Le BCEI compte près de 150 membres de niveaux collégial et universitaire au pays, dont 24 au Québec. Au total, une trentaine d’entre eux sont issus de la francophonie.

L’organisme s’inquiète toutefois du fait que les universités francophones canadiennes reçoivent proportionnellement moins d’étudiants étrangers que les universités anglophones. « Le Canada est devenu l’une des destinations les plus prisées au monde par les étudiants internationaux, mais les universités francophones n’en profitent pas suffisamment », déplore M. Toufic.

De fait, le Québec n’accueille qu’un peu plus de 10 % des étudiants étrangers au Canada. En 2019, sur les 256 000 permis d’études délivrés à des ressortissants d’autres pays par le gouvernement fédéral, seulement 12 % visaient le Québec.

En mars dernier, La Presse révélait que plus de la moitié des étrangers souhaitant étudier au Québec s’étaient vu refuser un permis d’études en 2019, contre 38 % dans les autres provinces. Pour une grande part, il s’agissait d’Africains de pays subsahariens, dont les agents d’immigration doutaient qu’ils retournent chez eux après leur programme. « Cela démontre l’importance de faire entendre notre voix, pour que ces décisions ne se prennent pas sur la base de stéréotypes », précise M. Toufic. Au Québec, les étudiants du Cameroun, du Sénégal ou de la Côte d’Ivoire sont cinq ou six fois plus nombreux qu’en Ontario, selon Statistique Canada.

L’éducation des réfugiés

Fondée en 1957, EUMC œuvre pour sa part à l’amélioration des possibilités d’éducation, d’emploi et d’autonomisation pour les jeunes dans plusieurs États. L’organisme gère depuis 1978 le Programme d’étudiants réfugiés (PER). Depuis ses débuts, il a permis à plus de 2000 jeunes réfugiés de 39 pays d’origine de poursuivre leurs études au Canada. « Ils sont parrainés et accueillis dès leur arrivée par de jeunes Canadiens, qui jouent un rôle crucial pour transformer cette expérience en réussite », explique Michelle Manks, gestionnaire en chef, solutions durables pour les réfugiés.

Depuis 2016, le nombre de campus francophones engagés dans les projets de parrainage de réfugiés d’EUMC a triplé. « Nous souhaitons augmenter encore plus cette participation et cela nécessite d’obtenir les ressources financières pour continuer d’accroître le programme et d’y associer les établissements francophones », souligne Mme Manks.

Elle explique qu’une conséquence majeure du déplacement des populations est de réduire les occasions d’éducation postsecondaire des jeunes réfugiés. « C’est notamment le cas lorsqu’ils passent d’un pays francophone à un pays anglophone, comme les jeunes Burundais exilés au Malawi », précise Mme Manks. Ils doivent alors intégrer un programme anglophone, ce qui exige une certaine maîtrise de la langue. Ils éprouvent aussi des difficultés à faire reconnaître les acquis obtenus en français dans leur contrée d’origine.

Les obstacles sont encore plus importants pour les jeunes femmes, et EUMC s’efforce de leur offrir un encadrement particulier dès les études secondaires. Elle mène par exemple une initiative dans le nord du Kenya, notamment dans les camps de réfugiés de Dadaab et de Kakuma. Il s’agit de bâtir des environnements scolaires sécuritaires pour les filles, d’accompagner les élèves et de générer un appui des parents et de la collectivité favorable à l’éducation des filles, qui y est généralement moins soutenue qu’envers les garçons.

« Pour que la francophonie continue de croître, nous devons miser sur la diplomatie du savoir et préserver l’axe de l’éducation dans les relations entre les partenaires », conclut Tony Toufic.