Les besoins des femmes violentées restent immenses

Des investissements de 181 millions sur cinq ans ont été annoncés pour bonifier le plan gouvernemental de lutte contre la violence conjugale et les services offerts par les maisons d’hébergement.
Photo: iStock Des investissements de 181 millions sur cinq ans ont été annoncés pour bonifier le plan gouvernemental de lutte contre la violence conjugale et les services offerts par les maisons d’hébergement.

Le cri du coeur lancé dans les derniers mois pour le financement des ressources pour les victimes de violence conjugale commence à être entendu, selon les organismes d’aide. Bien qu’« historiques », les sommes dégagées par Québec dans son budget 2020 ne permettront toutefois pas encore de répondre à l’ensemble des besoins.

« Il y avait urgence d’agir. Les récents féminicides et les décès liés à la violence conjugale qu’on a connus depuis cet automne ont créé une onde de choc. Le gouvernement est sous les projecteurs », souligne Louise Riendeau, porte-parole du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale.

Des investissements de 181 millions sur cinq ans ont été annoncés mardi pour bonifier le plan gouvernemental de lutte contre la violence conjugale et les services offerts par les maisons d’hébergement. De cette somme, un budget de 120 millions est réservé à ces maisons au cours des cinq prochaines années, afin qu’elles assurent la « pérennité » de leurs services et qu’elles les adaptent aux femmes en situation de vulnérabilité.

« C’est historique », avait déclaré fièrement la ministre Isabelle Charest, en rappelant que le plan d’action était auparavant accompagné d’un financement de 86 millions. « Je pense que oui, l’actualité a fait en sorte qu’on a encore plus mis en lumière cet enjeu-là et l’importance d’agir », a-t-elle ajouté.

« C’est en effet un investissement majeur qui va nous permettre de pérenniser le financement des maisons d’hébergement, mais c’est évident qu’on n’a pas eu ce qu’on voulait », confie Manon Monastesse, de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes. Son regroupement, qui compte 36 maisons d’hébergement, aurait à lui seul besoin de 32 millions de dollars. « Québec a annoncé 24 millions par année qu’il faudra se répartir entre non seulement les maisons d’urgence de première étape, mais aussi celles d’hébergement de deuxième étape », note Mme Monastesse.

Il y avait urgence d’agir. Les récents féminicides et les décès liés à la violence conjugale qu’on a connus depuis cet automne ont créé une onde de choc.

 

Développement

À court terme, difficile d’imaginer l’ouverture de nouvelles maisons. « Si on veut ouvrir des nouvelles places dans les maisons d’urgence et ouvrir de nouveaux appartements de 2e étape qui permettraient à des femmes de quitter leur foyer, ça prendrait le double des sommes annoncées », mentionne Mme Riendeau.

L’Alliance provinciale des maisons d’hébergement pour femmes et enfants victimes de violence conjugale, qui attend depuis des mois le feu vert pour ouvrir 98 nouvelles appartements de 2e étape, insiste sur l’importance de les concrétiser. Les maisons de 2e étape accueillent les femmes qui, après avoir séjourné dans une maison d’hébergement de 1re étape, présentent le plus haut risque de se faire assassiner. « Le développement des nouvelles places est un énorme enjeu parce que, contrairement aux maisons de première étape, notre financement n’est malheureusement pas récurrent », indique Mme Fedida.

Un bon début

Elle estime également que les investissements annoncés ne constituent pour l’instant qu’un « rattrapage ».

« C’est un bon début, même si ça ne répond pas à nos attentes », dit Gaëlle Fedida de l’Alliance. Elle se réjouit notamment que Québec ait prévu 5 millions de dollars pour consolider les huit cellules d’intervention rapide existantes et en implanter dans de nouvelles régions.

« Concrètement, ça vise à prévenir l’homicide conjugal et ça fonctionne très bien ; alors, c’est une bonne nouvelle de vouloir l’implanter dans d’autres régions. Cet investissement est une reconnaissance du mandat du gouvernement en matière de sécurité publique pour protéger les femmes », souligne Mme Fedida.