Meurtre de Daphné Huard-Boudreault: les policiers blanchis par le commissaire à la déontologie

Daphné Huard-Boudreault a été tuée par son ex-conjoint en mars 2017.
Photo: Facebook Daphné Huard-Boudreault a été tuée par son ex-conjoint en mars 2017.

Les interventions policières survenues quelques heures avant le meurtre de Daphné Huard-Boudreault par son ex-conjoint en mars 2017 ne révèlent aucun manquement, a conclu le Commissaire à la déontologie policière. Une décision qui, selon son père, montre l’insensibilité des autorités face à la violence conjugale lorsqu’elle n’est pas physique.

« C’est révoltant. Sur les autos de police, c’est écrit « Protéger et servir », mais ma fille, personne ne l’a protégée ce jour-là », déplore Éric Boudreault.

Il avait porté plainte en déontologie policière contre les cinq agents de la Régie intermunicipale de police Richelieu Saint-Laurent impliqués dans les deux interventions le jour du meurtre de sa fille. Il leur reprochait d’avoir fait défaut de protéger la jeune femme « malgré différents signaux qui auraient dû être détectés de leur part ».

Sa fille avait 18 ans lorsque son ex, Anthony Pratte-Lops, l’a tuée de 15 coups de couteau. L’homme, âgé de 22 ans à l’époque, avait fait croire à la femme qu’il avait quitté l’appartement qu’ils partageaient et qu’elle pouvait passer y récupérer ses effets. Il s’y était plutôt caché pour la tuer.

Dans les heures précédant le meurtre, les policiers Ralph Dallaire, Louis Deschamps, Édith Fafard et Olivier St-Cyr-Lanoie s’étaient rendus au dépanneur où travaillait Daphné puisqu’Anthony Pratte-Lops l’avait suivie et refusait de quitter les lieux.

Dans une décision rendue le 28 février dernier, le commissaire Marc-André Dowd conclut que, « malgré la conclusion tragique », les policiers ont bien fait leur travail. Aucun des cinq agents n’a collaboré à l’enquête, comme le leur permet la Loi sur la police, le Commissaire s’est donc fié à leurs rapports.

Les agents Dallaire et St-Cyr-Lanoie, qui sont arrivés au dépanneur vers 5 h 39, ont écrit que Daphné « leur mentionne que [Anthony] a réagi mal à leur récente rupture et ne veut pas qu’ils se séparent. Elle précise qu’il ne l’a pas menacée ni violentée. Elle le trouve cependant insistant ».

« Relativement calme »

Les rapports des quatre policiers présents soulignent que Daphné « était relativement calme, bien qu’elle semblait avoir pleuré ». Selon le quatuor, la directive interne en matière de violence conjugale ne s’appliquait pas à son cas.

« Elle s’applique plutôt lorsqu’il y a voie de fait ou menaces ou qu’une personne craint pour sa vie, qu’elle porte plainte ou non, ce qui n’était pas le cas dans la présente situation », précise le commissaire.

Selon les rapports, Anthony Pratte-Lops n’a pas été perçu comme une menace. « Pour eux, il y avait absence d’infraction criminelle et aucun danger appréhendé », écrit le commissaire Dowd.

Une conclusion qui étonne M. Boudreault, puisque la décision révèle que, pendant l’intervention policière, Anthony Pratte-Lops est entré dans le dépanneur et qu’il semblait en colère contre Daphné. « Il parle d’infidélité et l’insulte », peut-on lire.

« Il y a un homme qui suit son ex, refuse de partir de son lieu de travail et la traite de pute devant des policiers, ce n’est pas assez ? » questionne-t-il.

La décision mentionne que les policiers ont demandé à Daphné de conserver tous les messages de son ex pour le cas où elle déciderait de porter plainte pour harcèlement. Ils lui ont aussi demandé si elle souhaitait déclarer le vol de son cellulaire lorsqu’elle s’est aperçue que son ex l’avait probablement pris. « Voler, ce n’est pas un acte illégal ? » demande M. Boudreault.

D’après la décision, Anthony Pratte-Lops était connu des policiers pour être « impulsif ». Les agents ont même dit à Daphné qu’il « serait sage » qu’elle les contacte pour aller récupérer ses effets personnels, « pour éviter tout débordement ».

« C’est aberrant de lire ça », se désole M. Boudreault, qui souligne qu’un comité d’examen sur les décès liés à la violence conjugale a été formé à la suite du meurtre de Daphné.

M. Boudreault doit témoigner jeudi devant le comité d’experts sur l’accompagnement des victimes d’agressions sexuelles et de violence conjugale. Il souhaite que la formation des policiers soit revue et que dorénavant des intervenants sociaux soient présents avec les policiers lors d’une intervention.

C’est la deuxième fois que les policiers impliqués dans les deux interventions le jour du meurtre de Daphné sont blanchis. Un rapport du Bureau des enquêtes indépendantes avait conclu que les policiers avaient agi adéquatement. L’agente Brigitte Légaré, qui a suivi Daphné quand elle est allée récupérer ses effets personnels, était aussi visée par la plainte en déontologie.

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