Aider les femmes à obtenir justice

Martine Letarte Collaboration spéciale
Une femme témoignant lors du  procès de l’ancien dictateur guatémaltèque Efraín Ríos Montt, accusé de génocide contre des Mayas, en 2013. Sur la photo, on la voit lever la main droite avant de commencer son témoignage sur les atrocités vécues dans son village.
James Rodriguez Une femme témoignant lors du procès de l’ancien dictateur guatémaltèque Efraín Ríos Montt, accusé de génocide contre des Mayas, en 2013. Sur la photo, on la voit lever la main droite avant de commencer son témoignage sur les atrocités vécues dans son village.

Ce texte fait partie du cahier spécial Journée internationale des femmes

Si elles connaissent mieux leurs droits, les femmes peuvent davantage les faire valoir, participer à la vie citoyenne et développer leur capacité d’agir. Avocats sans frontières Canada (ASFC) aide des femmes à relever ces défis dans différentes régions du monde.

Guatemala, Honduras, Salvador : le triangle du nord de l’Amérique centrale.Trois pays interreliés, où le trafic de drogue et la traite de personnes, dirigés par de grands groupes criminels, sont omniprésents. C’est de là que partent les caravanes de migrants.

« Les groupes criminels extrêmement puissants et violents mettent une arme dans les mains des jeunes garçons en leur promettant du pouvoir et de l’argent, puis disent aux filles qu’elles travailleront dans d’autres pays et pourront envoyer de l’argent à leur famille pour finalement les faire entrer dans un réseau de prostitution », explique Pascal Paradis, directeur général d’ASFC.

Ce fléau a des effets jusqu’ici, au Québec, où les services sexuels deces jeunes filles se retrouvent parfois en vente dans les petites annonces.

« Les groupes criminels travaillent depuis longtemps en coopération, comme s’il n’y avait pas de frontières, alors nous aidons les procureurs de ces pays à se rencontrer, à ce que les enquêtes soient menées en collaboration et qu’on puisse poursuivre les gens sur la base de crimes transfrontaliers », explique Me Paradis.

Des séances de travail sont aussiorganisées pour partager les meilleures pratiques à l’échelle régionale et des Amériques.

« Le Service de police de la Ville de Montréal y a d’ailleurs participé, indique Me Paradis. Par exemple,on a découvert que les membres des groupes criminels se parlent souvent par des jeux vidéo pour réaliser leurs opérations de traite de personnes et de blanchiment d’argent. Maintenant, une technique à privilégier est de saisir rapidement les téléphones lors d’une descente [de police] pour voir les applications que ces gens ont en commun et regarder de quoi ils ont discuté. »

Défense des droits des femmes autochtones

Dans ces trois pays et en Colombie, ASFC travaille aussi avec les femmes autochtones, notamment en soutenant de jeunes juristes dans leurs études, en les aidant à acquérir de l’expérience grâce à des stages, puis en leur donnant accès à des mentors et à des formations additionnelles.

« Il y a très peu de juristes autochtones, parce que c’est très difficile d’avoir accès aux études, puis à la profession juridique et à la magistrature, explique Me Paradis. Il y a beaucoup de racisme, de préjugés, de discrimination quotidienne et systémique. »

ASFC donne aussi un coup de pouce pour faire avancer des dossiers emblématiques devant les tribunaux. Il y a eu notamment le procès Sepur Zarco, au Guatemala. Cette communauté majoritairement autochtone avait été transformée en base de « détente » pour les militaires durant le conflit armé interne de 1960 à 1996. On avait fait disparaître les hommes et pris les femmes comme esclaves sexuelles.

« Ce genre de dossier de crime de guerre est très complexe à amener devant les tribunaux, précise Me Paradis. Il faut créer une organisation dans la société civile spécialisée dans la représentation des victimes. Il faut regarder le droit national et international. Nous avons appuyé notre partenaire local pour monter le meilleur dossier possible. »

Résultat : les victimes ont gagné la bataille en 2016.

Aider les Haïtiennes à aller devant les tribunaux

En Haïti, les femmes ont peu accès à la justice.

« C’est l’un des systèmes de justice les plus fragiles de la planète, affirme Pascal Paradis. Il y a un problème de ressources, de formation, de corruption et, historiquement, ce n’est pas une priorité du gouvernement. »

ASFC travaille donc à faire del’éducation citoyenne et tente de trouver des avocats prêts à se spécialiser dans des dossiers de violence faite aux femmes, pour ensuite les appuyer.

« Ces dossiers sont rares, donc si un arrive, il faut avoir une équipe prête à le prendre et à en faire un modèle », explique Me Paradis.

Par exemple, ASFC appuie en ce moment des femmes qui affirment avoir été violées par des codétenus dans un pénitencier lors des troubles civils il y a quelques mois.

« Nous sommes aussi sur des dossiers emblématiques pour le droit des femmes, notamment en violences sexuelles, y compris par des personnages publics, ou haut placés, précise Me Paradis. Il faut mettre fin à l’impunité. Plusieurs se sentent au-dessus des lois en Haïti, particulièrement en matière de violence faite aux femmes. »

À ses yeux, il est important que les meilleures pratiques circulent entre les pays. « Grâce à la solidarité, il faut faire en sorte que les femmes, partout dans le monde, aient une voix plus forte et qu’elles puissent exercer leurs droits. »