Portraits de deux travailleuses en STIM

Gabrielle Tremblay-Baillargeon Collaboration spéciale
La chercheuse Joëlle Pineau (à gauche) et l’ingénieure Ève Langelier
Photo: Courtoisie La chercheuse Joëlle Pineau (à gauche) et l’ingénieure Ève Langelier

Ce texte fait partie du cahier spécial Journée internationale des femmes

Les femmes n’ont beau représenter que 20 % des travailleurs dans le secteur des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques (STIM), certaines ont des carrières impressionnantes. Le Devoir présente deux d’entre elles.

L’humain avant la machine

« Je suis entrée en génie mécanique pour dessiner des avions. Finalement, ce qu’on faisait n’avait rien à voir avec ça, mais j’adorais ça ! », raconte Ève Langelier, qui est aujourd’hui professeure titulaire au Département de génie mécanique de l’Université de Sherbrooke. Au fil de ses études, l’ingénieure se spécialise en bio-ingénierie humaine, un secteur qui allie médecine, technologie et mécanique. Dans ses recherches, Mme Langelier travaille à mieux comprendre les rouages de la machine humaine.

« On peut concevoir des équipements de chirurgie et des instrumentsmédicaux, mais aussi essayer de comprendre comment se forment les lésions au niveau des tendons, par exemple. On a quand même un large spectre d’action », souligne-t-elle. Comprendre, donc, mais surtout offrir des solutions à des problèmes tangibles, comme ceux des athlètes paralympiques. Pour les jeux de Vancouver en 2010, l’équipe de la professeure a travaillé avec des professionnels du ski de fond et du ski alpin afin d’améliorer leurs performances. « C’est peut-être l’endroit où il y a le plus d’innovations à faire, puisque les athlètes ont tous des capacités et des limitations différentes », explique-t-elle.

Mme Langelier est aussi titulaire de la Chaire pour les femmes en sciences et en génie au Québec, une initiative du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG) pour contrer le problème de la sous-représentation féminine dans le domaine. « Si on attend que le temps passe et que ças’améliore, on va attendre longtemps ! Il faut continuer à mener des actions concrètes », affirme Mme Langelier.La Chaire organise des activités, des rencontres et des ateliers dans les écoles du primaire jusqu’à l’université, mais également des formations pour les enseignants. Pour donner envie de poursuivre les études en science, oui, mais surtout pour s’assurer que celles-ci se passent bien.

« On organise des ateliers pour aider les filles à s’intégrer dans un milieu majoritairement masculin », explique l’ingénieure. La diversité et la mixité, cheval de bataille de la Chaire ? L’instance offre des formations pour aider les chercheurs à tenir compte de ces facteurs dans la composition de leurs équipes, mais aussi dans leurs méthodes de recherche. «  On veut encourager les chercheurs à réfléchir à l’impact sur les femmes et les groupes minoritaires quand ils mettent des études en place », conclut-elle.

(Se) diviser pour régner

Joëlle Pineau partage son temps entre l’Université McGill, où elle détient un poste de professeure associée de la School of Computer Science, en plus de codiriger le Laboratoire d’apprentissage et de raisonnement, et le laboratoire de recherche en intelligence artificielle montréalais de Facebook, où elleœuvre à titre de directrice. Dans les deux espaces, ses recherches portent sur l’apprentissage par renforcement, une branche de l’apprentissage automatique (machine learning) : « On entraîne des agents intelligents dans le but d’optimiser leur comportement », explique la chercheuse.

Ainsi, ses équipes programment des algorithmes mathématiques au sein des machines afin d’envoyer des signaux de récompense ou de sanction selon la tâche accomplie. Et comme les ordinateurs sont programmés pour vouloir accéder à la récompense, ils améliorent leur comportement rapidement.

« C’est un peu inspiré de la psychologie », note Mme Pineau. À McGill, la plupart des recherches sont effectuées au sein du Mila, une entité de recherche panuniversitaire qui rassemble des spécialistes du domaine de l’apprentissage profond et par renforcement. Concrètement, leurs avancées bénéficient au secteur de la santé, par exemple : « On travaille à optimiser des traitements pour l’épilepsie, le cancer et les maladies du cœur en utilisant de gros jeux de données pour les personnaliser ».

Et chez Facebook ? Les recherches se recoupent un peu, concède la chercheuse, même si, éthique oblige, on y travaille moins en santé. Le laboratoire de Montréal ne compte qu’une trentaine de personnes, mais Joëlle Pineau dirige l’entièreté de l’équipe de recherche, qui est répartie en Californie, à Seattle et à Pittsburgh —entre autres. « La particularité du groupe, c’est que c’est un laboratoire de recherche qui est complètement dirigé vers la science ouverte. Les projets sur lesquels je travaille sont publiés, le code est partagé en open source. Je peux en parler de façon très explicite et, surtout, je peux collaborer avec des chercheurs universitaires. Tout ça permet de faire avancer les travaux beaucoup plus rapidement », affirme-t-elle.

Bien que le nom du réseau social soit accolé au laboratoire, il faut savoir que les projets penchent du côté de la recherche fondamentale et non pas de l’application directe pour la plateforme. À McGill comme chez Facebook AI, l’objectif, c’est de bouger vite... et de suivre le rythme.

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