Non, les garçons ne sont pas meilleurs en maths que les filles!

Catherine Martellini Collaboration spéciale
Les stéréotypes constitueraient un des facteurs qui décourageraient les femmes d’entamer ou de poursuivre des études et une carrière liée au domaine des mathématiques, par exemple.
Photo: iStock Les stéréotypes constitueraient un des facteurs qui décourageraient les femmes d’entamer ou de poursuivre des études et une carrière liée au domaine des mathématiques, par exemple.

Ce texte fait partie du cahier spécial Journée internationale des femmes

Voilà pourtant l’une des nombreuses croyances sexistes dans les domaines des sciences, des technologies, de l’ingénierie et des mathématiques (STIM), encore à forte prédominance masculine tant aux études postsecondaires qu’en milieu de travail. Des mesures existent pourtant pour contrer ces stéréotypes et favoriser l’intégration des femmes et des filles en STIM.

Au Québec, la majorité des femmes continuent de choisir des professions dans les domaines liés à la santé et à l’éducation. Ainsi, elles n’occupent que le cinquième des emplois en sciences naturelles et appliquées.

Les stéréotypes constitueraient un des facteurs qui décourageraient les femmes d’entamer ou de poursuivre des études et une carrière en STIM. Ils influent sur la perception que les filles ont d’elles-mêmes et les dissuadent de se diriger vers ces domaines, indique un rapport de 2018 desFonds de recherche du Québec (FRQ) et du ministère de l’Économie et de l’Innovation (MEI), réalisé dansle cadre du projet Saga de l’UNESCO.

« Si on s’attarde seulement à l’intérêt chez les jeunes du primaire et du secondaire pour les STIM, on remarque qu’il existe pourtant peu de différences entre les garçons et les filles », mentionne Janice Bailey, directrice scientifique du Fonds de recherche du Québec — Nature et technologies.

L’effet des stéréotypes se ferait donc sentir plus tard, quand vient le temps de choisir ses études postsecondaires et son orientation professionnelle.

Favoriser l’égalité en cinq temps

Le rapport des FRQ et du MEI a recensé une centaine de mesures inspirantes et 25 pistes d’action pour les cinq périodes charnières durant lesquelles les filles et les femmes sont le plus susceptibles d’être incitées à entamer ou à poursuivre des études ou une carrière en STIM : la petite enfance et le préscolaire,l’école primaire, les études secondaires et collégiales, les études supérieures et la vie professionnelle.

« Une des solutions qui pourraient aider à briser les stéréotypes dès le primaire et le secondaire consiste àaugmenter le nombre de modèlesféminins dans ces sphères, notamment en offrant une meilleure représentativitédes femmes dans l’animation des émissions de télévision scientifiques qui leur sont destinées », souligne Janice Bailey.

Le recrutement, l’accès et la rétention des femmes dans l’enseignement supérieur, c’est-à-dire au collégial et au niveau universitaire, constituent par ailleurs un autre grand enjeu pour l’égalité entre les femmes et les hommes dans le domaine des STIM.

Les étudiantes dans des programmes universitaires liés au STIM auQuébec sont en effet encore largement minoritaires.

« Parmi les domaines des STIM, on tend à voir un peu plus de femmesinscrites en sciences biologiques,mais nettement moins en sciences dures et en mathématiques, soit environ 20 % d’inscriptions », soutient Janice Bailey.

De plus, la proportion de femmes dans l’effectif étudiant décroît en cours de formation, et ce, dans l’ensemble des domaines liés aux STIM.

« Leur présence dans ces domaines chute aussi de façon significativeune fois sur le marché du travail », ajoute-t-elle.

Sensibiliser aux préjugés inconscients

Les mesures à prendre à cette étape sont diverses. Toujours dans le but de changer les mentalités, l’amélioration de la représentativité des femmes dans l’organisation de conférences liées aux STIM et au sein du corps professoral est essentielle pour montrer des modèles féminins, d’ailleurs tant aux femmes qu’aux hommes.

Une formation devrait de plus être offerte à certains membres des comités d’évaluation des demandes de bourses pour les sensibiliser à leurs préjugés inconscients.

« Ces biais peuvent être aussi subtils que le vocabulaire employé dans une lettre de recommandation écrite par un professeur pour l’obtention d’une bourse par une femme », précise-t-elle.

On dira ainsi d’une femme qu’elle travaille fort pour réussir et d’un homme qu’il est brillant. On parlera de la situation familiale d’une candidate, en soulignant ses belles performances alors qu’elle devait par ailleurs s’occuper de ses quatre enfants. Ce que l’on ne fera pas pour un candidat.

Certaines règles à l’égard des bourses ou des études peuvent également désavantager les femmes.

« Il y a des limites de temps imposées aux étudiants qui terminent leur doctorat pour faire une demande de bourse postdoctorale qui peuvent défavoriser les femmes qui vivraient une ou plusieurs grossesses, souligne-t-elle. Or, cette aide financière permet à un étudiant de faire progresser sa carrière vers la recherche, l’université ou l’industrie. Ce sont des barrières qui ne coûtent rien à enlever, et qui ouvriraient des portes aux femmes. »

Ainsi, certains organismes subventionnaires, comme les FRQ, offrent des congés parentaux pour les aider à concilier leurs études et leur vie familiale, et ce, tant aux hommes qu’aux femmes.

Sur le marché du travail, des initiatives comme celle d’Ingénieurs Canada, 30 en 30, qui a pour objectif d’arriver à ce que 30 % des nouveaux ingénieurs soient des femmes d’ici à 2030 contribuent aussi à stimuler l’égalité dans cette profession.