Un travail sur la confiance s’impose

Jean-François Venne Collaboration spéciale
Anne-Marie Croteau est la première femme à diriger l’École de gestion John-Molson.
Université Concordia Anne-Marie Croteau est la première femme à diriger l’École de gestion John-Molson.

Ce texte fait partie du cahier spécial Journée internationale des femmes

En septembre dernier, l’École de gestion John-Molson de l’Université Concordia est devenue le premier établissement de ce type à obtenir la certification parité de la Gouvernance au féminin. Celle-ci souligne la réussite d’organisations engagées envers la parité entre les sexes qui ont implanté des mécanismes pour relever ce défi et les ont maintenus dans la durée.

L'école avait déjà effectué un pas en ce sens en 2017 en faisant d’Anne-Marie Croteau la première femmeà y occuper le poste de doyenne.Cette dernière avait par la suite nommé trois femmes et un homme aux fonctions de vice-doyens. On retrouve aussi désormais trois femmes et deux hommes à la tête des cinq départements.

Un petit exploit quand on sait qu’environ 15 à 20 % des professeurs de l’école sont des femmes, selon le département. Le bassin pour recruter des dirigeantes reste donc relativement restreint. « Nous devons continuer de travailler pour augmenter notre nombre de professeures », note Anne-Marie Croteau.

À John-Molson, les femmes représentent 86 % des étudiants en ressources humaines, 62 % de ceux en marketing et 56 % de ceux en comptabilité. Toutefois, elles ne comptent que pour 34 % du corps étudiant en finance et 36 % en technologies de l’information. Dans ce dernier cas, c’est déjà six points de pourcentage de plus qu’en 2017, un indice que la situation s’améliore.

« Les femmes ont besoin demodèles pour les attirer vers ces départements, donc nous tentons d’y recruter des professeures, mais c’est difficile, car peu de femmes complètent des doctorats dans ces domaines », admet Mme Croteau. L’École n’hésite pas à se tourner vers des professionnelles qui font carrière en technologie ou en finances pour qu’elles viennent y enseigner à temps partiel.

La doyenne espère que l’exemple de John-Molson inspirera d’autres écoles de gestion à décrocher cette certification, affirmant qu’elle augmente la fierté des étudiantes et des étudiants. L’établissement compte d’ailleurs deux associations étudiantes, les clubs Women in business et Women in leadership, qui œuvrent à la promotion de la parité en affaires.

« Elles travaillent beaucoup avec les hommes sur ces questions, une approche que je trouve très intéressante, précise-t-elle. Il ne s’agit pas pour elles d’opposer les genres, mais de savoir comment en arriver à offrir les mêmes occasions et un traitement équitable pour tout le monde. »

A pour ambition

Si les barrières systémiques et institutionnelles freinent encore la progression des femmes vers des postes de direction, des comportements et des attitudes peuvent aussi les ralentir. C’est là-dessus que travaille l’Effet A avec son programme Défi 100 jours. Il est offert depuis cinq ans à Montréal et à Québec et plus récemment à Paris et à Lausanne-Genève. Plus de 2500 travailleuses y ont participé.

« Nous ne voulons pas tant transmettre des connaissances que transformer les postures mentales et les comportements des femmes, afin de les amener à mieux communiquer leurs ambitions dans leur organisation », souligne Isabelle Marquis, cocréatrice de l’Effet A. Il s’agit notamment de travailler sur la confiance, la gestion des risques et l’influence. Les participantes sont invitées à découvrir des microcomportements qu’elles pourraient modifier pour être perçues comme des leaders et des membres ambitieux de leur entreprise.

Les exemples ne manquent pas : ne pas prendre la parole pendant des réunions même si l’on a des choses à dire, hésiter à déposer sa candidature à un poste parce que l’on ne répond pas à tous les critères, ne pas assumer son succès et en donner le mérite à d’autres ou aux circonstances, ne pas se mêler aux discussions de corridor, etc.

Le parcours constitue donc à lafois un exercice d’introspection et d’action, visant à repérer ses comportements, puis à les modifier. Il se réalise en ligne et hors ligne. Des leaders comme Isabelle Hudon, ambassadrice du Canada en France, Sophie Brochu, ex-p.-d.g. d’Énergir, ou Annick Guérard, cheffe de l’exploitation de Transat, y participent pour partager leur expérience lors de certains événements.

L’Effet A travaille en entreprise et collabore avec les ressources humaines et la direction. « C’est important que la démarche de ces femmes rencontre une ouverture de la part des dirigeants de l’organisation et que ceux-ci adhèrent à l’idée de promouvoir l’ambition auprès de leurs employées », note Isabelle Marquis.

Un sondage réalisé auprès d’anciennes participantes indique que 88 % d’entre elles acceptent et sollicitent davantage de mandats, de postes ou de projets à l’extérieur de leur zone de confort. Une proportion semblable (86 %) affirme avoir plus confiance en elles.