​Femmes autochtones du Québec: de grandes luttes, des victoires à souligner

Martine Letarte Collaboration spéciale
En novembre 2016, une vigie avait été organisée à Montréal, près de la Place des Arts, en solidarité avec les femmes autochtones de Val-d’Or, qui se disent victimes de sévices sexuels, d’abus de pouvoir et d’intimidation de la part de certains policiers.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir En novembre 2016, une vigie avait été organisée à Montréal, près de la Place des Arts, en solidarité avec les femmes autochtones de Val-d’Or, qui se disent victimes de sévices sexuels, d’abus de pouvoir et d’intimidation de la part de certains policiers.

Ce texte fait partie du cahier spécial Journée internationale des femmes

Très présentes dans l’actualité depuis quelques années, les femmes autochtones se battent sur plusieurs fronts : violence, discrimination basée sur le genre, droits de l’enfance et bien d’autres. Des luttes de longue haleine, mais qui, parfois, permettent de criervictoire. Entretien avec Viviane Michel, présidente de Femmes autochtones du Québec (FAQ).

« S’il y a un grand enjeu contre lequel nous luttons et qu’il faut continuer de mettre de l’avant, c’est bien celui de la violence et des agressions sexuelles », indique Viviane Michel, présidente de FAQ.

Une violence qui a été étalée au grand jour au Québec en 2015 par l’émission de télévision Enquête, de Radio-Canada, où des femmes autochtones ont témoigné de sévices sexuels, d’abus de pouvoir et d’intimidation de la part de certains policiers de la Sûreté du Québec, à Val-d’Or. Le tout a mené au déclenchement de la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec. Le rapport de la commission avait d’ailleurs déçu Viviane Michel, qui souhaitait y voir davantage de recommandations pour améliorer la sécurité des femmes autochtones face aux policiers. En novembre 2016, le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) avait par ailleurs rejeté les 37 plaintes logées par des femmes autochtones contre six policiers de Val-d’Or. Aucune accusation n’a été déposée contre eux, faute de preuves assez solides, ce qui a mené à des mouvements de protestation à Val-d’Or.

Photo: Femmes autochtones du Québec Viviane Michel

Mais, il y a eu aussi l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA), dont le rapport a été déposé en juin dernier. La ministre fédérale des Relations Couronne-Autochtones,Carolyn Bennett, discute actuellement avec les leaders et groupes autochtones pour créer un plan d’action afin de répondre aux recommandations.

« FAQ propose un plan d’action national par province, indique Viviane Michel. Nous pourrons nous appuyer sur nos 91 recommandations remises à l’ENFFADA et sur les 15 faites à la commission provinciale pour choisir, dans les prochains mois, nos priorités à présenter au gouvernement fédéral. Nous lui demandons aussi de faire le même exercice avec les familles, puisqu’il est important de connaître leurs visions, leurs besoins et leurs attentes. »

Droit de l’enfance

Le droit de l’enfance et de la famille est aussi un enjeu important pour FAQ. La Loi concernant les enfants, les jeunes et les familles des Premières Nations, des Inuits et des Métis, entrée en vigueur le 1er janvier à travers tout le Canada, cède le contrôle de la protection de la jeunesse aux communautés autochtones. L’objectif est d’arriver à une prise en charge des enfants par les communautés afin de diminuer le nombre de placements en famille d’accueil. Cette loi crée des remous au Québec alors que le gouvernement a décidé d’en contester la constitutionnalité.

« Pourtant, nous avons travaillé avec plusieurs partenaires pendant neuf ans pour que l’adoption coutumière soit acceptée par l’État québécois, ce qui a été fait, mais là, j’ail’impression qu’on recule au lieu d’avancer », affirme Viviane Michel.

Victoire contre la discrimination basée sur le genre

Les revendications des femmes autochtones mènent aussi à de grandes victoires. À la mi-août, FAQ a célébré l’entrée en vigueur de la loi S-3, rendant les hommes et les femmes autochtones égaux aux yeux de la Loi sur les Indiens. Par exemple, entre 1951 et 1985, les femmes autochtones ne pouvaient pas transmettre leur statut à leurs enfants nés hors mariage, à moins que le père soit un Indien inscrit. Or, dans des circonstances similaires, les hommes autochtones le pouvaient.

« C’est une grande victoire, mais nous continuons à dénoncer le fait que la Loi impose toujours la reconnaissance de la paternité pour obtenir le statut d’Indien, indique laprésidente. Les filles deviennent souvent mères très jeunes et parfois, elles ne veulent pas nommer le papa en raison des conséquences sur les familles, par exemple si c’est un enfant issu d’une relation extraconjugale, ou d’un viol. Ou encore, certains ne veulent pas reconnaître leur paternité. Dans ces cas-là, le père est considéré comme québécois. S’il n’y a pas de reconnaissance de paternité, l’enfant est québécois. »

Renforcer le leadership des femmes autochtones

Pour améliorer le leadership des femmes, FAQ offre à nouveau cet été en collaboration avec l’Université du Québec à Montréal le cours « Gouvernance autochtone au féminin ». Il est donné par la chargée de cours huronne-wendate Isabelle Picard.

« Ce cours intensif permet aux femmes de toutes les nations de s’outiller, de mieux connaître l’histoire et les enjeux liés à la colonisation et à la Loi sur les Indiens, explique Viviane Michel. C’est aussi un cours crédité qui permet aux femmes autochtones d’entrer dans le monde universitaire et qui peut leur donner envie de poursuivre leurs études. » 


Une version précédente de ce texte omettait de préciser que le DPCP avait rejeté toutes les plaintes logées contre les six policiers. Le texte a été corrigé depuis.