L’Hôpital général juif prêt à recevoir ses premiers patients

Une des 87 chambres à pression négative dont dispose l’Hôpital général juif.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Une des 87 chambres à pression négative dont dispose l’Hôpital général juif.

Un léger courant d’air nous aspire dans la pièce. Nous voilà dans l’une des 24 chambres à pression négative du pavillon K de l’Hôpital général juif à Montréal. C’est ici que des patients atteints du COVID-19 seront hospitalisés.

« L’air est pompé dans la chambre et il est aussi retiré, explique Louise Miner, directrice des services professionnels du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal. On le retire à un plus grand volume qu’on le pompe. » Un filtre capte ensuite les virus.

Impossible pour le COVID-19 de circuler dans le système de ventilation et de se propager dans l’institution.

 

L’Hôpital général juif est l’un des quatre établissements désignés par Québec pour accueillir les cas confirmés de COVID-19 (les autres sont l’Hôpital Sainte-Justine, le Centre hospitalier universitaire de l’Université Laval et l’Institut de cardiologie et de pneumologie à Québec). Les médias ont pu visiter ses installations lundi.

Le centre hospitalier compte 87 chambres à pression négative (dont 24 dans le pavillon K). Au besoin, les patients seront transférés aux soins intensifs, où se trouvent 53 respirateurs pour adultes.

« C’est sûr qu’avec plus de 80 lits, ça devrait être assez, pense le Dr Miner. Habituellement, ces cas-là se font en vague, en séquence. Ce n’est pas tout le monde qui arrive en même temps. »

Un cas de COVID-19 a été confirmé jusqu’à présent dans la région de Montréal, le seul au Québec. La femme infectée demeure en isolement à domicile. « La majorité des cas n’ont pas besoin d’être hospitalisés », rappelle le Dr Miner.

Des simulations

Au cours des deux dernières semaines, le personnel de l’Hôpital général juif a participé à des simulations pour se préparer à l’arrivée de patients infectés par le COVID-19.

Les malades seront amenés à leur chambre « par le chemin le plus court », souligne Joanne Côté, directrice de la qualité au CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal. Les employés suivront un tracé précis pour éviter de contaminer d’autres patients et les membres du personnel.

On a augmenté la formation des travailleurs de la santé de façon à s’assurer qu'[ils] puissent travailler de façon sécuritaire

Urgence Santé, qui pourrait devoir transférer des patients infectés d’un hôpital à l’autre, a pris part aux simulations.

« On se prépare depuis des années », dit le Dr Yves Longtin, chef du service des maladies infectieuses à l’Hôpital général juif.

Le centre hospitalier s’est doté d’installations de mise en quarantaine lors de son agrandissement, amorcé deux ans après la pandémie de H1N1, survenue en 2009. Le pavillon K accueille des patients souffrant de maladies contagieuses, comme la tuberculose et la grippe sévère.

« [Depuis un mois], on a augmenté la formation des travailleurs de la santé de façon à s’assurer qu'[ils] puissent travailler de façon sécuritaire », dit le Dr Longtin.

Les infirmières et les médecins porteront des jaquettes jetables, des gants plus longs qu’à l’habitude, des masques N-95 (un appareil de protection respiratoire à filtres à particules) et des visières. Pas question toutefois de revêtir un habit ressemblant à un scaphandrier, comme c’est le cas en Chine.

La réalité chinoise est bien différente de celle du Québec. « En Chine, ils ont de grands dortoirs où ils peuvent hospitaliser des dizaines de patients malades, explique le Dr Longtin. Tout l’environnement est considéré comme contaminé. » Le personnel soignant peut demeurer dans la pièce pendant huit heures d’affilée.

Le scaphandre blanc est aussi « très difficile à enlever », selon le Dr Longtin. « Il y a de gros risques que la personne se contamine en enlevant l’habit », dit-il.

Visites maintenues dans l’hôpital

Pour éviter la propagation du COVID-19, les patients infectés ne pourront recevoir des visiteurs. La direction de l’hôpital a toutefois l’intention de maintenir les visites dans les autres unités.

« Notre établissement est connu pour une approche 24 heures sur 24 et avoir les familles à proximité, dit Joanne Côté. On ne veut pas enlever ça. »

S’il devait traiter un très grand nombre de malades, l’Hôpital général juif devra toutefois procéder à du « délestage » de patients. « Le grand défi, c’est que pour admettre des patients pour le COVID-19, il faut faire de la place, dit le Dr Longtin. Il faut donc enlever certains de nos patients qu’on a présentement dans notre hôpital. »

Cette décision sera prise de concert avec le ministère de la Santé et des Services sociaux, indique le Dr Longtin. « Parce que c’est sûr que, si on cesse d’admettre certaines populations de patients pour faire de la place, à ce moment-là, ça met une pression supplémentaire pour le reste du réseau. »


Nouveaux cas au pays

L’Ontario a annoncé trois nouveaux cas de coronavirus lundi, ce qui porte le nombre de malades à 27 au Canada. On compte 18 cas en Ontario, 8 en Colombie-Britannique et 1 au Québec.

Parmi les personnes infectées, plusieurs revenaient d’un séjour en Iran, un des pays les plus touchés présentement. Les autorités de la santé publique ont donc demandé aux voyageurs arrivant de ce pays de se soumettre à un isolement volontaire pendant deux semaines à leur arrivée au Canada.

Affaires mondiales Canada a aussi haussé le niveau d’alerte pour l’Iran, demandant aux citoyens d’éviter tout voyage non essentiel dans ce pays. Des avertissements similaires sont en place pour le nord de l’Italie et certaines régions de la Corée du Sud.