La Commission des droits de la personne déplore la persistance des stéréotypes envers les Autochtones

La communauté autochtone de Kahnawake ont élevé une barricade en soutien aux chefs héréditaires wet’suwet’en. 
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La communauté autochtone de Kahnawake ont élevé une barricade en soutien aux chefs héréditaires wet’suwet’en. 

Les Autochtones font l’objet ces dernières semaines de propos discriminatoires et sont visés par des messages haineux, dénonce la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ). L’organisme ajoute que les mobilisations en soutien aux chefs héréditaires wet’suwet’en opposés au projet de gazoduc sur leur territoire entraînent l’expression de préjugés et de stéréotypes sur Internet, dans les médias traditionnels et dans le discours d’acteurs publics.

« Ce qu’on voit — et ça ne prend pas une recherche très approfondie — c’est que des gens qualifient les membres des Premières Nations de toutes sortes de noms, ils les appellent des terroristes, sans faire la réflexion nécessaire pour comprendre les revendications derrière les blocages », précise en entrevue Philippe-André Tessier, le président de la CDPDJ.

M. Tessier ne veut pas « pointer du doigt un média, un intervenant ou un politicien en particulier » dans sa sortie. Il note cependant que sur les réseaux sociaux, des commentaires « décomplexés » prouvent que certains préjugés qu’on croyait morts existent toujours.

« Je ne parle pas de désaccords, de débats ou de discussions politiques musclés, ajoute-t-il. On peut faire ça, et la liberté d’expression est même protégée par la Charte. Toutefois, on n’a pas la liberté de discriminer, d’utiliser des préjugés ou des anathèmes pour dévaloriser le point de vue d’une personne. »

Dans une lettre de la CDPDJ transmise au Devoir, on peut lire : « La Commission souligne que la Charte des droits et libertés de la personne protège toutes les personnes qui se trouvent au Québec de la discrimination et du harcèlement. Les actions citoyennes et les actions politiques ne peuvent justifier l’expression de stéréotypes, qui ont des impacts concrets sur la dignité des personnes. »

Cette semaine, le conseil mohawk de Kahnawake a reproché au premier ministre François Legault de jeter de l’huile sur le feu en disant qu’il y avait des armes d’assaut dans la réserve. « Le premier ministre doit être bien plus prudent dans son choix de mots », a déclaré Kahsennenhawe Sky Deer, l’une des membres du conseil.

Depuis plus de trois semaines, des activistes autochtones ont érigé des barricades à plusieurs endroits sur le réseau ferroviaire canadien. La mobilisation s’est amorcée quand la Gendarmerie royale du Canada a procédé à des arrestations sur le territoire de la nation wet’suwet’en, en Colombie-Britannique, où la compagnie TC Énergie commence à construire un gazoduc.

Les revendications des chefs héréditaires sont jugées « tout à fait légitimes » par le président de la CDPDJ. Il faut, plaide-t-il, examiner les revendications autochtones en gardant en tête la souffrance et la discrimination que ces peuples ont vécues, comme l’ont démontré de récents exercices publics (commission Viens, Commission de vérité et réconciliation du Canada, Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées).

« On comprend pourquoi il peut y avoir cette colère-là, explique-t-il. Les communautés autochtones font preuve d’énormément de résilience, d’énormément de patience, compte tenu de ce qu’elles ont vécu à travers les années et vivent encore aujourd’hui. De le comprendre, ça nous permet d’aller au-delà des barricades, d’avoir un dialogue avec les Premières Nations et d’installer une paix durable. »