Drame de Granby: la DPJ a abusé de son pouvoir, selon une avocate

Me Valérie Assouline a fait, jeudi, devant la commission la déposition la plus animée depuis le début des travaux.
Photo: Jean-François Nadeau Le Devoir Me Valérie Assouline a fait, jeudi, devant la commission la déposition la plus animée depuis le début des travaux.

« Ça ne peut pas continuer », dit Me Valérie Assouline, avocate de la mère de la fillette morte à Granby. Entendue jeudi devant la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse (commission Laurent), Me Assouline considère, dans un réquisitoire, qu’on se trouve désormais dans un cas patent « d’abus de pouvoir » dès lors qu’il est question de la DPJ, une machine « où personne n’est jamais imputable ».

Son exposé, accompagné de grands gestes oratoires, était soutenu par une délégation de sympathisants, parmi lesquels on trouvait la mère naturelle et la grand-mère de la fillette morte de façon tragique à Granby, la petite « Tilili », comme l’a rebaptisée la présidente de la commission. « Je vous demande, en mémoire de Tilili, de prendre des mesures » sans plus tarder pour les enfants et leurs parents, a demandé l’avocate.

Valérie Assouline a tenté d’emblée d’exposer certains aspects de cette affaire, se faisant tout de suite interrompre par la présidente de la commission. Mme Laurent a rappelé qu’il n’était pas permis, au nom du décret qui régit les travaux de la commission, d’exposer des cas précis.

« S’il y a une commission aujourd’hui, c’est parce que ça ne fonctionne pas », a martelé l’avocate.

« Comment se fait-il que la DPJ ne change pas tout de suite de direction après Granby ? C’est eux qui avaient le pouvoir de changer les choses et ils ne l’ont pas fait », regrette Me Assouline, rejetant l’essentiel de la responsabilité sur cet appareil d’État, tout en disant ne pas en vouloir aux intervenantes qui font leur possible.

« En 20 ans [de pratique], je n’ai jamais eu à dénoncer sur la place publique des incohérences et les abus comme je le fais aujourd’hui. » Ce qui l’empêche désormais de dormir la nuit, dit-elle. Non seulement l’esprit, mais la lettre de la loi ne sont pas respectés, dit-elle. Elle considère que « les enfants sont des otages du système » et que les grands-parents sont injustement écartés des pistes de solution, ce qui mérite d’être dénoncé.

L’avocate a mentionné le cas d’une famille de quatre enfants, placés dans quatre milieux différents, dans autant de villes différentes. « Comment penser que des mesures aussi draconiennes et barbares pourraient être profitables pour les enfants ? » Elle a indiqué que trop souvent la DPJ brise des vies et des familles.

Me Assouline a livré devant la commission la déposition la plus animée depuis le début des travaux, tenant tantôt un livre de droit à la main ou encore un dossier bleu sur lequel étaient tracées les lettres GBS, pour « Gros Bon Sens », un leitmotiv qui a servi d’étendard à sa présentation.

S’il y a une commission aujourd’hui, c’est parce que ça ne fonctionne pas

La mesure des faits

Depuis combien de temps s’intéresse-t-elle aux questions relatives à la DPJ ? lui a demandé une commissaire. « Ça fait quelques mois que je suis immergée dans le cas de la DPJ », a répondu Me Assouline. Elle a ensuite affirmé que la commission tentait de miner sa crédibilité, en soulignant que la DPJ n’était pas sa spécialité, quand elle a qualifié à deux reprises d’«inquiétantes» des questions posées par des commissaires.

La présidente de la commission a dû de nouveau intervenir, en refusant pour sa part de se faire couper la parole par l’avocate. « Là, c’est moi qui parle », a dit Régine Laurent : « Nous sommes une commission d’enquête. Chaque pas que nous faisons doit être mesuré et validé. On doit être capable de bien faire le travail pour que personne à la fin ne vienne attaquer ce rapport. »

Avocate en droit de la famille, membre du conseil du barreau de Montréal, Me Valérie Assouline est aussi conseillère municipale à Dollard-des-Ormeaux. Militante du Parti conservateur du Canada, elle a été candidate à cette enseigne. En 2014, elle a aussi brigué un siège à Québec comme candidate de la CAQ.

En entrevue au Devoir, Me Assouline s’est dite assurée que le rapport de la commission Laurent sera admirable, mais elle dit douter de la volonté qu’il y aura d’en appliquer les recommandations. À sa sortie, des gens l’attendaient en pleurant, lui demandant sa carte, voulant lui dire, en français comme en anglais, qu’ils l’appuient dans sa lutte, comme si elle était le fer de lance d’une véritable croisade.

Des centaines de toutous bordaient jeudi le pied des murs de l’immeuble où se tiennent, boulevard René-Lévesque, les audiences de la commission Laurent. Karine Darcy, fondatrice et directrice d’Aide, Conseils et Assistance aux Familles Québécoises (ACAFQ), avait coordonnée le transport de ces peluches pour souligner la présentation de Valérie Assouline.

Karine Darcy soutient, en entrevue au Devoir, que c’est elle qui a présenté la mère de la fillette de Granby à l’avocate Assouline, puis qui a payé une partie de ses honoraires. Me Assouline fait partie du conseil de l’ACAFQ, dit Karine Darcy. Ce que la principale intéressée nie, tout en reconnaissant que « c’est une dame que je connais ».

Les Noirs et la police

Plus tôt en journée, devant les représentants du Service de police de la Ville de Montréal, la présidente Régine Laurent a constaté, à son plus grand déplaisir, que ce service de police n’avait toujours pas procédé à une analyse critique de la surreprésentation des Noirs en vue de changer ses façons de faire et que, conséquemment, cela avait des effets directs sur leur représentation excessive dans les services de la DPJ.

La présidente Laurent a semoncé les policiers, se disant profondément déçue de ce manque d’entrain à changer les approches. « Je n’arrive pas à vous croire lorsque vous dites que les choses vont changer. » Elle a dit au contraire sentir « un mépris depuis des années » sur cette question. L’audience a été ajournée à la suite de ce constat, même s’il restait du temps.