Légère baisse des crimes haineux en 2018

Manifestation à Montréal contre les crimes haineux, tenue le 17 mars 2019.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Manifestation à Montréal contre les crimes haineux, tenue le 17 mars 2019.

Après avoir atteint un sommet en 2017 au pays, le nombre de crimes haineux a légèrement diminué en 2018, selon le plus récent rapport de Statistique Canada. Malgré ce recul, la tendance des cinq dernières années est plutôt à la hausse.

En 2018, la police a déclaré 1798 crimes haineux, soit une baisse de 13 % par rapport aux 2073 cas déclarés en 2017. Cette diminution s’expliquerait surtout par le moins grand nombre de cas recensés en Ontario pour l’année 2018 et parce qu’il y aurait moins de crimes motivés par la haine à l’égard de la religion.

Mais elle pourrait également s’expliquer par « le peak sans précédent » de l’année 2017, estime Benjamin Ducol, du Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence.

« Ça a été le cas déviant d’un point de vue statistique, où il y avait effectivement une hausse qui était sans précédent », souligne-t-il. « Cette année-là, il y a eu l’attentat à la mosquée de Québec qui a joué un grand rôle sur la capacité à signaler et plus de gens ont signalé ce type de crime aux autorités policières », a poursuivi M. Ducol.

Mais justement, il appelle à la prudence lorsqu’il s’agit d’interpréter des chiffres sur une courte période d’un an ou deux et non pas sur le long terme. Car, sur le fond, en omettant l’année d’exception 2017, c’est l’année 2018 qui détient le record de crimes haineux de la décennie. Et depuis 2013, ce nombre croît chaque année.

Pourquoi ? « Il y a un climat social qui est peut-être un peu plus tendu, un peu plus polarisé », a indiqué M. Ducol, en reconnaissant que c’est difficile à mesurer d’un point de vue empirique. L’autre hypothèse, c’est que les gens, désormais plus sensibilisés, font davantage de plaintes, et les services de police sont mieux outillés pour les recueillir.

Le cas du Québec

Si le Québec a connu une baisse de 7 % du nombre de crimes haineux par rapport à 2017, c’est néanmoins dans cette province que les taux étaient le plus élevés en 2018 — 5,4 affaires pour 100 000 habitants.

Au palmarès des villes qui ont connu des hausses de ces crimes en 2018, la ville de Québec occupe le 2e rang et elle serait aussi 2e sur 35 régions métropolitaines de recensement (RMR) pour le nombre de crimes haineux au prorata de la population.

Ceci dit, ces chiffres sont à prendre avec des pincettes, car le Service de la police de Québec aurait détecté un « surdénombrement » dans les données qu’il a transmises, précise Statistique Canada, qui devrait réviser ses chiffres d’ici l’été.

Après avoir connu les deux plus fortes hausses, les villes de Toronto et de Montréal connaissent les baisses les plus marquées de crimes haineux en 2018. Dans le cas précis de Montréal, « la diminution observée en 2018 est surtout attribuable au moins grand nombre de crimes haineux ciblant la population musulmane (-32 affaires) et la communauté gaie et lesbienne (-8) », lit-on.

Fait à noter : c’est au Québec que l’augmentation des crimes perpétrés à l’égard de la population noire a le plus augmenté par rapport à 2017.

Surtout des crimes contre la race

En 2018, les crimes motivés par la haine d’une race ou d’une origine ethnique représentaient 44 % de tous les crimes haineux au Canada, suivis de ceux ciblant la religion (36 %). Et ce sont les crimes ciblant les populations juive et noire qui étaient les plus répandus.

Dans la catégorie crimes liés à la religion, les populations juives (54 %) et musulmanes (27 %) étaient les plus fréquemment ciblées. Étant donné le taux exceptionnellement élevé des crimes perpétrés envers la population musulmane en 2017, il n’est toutefois pas surprenant de constater une baisse en 2018.

Toutefois, Statistique Canada souligne qu’en comparant avec l’année 2016, on observe plutôt une hausse de 39 %.

Crimes et violence

Sur le long terme, entre 2010 et 2018, les crimes haineux les plus susceptibles d’être des crimes violents étaient ceux visant l’orientation sexuelle, les Asiatiques et les Arabes.

En revanche, ceux déclarés par la police et ayant ciblé les populations catholiques, juives, noires et musulmanes étaient plus susceptibles d’être sans violence. En outre, le rapport met en lumière une triste réalité : sur cette même période de presque dix ans, les crimes haineux violents qui ont visé les populations autochtones et musulmanes étaient plus susceptibles de cibler les femmes.