Le policier Michon ne s'estime pas violent

Jimmy Carl Michon a tiré deux balles sur l’homme en crise. Compte tenu du stress, il soutient n’avoir même pas entendu les détonations de son arme.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Jimmy Carl Michon a tiré deux balles sur l’homme en crise. Compte tenu du stress, il soutient n’avoir même pas entendu les détonations de son arme.

Avant le 27 juin 2017, le sergent Jimmy Carl Michon n’avait jamais tiré des coups de feu sur quelqu’un. Au deuxième jour de son témoignage dans le cadre de l’enquête du coroner Luc Malouin sur la mort de Pierre Coriolan, le policier a affirmé avoir utilisé son arme à feu pour se protéger et protéger ses collègues.

« Je me suis senti en danger et j’ai senti que mes hommes étaient en danger aussi », a expliqué le sergent Michon en qualifiant son geste de « tir défensif ».

Le policier de vingt ans d’expérience a étouffé un sanglot quand l’enregistrement d’une conversation téléphonique entre une répartitrice du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et un autre policer au sujet de l’intervention policière qui venait de se terminer a été diffusé dans la salle d’audience.

L’urgence d’agir

Lors de son témoignage, le sergent Michon a dû justifier le fait qu’il n’ait pas tenté d’engager un dialogue avec Pierre Coriolan afin de tenter de le calmer. À l’arrivée des policiers, celui-ci était pourtant assis sur son divan. Mais comme il avait dans les mains un tournevis et un couteau, le sergent Michon l’a plutôt sommé de lâcher ses armes.

« S’il ne bouge pas et qu’il est à 20-30 pieds de vous, elle est où l’urgence ? Qu’est-ce qui vous empêchait de prendre une minute ? », a demandé avec insistance le coroner Malouin.

Après un long silence, le policier a finalement admis qu’il n’y avait « pas nécessairement » urgence.

M. Coriolan a mal réagi et s’est aussitôt levé pour charger les policiers, ce qui a précipité la suite des événements. Les policiers ont successivement utilisé le pistolet à impulsion électrique, puis le fusil à balles de plastique — sans succès — avant d’ouvrir le feu sur Pierre Coriolan.

Jimmy Carl Michon a tiré deux balles sur l’homme en crise. Compte tenu du stress, il soutient n’avoir même pas entendu les détonations de son arme. « Mon ouïe s’est mise à off. C’est un réflexe naturel. »

Même s’il était à moins de deux mètres de Pierre Coriolan quand il a fait feu dans sa direction, le policier ignorait si celui-ci était gravement blessé ou non. « Je n’avais aucune certitude de l’avoir atteint. Ce n’était pas visible à l’oeil nu », a-t-il relaté.

Le policier a soutenu que c’était la première fois de sa carrière qu’il ouvrait le feu sur une personne. « Et c’est la dernière, j’espère », a-t-il ajouté.

« Êtes-vous un homme violent ? », lui a demandé Me Alain Arsenault, qui représente Yolande Coriolan, la soeur du défunt. « Non », a répondu le policier.

S’il ne bouge pas et qu’il est à 20-30 pieds de vous, elle est où l’urgence ? Qu’est-ce qui vous empêchait de prendre une minute ?

Santé mentale

Le sergent Michon a aussi été interrogé sur les stratégies des policiers lors de leurs interactions avec des personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale ou en crise.

Plusieurs programmes existent au SPVM comme la formation RIC (Réponse en intervention de crise), l’Équipe de soutien aux urgences psychosociales (ÉSUP) ou l’Équipe mobile de référence et d’intervention en itinérance (EMRII).

Le soir du 27 juin 2017, le poste de quartier 21 comptait un patrouilleur ayant reçu la formation RIC, mais il était à sa pause repas lorsque les policiers ont répondu à l’appel d’urgence pour Pierre Coriolan, a expliqué le sergent Michon.

Mais comme Pierre Coriolan était armé, le policier estime qu’il se devait de respecter les procédures d’intervention dans de tels cas, soit de « localiser, isoler et contrôler la menace ».

L’intervention policière avait été filmée par un voisin de Pierre Coriolan. La dernière séquence montre des policiers s’affairant autour de Pierre Coriolan, étendu au sol.

Un certain calme est revenu et les policiers s’échangent quelques paroles. L’un d’eux semble dire « good show ».

Le sergent Michon n’a pas été en mesure préciser quelles paroles avaient été réellement prononcées puisqu’il était au téléphone à ce moment, a-t-il expliqué.

Les audiences se poursuivront lundi avec le témoignage du policier Mathieu Girard.