Luc Lavoie suggère «un coup [de pistolet] entre les deux yeux» des Autochtones

L’analyste politique Luc Lavoie
Photo: Adrian Wyld Archives La Presse canadienne L’analyste politique Luc Lavoie

L’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL) envisage de porter plainte contre l’analyste politique Luc Lavoie, qui a suggéré lundi sur les ondes du 98,5 d’opter pour « un coup de [pistolet] .45 entre les yeux » des manifestants autochtones qui bloquent les chemins de fer.

« Un coup de .45 entre les deux yeux, tu réveilles, mon homme. Ou tu t’endors pour longtemps », a lancé Luc Lavoie lundi à son collègue Bernard Drainville.

Il discutait auparavant des pouvoirs de la police du Canadien Pacifique ou du Canadien National. « Ils ont leur propre corps de police armé, entraîné comme des policiers. Ben pourquoi… c’est à eux autres d’intervenir », a-t-il commencé.

 

 

L’animateur Drainville a plutôt souligné que les services de police des compagnies de chemin de fer avaient peu de moyens. « Pogné avec ton petit .38 là, ou je sais pas quoi, ton 45, ton Glock… », a-t-il commencé.

Luc Lavoie l’a alors interrompu pour formuler sa suggestion sur le pistolet .45.

Ce à quoi Bernard Drainville a répondu : « Non, non mais là, une opération comme celle-là, c’est l’escouade tactique qui prend en mains. »
 

Écoutez un extrait de la discussion entre Luc Lavoie et Bernard Drainville

Des propos « maladroits » selon Cogeco

Christine Dicaire, directrice principale, communications et marketing chez Cogeco Média, a confirmé au Devoir jeudi avoir l’intention de discuter de cet événement avec Luc Lavoie. « Mais ce n’était pas des propos qui étaient violents, c’était plus maladroit », a-t-elle jugé.

« L’extrait, en fait, est pris vraiment hors contexte. C’est maladroit, on le consent, ce n’était pas la meilleure figure, la meilleure façon de s’exprimer de M. Lavoie, mais il l’a utilisé pour montrer la différence entre l’armement du CN et des Mohawks », a-t-elle déclaré.

De quel armement des Mohawks parlait-elle ? « La différence entre l’armement de la police du CN versus l’armement qu’il pourrait y avoir de l’autre côté », a-t-elle répondu. « Ce n’était pas dirigé contre personne, ça ne se voulait pas violent contre personne. »

L’APNQL n’a pas vu les choses de cette façon. « On regarde comment on pourrait porter plainte quelque part. Est-ce qu’on peut y lire une espèce d’incitation à la haine ? Une espèce de tentative à peine voilée de nourrir le sentiment anti-autochtone ? », a demandé son chef Ghislain Picard. « La ligne est mince, mais on ne peut pas laisser ça comme ça », a-t-il ajouté, non sans préciser au préalable que son organisation était soucieuse de préserver la liberté d’expression des médias.

Un retour « 30 ans en arrière »

Sauf que les commentaires de Luc Lavoie, « pour moi, c’est totalement irresponsable », a dénoncé Ghislain Picard. « Ça me ramène 30 ans en arrière, à tout ce qu’on avait vu pendant la crise d’Oka, des incitations à la violence gratuite. »

Et puis, il n’y a selon lui « aucune indication » permettant d’appuyer les prétentions voulant que des manifestants mohawks soient armés. « À l’époque de 90, oui, il y avait sans doute de sérieux doutes. On le voyait sur nos écrans de télévision. Mais dans ce cas-ci, il n’y a aucune explication qui confirme ce qui est avancé [au sujet de l’armement des Mohawks] », a-t-il dit.

Dans un bref échange avec Le Devoir, Bernard Drainville s’est dit surpris que Luc Lavoie ait tenu de tels propos. Il a évoqué la possibilité que les commentaires de son collègue lui aient échappé, dans un contexte où il doit gérer les appels d’auditeurs et répondre à des commentaires qui sont formulés dans ses écouteurs.