Commission Laurent: un chef de police déplore l’absence de communication avec la DPJ

Le chef de police de Sherbrooke, Danny McConnell
Photo: Jean-François Nadeau Le Devoir Le chef de police de Sherbrooke, Danny McConnell

Les services de police ne sont pas mis au fait des démarches de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) comme il le faudrait pourtant, regrette Danny McConnell, le directeur du Service de police de la Ville de Sherbrooke,tout en avouant que les forces policières pourraient elles-mêmes trouver des moyens d’échanger de l’information et de s’inspirer des expériences tentées dans d’autres régions.

« Nous n’obtenons que très rarement des retours sur les actions prises» par la DPJ en lien avec les dossiers que nous sommes appelés à traiter », a affirmé jeudi le chef de police sherbrookois devant la Commission spéciale sur les droits des enfants et de la protection de la jeunesse (commission Laurent).

Ce n’est pas le premier corps de police du Québec à signaler devant la commission Laurent que les pistes d’une enquête au sujet de la maltraitance d’un enfant sont trop souvent perdues parce que la DPJ met trop de temps à impliquer la police.

Le Service de police de Sept-Îles constatait avec regret la même chose à l’égard de la DPJ.

Dans le cas d’une disparition d’enfant, on obtient vite toutes les informations sur l’enfant recherché, a expliqué M. McConnell. Mais pas dans le cas d’un enfant de la DPJ, ce qui rend le travail beaucoup moins productif. « Souvent, on ne peut pas avoir les informations dont on a besoin pour travailler, comme la photo du jeune, un accès à son compte Facebook, son numéro de téléphone cellulaire. »

Si les pratiques ne sont pas du tout uniformes dans les différentes DPJ, comme l’observe le rapport de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse déposé devant l’Assemblée nationale jeudi, elles ne semblent pas l’être davantage au sein des différents corps policiers, du moins en ce qui concerne les dossiers liés à la protection de la jeunesse. C’est ce qu’admet volontiers le chef de police Danny McConnell.

C’est par les travaux de la commission Laurent que ce chef de police dit avoir appris, par exemple, qu’existent à Québec les Services intégrés en abus et maltraitance (SIAM). Ce regroupement des services de santé, des services de protection de la jeunesse et des services policiers facilite le travail des policiers auprès des enfants grâce à une association collaborative.

« C’est sûr qu’on a aussi un examen à faire à l’interne sur la façon dont on partage l’expérience de nos bons coups », affirme le directeur McConnell.


Un chien spécialisé 

 

Le commissaire Jean-Simon Gosselin a d’ailleurs invité les services de police à prendre exemple sur cette pratique du SIAM mise en place à Québec. « Vous n’avez pas besoin de la permission du ministère pour faire ça ! »

Le Service de police de Sherbrooke est le premier à utiliser un chien spécialement entraîné pour accompagner les jeunes victimes au cours de son travail d’enquête.

L’animal, un labrador qui a suivi la formation des chiens MIRA, permet d’apaiser les enfants, mais aussi les policiers eux-mêmes, explique le Service de police, à l’occasion d’interrogatoires éprouvants.

Le Service de police de Sherbrooke propose la mise en place d’un agent de liaison entre la DPJ et ses agents afin que le flot d’informations nécessaires au bon travail mutuel cesse d’être constamment entravé.

« Voilà une excellente idée », a souligné André Lebon, vice-président de la Commission, qui a observé au passage qu’une fonction semblable existe déjà dans le Service de police de Laval. Cette expérience instaurée dans l’intérêt des enfants, une pratique qu’il avait lui-même déjà recommandée, n’a pas été communiquée aux autres corps de police, a-t-il noté.