La bataille de Sorel-Tracy pour des soins de qualité

Le maire de Sorel-Tracy, Serge Péloquin, et le Dr Jacques Godin se battent pour améliorer la qualité des services à l’Hôtel-Dieu de Sorel.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le maire de Sorel-Tracy, Serge Péloquin, et le Dr Jacques Godin se battent pour améliorer la qualité des services à l’Hôtel-Dieu de Sorel.

Jacques Cloutier a bien cru que sa petite-fille Khloé, âgée d’à peine sept semaines, mourrait dans ses bras. « Elle était chaude, amorphe et translucide, dit le grand-père. Je me suis dit : « J’espère que le bon Dieu n’est pas en train de venir la chercher. »

C’était le 9 août dernier. Une soirée dont Jacques Cloutier va se souvenir toute sa vie. Il accompagne sa fille, la mère de Khloé, à l’Hôtel-Dieu de Sorel, un hôpital situé à Sorel-Tracy. Le personnel tente de faire baisser la température du bébé. Mais sans succès.

« Il n’y avait pas de pédiatre à l’hôpital, dit Jacques Cloutier. Vers minuit, on me dit : “Peut-être devriez-vous rendre à l’hôpital de Saint-Hyacinthe.” » Il refuse. Trop inquiet et trop fatigué pour parcourir la soixantaine de kilomètres — environ une heure de route en voiture — qui séparent les deux établissements.

Le bébé sera finalement transféré en ambulance à l’Hôpital Honoré-Mercier de Saint-Hyacinthe à 2 h du matin. Diagnostic : méningite virale. Khloé s’en est tirée. « Mais ça a passé proche », dit Jacques Cloutier.

Un cauchemar qui témoigne, selon le maire de Sorel-Tracy, de l’appauvrissement des soins à l’Hôtel-Dieu de Sorel, notamment en pédiatrie. « On se fait dépouiller de beaucoup de services, des services qu’on a toujours eus depuis les 70 dernières années [d’existence de l’hôpital], soutient Serge Péloquin. Il y a de quoi se soulever, puis d’aller défendre l’intérêt de mes citoyens. »

C’est devenu son cheval de bataille. Depuis un an, Serge Péloquin dénonce sur toutes les tribunes locales les iniquités dont seraient victimes les 35 000 habitants de sa ville, en raison, dit-il, de la réforme Barrette, amorcée il y a cinq ans.


Entre Longueuil et Saint-Hyacinthe
 

Depuis l’adoption du projet de loi 10 par le gouvernement libéral en 2015, l’Hôtel-Dieu de Sorel se retrouve sous l’égide du CISSS de la Montérégie-Est, tout comme l’Hôpital Honoré-Mercier de Saint-Hyacinthe et l’Hôpital Pierre-Boucher de Longueuil.

« Quand on voit les attitudes et les comportements des gestionnaires du CISSS de la Montérégie-Est, c’est très peu pour Sorel-Tracy et davantage pour Saint-Hyacinthe et Longueuil, dit Serge Péloquin. Ça, je n’accepte pas ça. »

Le flamboyant maire — un ancien directeur artistique de l’Hôtel des glaces à Québec, dont les cheveux gris-blanc en brosse contrastent avec ses lunettes noires — s’insurge contre la centralisation des pouvoirs à Longueuil, là où est situé le siège social du CISSS.

Serge Péloquin redoute que l’Hôtel-Dieu de Sorel perde peu à peu des spécialités médicales et se retrouve, à terme, sous respirateur artificiel.


Davantage de services
 

Des craintes non fondées, selon la présidente-directrice générale du CISSS de la Montérégie-Est, Louise Potvin. « Nous avons maintenu les services depuis avril 2015 et nous les avons développés », insiste-t-elle. Elle souligne notamment que, depuis la réforme Barrette, une vingtaine de personnes de plus par semaine sont opérées à l’hôpital, grâce à l’ajout de plages au bloc opératoire.

Il reste qu’actuellement, un seul des quatre postes de pédiatre est comblé dans l’établissement.

« On nous envoie des pédiatres [d’Honoré-Mercier et de Pierre-Boucher] du lundi au vendredi, de 8 h à 16 h, déplore le pneumologue Jacques Godin, qui a travaillé pendant 38 ans à l’Hôtel-Dieu de Sorel. Le soir, la nuit, les fins de semaine et les jours fériés, ils répondent aux demandes par téléphone. Avant, on avait toujours des pédiatres de garde [locaux], 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. »

Le CISSS rétorque que l’Hôtel-Dieu de Sorel est victime de la pénurie de pédiatres généraux. « Il y a environ 35 à 40 postes de pédiatre générale qui ne sont pas pourvus à travers le Québec », dit la Dre Mylène Côté, omnipraticienne à l’Hôtel-Dieu de Sorel et présidente du Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens du CISSS de la Montérégie-Est.

Recruter est un défi, surtout pour les établissements intermédiaires et en régions éloignées, ajoute Mme Côté. « Dans les universités, il y a beaucoup d’encouragement à faire de la surspécialisation, explique-t-elle. Ces finissants vont se trouver des postes dans des milieux tertiaires. »

Problème de transport

Jacques Cloutier, lui, constate que sa belle-mère, âgée de 87 ans, passe de plus en plus souvent des examens (ex. : gastroscopie et colonoscopie) aux hôpitaux de Longueuil et de Saint-Hyacinthe plutôt qu’à l’Hôtel-Dieu de Sorel.

« Ce n’est pas la fin du monde pour moi de l’amener, dit le retraité. Mais il me semble qu’ils devraient privilégier l’hôpital le plus proche pour une personne âgée de 87 ans. »

Dans la MRC de Pierre-De Saurel, aucun transport collectif n’offre de liaison entre Sorel-Tracy et Saint-Hyacinthe (un autobus relie toutefois Sorel à Longueuil). Le transport adapté, lui, se limite au territoire de la MRC. Le préfet Gilles Salvas se dit « conscient du problème » et amorce une réflexion pour trouver une « solution à moindre coût ».

La p.-d.g. du CISSS, Louise Potvin, se penche aussi sur la question. « Est-ce que nous, on peut regrouper des plages horaires dédiées à la population de Sorel pour pouvoir organiser un transport pour qu’il puisse aller chercher [à Saint-Hyacinthe] le service spécialisé, comme l’imagerie par résonance magnétique, l’IRM ? »

Le préfet Gilles Salvas souhaite que l’Hôtel-Dieu de Sorel soit doté prochainement d’un IRM, afin d’améliorer les services et favoriser le recrutement de personnel. « Les médecins et les infirmières vont être intéressés à venir travailler à Sorel », dit le maire de Saint-Robert.

Le CISSS a déposé, fin octobre, une demande pour un IRM au ministère de la Santé et des Services sociaux.

Deux rencontres ont été organisées entre les maires de la MRC et la p.-d.g. du CISSS depuis l’automne dernier. Gilles Salvas a qualifié la dernière d’« assez satisfaisante ». À la suite de celle-ci, la MRC a sollicité un entretien avec la ministre Danielle McCann, par le biais du député de Richelieu, Jean-Bernard Émond. Elle pourrait avoir lieu au printemps.