De la cocaïne dans le sang de Coriolan

L’enquête présidée par le coroner Luc Malouin vise à examiner l’intervention effectuée par les policiers du SPVM.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’enquête présidée par le coroner Luc Malouin vise à examiner l’intervention effectuée par les policiers du SPVM.

Dans les heures précédant son décès, Pierre Coriolan avait consommé une importante quantité de cocaïne. Il était en crise quand des voisins ont communiqué avec le 911 pour demander l’intervention des policiers.

« Il y a quelqu’un qui est en détresse. Il est en train de tout démolir chez eux », a dit un voisin de Pierre Coriolan au répartiteur du 911, dans un enregistrement diffusé lors du premier jour de l’enquête du coroner sur la mort de l’homme de 58 ans, abattu le 27 juin 2017 par les policiers du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

« Il est armé ? » lui demande le répartiteur. Le voisin l’ignore, mais il répond : « Je ne prendrais pas de chances. »

Un autre voisin a pour sa part fait état des problèmes de santé mentale de M. Coriolan.

Lors de l’intervention, qui dégénérera, les policiers ont tenté de maîtriser Pierre Coriolan, désireux de lui retirer le tournevis qu’il tenait dans les mains. Ils auraient eu recours à un pistolet à balles de plastique et à un pistolet à impulsion électrique avant de tirer des coups de feu. Pierre Coriolan a reçu trois projectiles d’armes à feu de calibre 9 mm, a relaté le Dr André Bourgault, le pathologiste judiciaire qui a réalisé l’autopsie. L’un des projectiles a atteint son abdomen et s’est avéré mortel, causant une hémorragie, a constaté le Dr Bourgault.

M. Coriolan présentait aussi des plaies causées par des objets contondants, qui auraient pu être les balles de plastique utilisées par les policiers, a signalé le Dr Bourgault.

Les analyses toxicologiques ont par ailleurs permis de détecter la présence de cocaïne dans le sang et l’urine de M. Coriolan. Celui-ci aurait consommé une quantité importante de drogue dans les six à douze heures précédant son décès, mais les concentrations n’étaient pas toxiques ou létales, a précisé Édith Viel, chimiste en toxicologie judiciaire. Aucune trace d’alcool ou de médicament n’a cependant été détectée.

La cocaïne peut entraîner de l’euphorie et donner une poussée d’énergie, mais cette drogue peut aussi mener à des comportements imprévisibles et irrationnels, bien que l’effet diffère en fonction de l’individu, a expliqué Édith Viel.

Pierre Coriolan souffrait de schizophrénie paranoïde et consommait de la cocaïne depuis une dizaine d’années, a-t-on appris en cette première journée d’audience, qui se déroulait au palais de justice de Montréal.

Brochette d’avocats

L’enquête présidée par le coroner Luc Malouin vise à examiner l’intervention effectuée par les policiers du SPVM. Quatre d’entre eux sont considérés comme « impliqués » alors que deux autres sont « témoins », a expliqué Julien Turcot, enquêteur principal au Bureau des enquêtes indépendantes (BEI).

D’entrée de jeu, le coroner Malouin a indiqué que son rôle n’était pas de trouver des coupables ou de déterminer la responsabilité civile ou criminelle de quiconque, mais plutôt de faire la lumière sur les événements et de formuler des recommandations pour qu’un tel décès puisse être évité à l’avenir.

La soeur du défunt, Yolande Coriolan, a assisté à l’audience lundi. La salle comptait par ailleurs treize avocats, dont sept pour les policiers et la Fraternité des policiers, ainsi que deux pour la Ville de Montréal. Pour sa part, la famille de Pierre Coriolan était représentée par deux avocats. Le mois dernier, elle avait pressé le gouvernement d’assumer les frais d’avocats, comme le prescrit la loi depuis 2013. Lundi matin, elle a finalement appris qu’elle obtiendrait une somme de 5000 $. La Ligue des droits et libertés dénonce toutefois le manque d’équité dans la représentation des parties.

Reconnu comme partie intéressée à l’enquête, Alexandre Popovic, de la Coalition contre la répression et les abus policiers, a de son côté soulevé des doutes quant au respect du règlement sur le déroulement des enquêtes du BEI. Selon lui, certains policiers n’auraient pas été isolés avant la rédaction de leur compte rendu le jour du décès de Pierre Coriolan. En mars 2019, le BEI avait toutefois conclu que les règles avaient été respectées dans ce dossier.

Mardi, une autre soeur de Pierre Coriolan, Lizaline Coriolan, ainsi que les policiers Jimmy Carl Michon et Mathieu Girard seront appelés à témoigner. Au moins deux semaines d’audience sont prévues.

Rappelons qu’en février 2018, la famille de M. Coriolan avait déposé une poursuite de 160 000 $ contre la Ville de Montréal, estimant que les policiers avaient eu recours à une force excessive. L’intervention des policiers avait été filmée par un voisin de l’immeuble où habitait Pierre Coriolan. De son côté, le Directeur des poursuites criminelles et pénales a annoncé en mars dernier qu’il ne porterait pas d’accusation contre les policiers dans cette affaire.