Ottawa forcé de changer ses plans devant la crise ferroviaire

Dimanche, plusieurs manifestants bloquaient le chemin de fer sur le territoire mohawk de Tyendinaga.
Photo: Lars Hagberg La Presse canadienne Dimanche, plusieurs manifestants bloquaient le chemin de fer sur le territoire mohawk de Tyendinaga.

La paralysie du réseau ferroviaire canadien s’est immiscée dans les plans du gouvernement de Justin Trudeau, dimanche. En soirée, le premier ministre a annoncé qu’il annulait son voyage diplomatique à la Barbade pour prendre part à une rencontre avec plusieurs de ses ministres, lundi, dans le but de dénouer la crise liée au blocage de chemins de fer par des groupes autochtones qui contestent un projet de pipeline en Colombie-Britannique.

M. Trudeau devait se rendre dans ce pays des Caraïbes, notamment pour aller chercher des appuis en vue de l’élection au Conseil de la sécurité de l’ONU. Il participera plutôt à une réunion du Groupe d’intervention en cas d’incident en compagnie de nombreux ministres, incluant le ministre des Services aux Autochtones, Marc Miller, mais également ses homologues aux Finances et aux Transports, Bill Morneau et Marc Garneau. La ministre aux Relations Couronne-Autochtones, Carolyn Bennett, de même que son homologue à la Sécurité publique, Bill Blair, et la vice-première ministre, Chrystia Freeland, prendront part à cette rencontre.

Depuis plusieurs jours, des barrages paralysent les voies ferrées dans le cadre de protestations contre le projet de pipeline Coastal GasLink, dont la trajectoire passerait sur le territoire ancestral de Wet’suwet’en. Même si les 20 conseils de bande touchés par les tracés du gazoduc ont signé des ententes avec l’entreprise gazière, des chefs héréditaires de cette Première Nation du nord-ouest de la Colombie-Britannique s’opposent au projet, disant que ce sont eux qui prennent les décisions sur le territoire qui déborde des limites des réserves.

Le premier ministre a envoyé une lettre aux chefs héréditaires pour solliciter leur participation à une réunion avec la ministre Bennett. Son cabinet a en outre indiqué au Devoir qu’il s’était entretenu au cours de la fin de semaine avec plusieurs ministres dans le but de résoudre la crise.

Leçons

Dimanche, le ministre Marc Miller a fait valoir auprès de plusieurs médias anglophones que l’approche à privilégier dans le présent conflit doit être éclairée par les leçons tirées de la crise d’Oka.

« Nous avons l’expérience d’Oka, il y a 30 ans, où il y a eu des affrontements avec la police et où quelqu’un est mort, a-t-il rappelé le même jour au Globe and Mail. Ma question pour les Canadiens, la question que je pose à moi-même et aux politiciens, peu importe le parti, est s’il faut faire les choses de la même façon et répéter les erreurs du passé ou si on prend le temps de les faire comme il faut. »

En entrevue à l’émission Question Period du réseau CTV, le ministre Miller a déclaré qu’il croyait que la crise pouvait se résoudre pacifiquement. Le ministre a néanmoins concédé que les barrages nuisaient à l’économie canadienne.

Un porte-parole du Canadien National (CN) a d’ailleurs confirmé au Devoir que l’entreprise a licencié temporairement 450 personnes, principalement des membres du personnel opérationnel de l’est du pays. Il ajoute que si la situation persiste, près de 1000 emplois pourraient être touchés par de telles mesures.

Samedi, M. Miller avait rapporté avoir fait un « modeste progrès » dans la résolution du conflit, au terme d’une rencontre de plusieurs heures avec des représentants autochtones à proximité d’un barrage ferroviaire sur le territoire mohawk de Tyendinaga, près de Belleville, en Ontario. Le barrage a amené le CN à interrompre le service jusqu’à nouvel ordre.

Des voies ferrées aux ponts

Plusieurs médias ont rapporté dimanche que la circulation avait été perturbée par des manifestants en après-midi sur le pont Rainbow, reliant les villes canadienne et américaine de Niagara Falls.

Un rassemblement s’est également tenu au même moment sur le pont de la Confédération, qui unit le Nouveau-Brunswick à l’Île-du-Prince-Édouard. Une porte-parole de la Gendarmerie royale du Canada a expliqué au Devoir que le rassemblement était « pacifique ». Sans pouvoir quantifier le nombre de manifestants, elle a confirmé qu’aucune arrestation n’avait eu lieu et que les véhicules étaient toujours en mesure de circuler dans les deux directions.

En après-midi, des manifestants ont aussi bloqué une voie ferrée à Saint-Pascal, dans le Bas-Saint-Laurent. Une porte-parole de la Sûreté du Québec, Hélène Nepton, a indiqué que la mobilisation s’est terminée vers 14 h sans arrestation.

Le barrage ferroviaire près de Hazelton, en Colombie-Britannique, a également été levé temporairement par des membres de la Première Nation gitxsan jusqu’à une éventuelle rencontre entre des représentants des gouvernements fédéral et provincial et les chefs héréditaires de Wet’suwet’en. Le ministre des Relations avec les Autochtones et de la Réconciliation de la Colombie-Britannique, Scott Fraser, a annoncé qu’il représentera la province.

Avec La Presse canadienne