Femmes autochtones: disparues, mais pas oubliées

Sarah Jonas, une itinérante qui vit dans les rues de Montréal depuis 3 ans, était émue par cette action dans le métro Berri vendredi matin à la mémoire des femmes disparues et assassinées. «Ça fait mal, car certaines de ces personnes étaient mes amis. Moi, je fais mon possible pour survivre…»
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Sarah Jonas, une itinérante qui vit dans les rues de Montréal depuis 3 ans, était émue par cette action dans le métro Berri vendredi matin à la mémoire des femmes disparues et assassinées. «Ça fait mal, car certaines de ces personnes étaient mes amis. Moi, je fais mon possible pour survivre…»

Donna Paré, une femme autochtone itinérante de 32 ans est disparue dans les rues de Montréal depuis plus de 410 jours. Vendredi, en ce jour de commémoration pour les femmes autochtones disparues et assassinées, des organismes ont rappelé que les femmes autochtones continuent de disparaître et qu’il est temps de mettre en application les recommandations de l’Enquête nationale.

Donna Paré, née à Iqaluit, a été adoptée par une famille non autochtone et a grandi à Montréal. Depuis plus de douze ans, elle vit dans la rue. « C’est quelqu’un qui a eu une vie très difficile, résume Jessica Quijano, responsable du projet Iskweu, une initiative du Foyer pour femmes autochtones de Montréal qui offre du soutien aux familles et aux amis dans le cas d’une disparition de femme autochtone.

« Elle était vraiment laissée à elle-même, en mode survie. C’est quelqu’un qui consommait régulièrement des drogues ; elle était bien connue par Cactus (un organisme qui travaille avec des usagers de drogues injectables) et dans l’industrie du sexe », explique Mme Quijano, qui a rapporté sa disparition aux policiers au printemps dernier.

Mais cela faisait déjà plusieurs mois que Mme Paré était disparue. En effet, elle a été vue pour la dernière fois en décembre 2018, aux alentours du métro Berri.

« Je ne l’ai su que plusieurs mois plus tard parce que dans la communauté autochtone, les disparitions arrivent tellement souvent que c’est un peu banalisé et ils ne vont jamais à la police. Ils se disent : elle est partie de la ville, elle est peut-être allée dans un centre de désintoxication ou elle est en prison. »

C’est sûr que quelqu’un sait quelque chose. Il faut juste continuer de chercher.

Avis de recherche

Le 26 mars, la police a émis un avis de recherche et demandé l’aide du public pour retrouver Donna Paré. « Les enquêteurs craignent pour sa santé et sa sécurité et elle pourrait avoir de mauvaises fréquentations », peut-on lire sur la fiche. Jeunesse au Soleil a également offert une récompense pouvant aller jusqu’à 2000 $ pour toute information permettant de la retrouver.

Plusieurs Autochtones et personnes itinérantes ont peur de parler à la police, soutient Mme Quijano. C’est pourquoi, avec le projet Iskweu, elle fait elle-même les signalements, servant de relais entre la famille et les policiers. Un protocole spécifique pour les femmes autochtones a été développé avec le SPVM. « Ça a enlevé beaucoup de bureaucratie et ça donne confiance aux gens de venir me parler et me dire qu’ils sont inquiets pour une amie ou un membre de leur famille. »

Jessica Quijano ne s’en cache pas, elle met également de la pression pour que les dossiers restent actifs. Et dans le cas de Donna Paré, elle aimerait que la police en fasse davantage. « Les policiers ne font pas assez d’efforts, ce n’est pas assez, plaide-t-elle. J’ai beaucoup de misère à croire qu’il n’y a aucune trace d’elle. C’est sûr que quelqu’un sait quelque chose. Il faut juste continuer de chercher. »

Questionné par Le Devoir pour savoir si on mettait moins d’efforts à trouver des femmes autochtones itinérantes, le service de police de Montréal répond qu’il prend « tous les cas de disparitions qui lui sont signalés au sérieux ».

« Les enquêteurs vont toujours agir de façon objective pour retrouver les personnes qui manquent à l’appel le plus rapidement possible en se basant sur les éléments de preuve disponibles, comme des témoignages, des photos ou des images de caméra de surveillance », ajoute le service des relations médias par courriel.

L’organisme Justice disparue et le projet Iskweu ont fait des activités de sensibilisation vendredi dans le cadre de la 11e vigile annuelle en l’honneur des femmes autochtones disparues et assassinées. Ils ont notamment distribué des témoignages de familles de victimes et de survivantes aux passants au métro Berri-UQAM. « Il faut faire de la sensibilisation pour réveiller les gens et mettre des visages sur des statistiques », plaide Millicent Castillo, une militante rencontrée au métro.

« Depuis l’arrivée du gouvernement Trudeau en 2016, on entend beaucoup plus parler de femmes autochtones, mais les mesures annoncées sont vraiment loin de ce que les gens ont besoin au jour le jour », renchérit sa collègue Marine Gourit. Une cérémonie a eu lieu en soirée au centre d’amitié autochtone de Montréal.

2 commentaires
  • Alain Roy - Abonné 15 février 2020 08 h 00

    Plusieurs Autochtones et personnes itinérantes ont peur de parler à la police, soutient Mme Quijano. « Les policiers ne font pas assez d’efforts, ce n’est pas assez, plaide-t-elle. J’ai beaucoup de misère à croire qu’il n’y a aucune trace d’elle. C’est sûr que quelqu’un sait quelque chose... »
    Si les personnes concernées refusent de parler à la police, forcément le quelqu'un qui sait quelque chose ne parlera pas à la police. Alors la sensibilisation pour réveiller les gens devrait cibler en premier lieu les Autochtones et personnes itinérantes qui côtoient les personnes disparues.

  • Pierre Rousseau - Abonné 15 février 2020 08 h 07

    Colonialisme à la canadienne

    Flashback 20 ans en arrière, la police de Vancouver dit prendre les disparitions de femmes autochtones et de travailleuses du sexe au sérieux. Puis quelques années plus tard l'affaire Pickton éclate : une cinquantaine de femmes dont la majorité des autochtones auraient été assassinées par ce tueur en série qui est maintenant derrière les barreaux. La police de Montréal fait exactement la même chose que faisait la police de Vanvouver : « Business as usual ». C'est le colonialisme à l'œuvre.

    Le colonialisme vise à prendre les ressources des peuples indigènes et faire disparaître ces derniers pour les intégrer dans la société dominante. Les femmes et les filles autochtones font partie de cette entité qu'on voudrait bien voir disparaître et la police agit dans ce sens même si c'est inconsciemment, c'est systémique (une série de rapports le confirment). On s'étonne ensuite que ces gens craignent la police.

    D'ailleurs toute la crise qui secoue les chemins de fer du pays vient justement de l'attaque de la police fédérale envers une nation autochtone qui tente de récupérer son territoire depuis des décennies. Il s'agit moins d'un gazoduc que de l'action de la police car on n'a qu'à comprendre que ça fait déjà 3 ans que les chefs héréditaires s'opposent au projet et il y a un an il y avait eu des arrestations et seulement une entente de « cessez-le-feu » avait stoppé l'escalade du conflit. Maintenant, CGL s'est tournée vers les tribunaux et la police a attaqué, d'où la réaction en chaîne.

    On crie « au meurtre » maintenant alors que les peuples autochtones, en particulier les femmes et les filles, sont victimes du colonialisme qui fait qu'on leur a enlevé leurs territoires et on a tenté de les faire disparaître en tant que peuples. Ils vivent souvent dans des conditions inacceptables sans eau potable et sans ressources, Alors faut pas s'étonner qu'à un moment donné c'est la goutte qui fait déborder le vase. Pendant ce temps, les femmes et filles autochtones disparais