Unité H2, la nouvelle adresse d’autistes à Pinel

L'unité H2 de l’Institut Philippe-Pinel de Montréal accueillera à partir du printemps huit adultes ayant un trouble du spectre de l’autisme ou une déficience intellectuelle.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir L'unité H2 de l’Institut Philippe-Pinel de Montréal accueillera à partir du printemps huit adultes ayant un trouble du spectre de l’autisme ou une déficience intellectuelle.

Un long couloir blanc, avec une enfilade de portes coulissantes, munies d’un verrou pour chaque chambre. L’image frappe. Et rappelle une prison.

C’est ici, dans l’unité H2 de l’Institut national de psychiatrie légale Philippe-Pinel de Montréal, que huit adultes ayant un trouble du spectre de l’autisme ou une déficience intellectuelle séjourneront à partir du printemps.

Ces usagers, qui ont des troubles graves de comportement, ne sont pas judiciarisés, contrairement à la majorité des patients de l’Institut Philippe-Pinel, un hôpital psychiatrique à haute sécurité. Ils résident actuellement à l’Hôpital en santé mentale Rivière-des-Prairies, situé dans le nord-est de Montréal.

Le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, qui dessert cette clientèle, a annoncé mercredi aux usagers, à leurs proches, au personnel et aux syndicats le déménagement prévu pour le 1er avril. La quarantaine d’employés de l’unité suivra les usagers à Pinel.
 


Une nouvelle mal accueillie par la Fédération québécoise de l’autisme, qui n’accepte pas qu’on loge cette clientèle vulnérable avec des gens qui ont un potentiel de dangerosité élevé.

Le CIUSSS plaide qu’il n’avait d’autres choix que de trouver de nouvelles installations. Depuis quelques années, le CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal lui louait un local à l’Hôpital Rivière-des-Prairies. « Il avait besoin de le récupérer pour actualiser sa mission hospitalière », explique Carla Vandoni, directrice déficience intellectuelle, trouble du spectre de l’autisme et déficience physique.

Selon elle, il a fallu des mois de recherche pour trouver des locaux adaptés. Pinel s’est avéré le « meilleur milieu », le « seul » qui répondait à tous les critères, notamment le cadre de sécurité et les activités possibles pour cette clientèle, précise-t-elle.

Elle rappelle que ces usagers, qui ont des troubles graves de comportement, peuvent briser du matériel, se mutiler, frapper les autres ou leur tête contre les murs. Le CIUSSS les héberge pendant quelques mois, voire des années, afin de les stabiliser et leur permettre de retourner dans leur milieu de vie.

« À Pinel, il y a des possibilités de faire de la réadaptation encore plus que ce qu’on peut faire dans la communauté pour une clientèle qui a besoin d’un cadre sécuritaire », soutient Carla Vandoni.

Visite guidée

Le Devoir a pu visiter les lieux. Pour s’y rendre, il a fallu laisser une carte d’identité au garde de sécurité à l’entrée, franchir deux portes sécurisées et marcher le long des murs dans les corridors — par ailleurs décorés de dizaines de jardinières — pour laisser de l’espace en cas d’intervention d’urgence.

Autant de mesures auxquelles les proches de ces usagers devront se soumettre. C’est sans compter le détecteur de métal et l’inspection visuelle, s’ils ne sont pas accompagnés d’un membre du personnel de l’établissement. Les cravates, potentiellement dangereuses, sont aussi interdites.

L’Institut Philippe-Pinel dit réfléchir aux procédures qui seront mises en place pour ces visiteurs particuliers. « Oui, il y a des éléments sécuritaires ici, dit Yann Belzile, directeur général adjoint de l’Institut national de psychiatrie Philippe-Pinel. Mais il y a aussi de grands avantages. »

C’est beau, c’est propre, mais c’est un milieu carcéral

Piscine intérieure, gymnase, atelier d’horticulture (avec des dizaines de plantes et deux volières construites par les patients de Pinel), grand jardin… Les usagers auront leur propre cour extérieure — entourée de murs de béton, comme les autres — afin de ne pas croiser les patients de Pinel.

Rénovée il y a un an, l’unité de 20 chambres est aussi climatisée. « Les portes de chambres ne seront pas verrouillées », assure Carla Vandoni.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir L’ambiance carcérale pourra être adoucie par une décoration personnalisée, assure la direction de l’Institut Philippe-Pinel. Les usagers auront aussi accès à une piscine intérieure, un gymnase et un atelier d’horticulture.

Les usagers pourront personnaliser leur chambre aux murs blancs. « Ils pourront apporter leur douillette de lit, poursuit-elle. Il y a aussi la possibilité d’ajouter un rideau à la fenêtre de leur porte. »

La Fédération québécoise de l’autisme outrée

La directrice générale de la Fédération québécoise de l’autisme est scandalisée. « La majorité de ces usagers sont sous curatelle publique, dit Jo-Ann Lauzon. Ils sont très vulnérables. Ils ne sont pas capables de défendre leurs droits. Je trouve ça inacceptable. »

L’Institut Philippe-Pinel, dénonce Jo-Ann Lauzon, n’est pas un milieu de vie. « C’est beau, c’est propre, mais c’est un milieu carcéral. »

La Société québécoise de la déficience intellectuelle, elle, s’inquiète de l’effet du déménagement sur les usagers. « On sait que les transitions sont difficiles pour eux, dit la directrice générale Anik Larose. Ça va accentuer leurs problèmes de comportement. »

D’après elle, le spectre de la ségrégation des gens vulnérables plane toujours au Québec. « On a toujours peur d’un retour aux institutions », remarque Anik Larose.

Invités à réagir, les syndicats disent pour leur part détenir peu d’informations pour le moment. Leurs membres ont été informés mercredi après-midi.

« On déplore le manque de facilités en hébergement pour cette clientèle, dit Alain Croteau, président du Syndicat des travailleuses et travailleurs du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, affilié à la CSN. Clairement, ils n’ont pas d’endroit où les mettre. »

De son côté, Caroline Simoneau, représentante nationale de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, voit des aspects positifs à ce déménagement.

Par exemple, l’accès à une piscine intérieure et à des installations plus récentes que celles de l’Hôpital Rivière-des-Prairies. « Une de nos inquiétudes est de s’assurer qu’il n’y ait pas de mixité de clientèle, ajoute Caroline Simoneau. Ça ne semble pas être le cas. »

L’Institut Philippe-Pinel hébergera les huit usagers et le personnel pendant une période de trois ans, durée prévue du contrat. D’ici là, le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal prévoit construire une unité de réadaptation intensive de quelques étages, pouvant accueillir 28 usagers. Il négocie actuellement l’achat d’un terrain.