Les 100 ans des Archives du Québec: vers la bibliothèque de l’avenir

Parmi les priorités de BAnQ pour les prochaines années: la nécessité de poursuivre la numérisation, mais aussi de trouver des modes de conservation à long terme des collections numériques.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Parmi les priorités de BAnQ pour les prochaines années: la nécessité de poursuivre la numérisation, mais aussi de trouver des modes de conservation à long terme des collections numériques.

Alors que les Archives du Québec célèbrent leur centième anniversaire, le syndicat de ses employés continue de se préoccuper de l’avenir de l’institution.

Lundi, le premier ministre du Québec, François Legault, assistait au lancement des fêtes du centenaire de l’organisme, en compagnie notamment du président-directeur général de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), Jean-Louis Roy, et de la conservatrice et directrice générale des Archives nationales du Québec, Hélène Laverdure.

Toutefois, alors que l’on se prépare à déposer des lettres signées de personnalités publiques, scellées pour une période de cent ans, certaines voix s’élèvent pour s’inquiéter de la pérennité de l’institution après une décennie de compressions.

Nombreuses compressions

Dans une lettre ouverte intitulée « Bibliothèque et Archives nationales du Québec : possible de survivre un autre centenaire ? », le Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) s’inquiète des nombreuses compressions effectuées dans le budget de BAnQ entre 2009 et 2017.

Pour l’année qui se termine le 30 mars, il n’y a pas eu de coupes pour la première fois depuis un certain nombre d’années

« De 2009 à 2017, BAnQ a dû composer avec des ponctions budgétaires de près de 15 millions, et la situation ne semble pas en voie de se corriger, au contraire ! Depuis 2009, quatre vagues d’abolition de postes, dont la plus récente remonte à 2017, ont touché son personnel.

L’institution a dû se priver des services de bibliothécaires, d’archivistes, d’agents culturels et d’agents de recherche », écrit Adi Jakupovi, secrétaire du SPGQ et responsable de la culture.

Fréquentation en hausse

Pendant ce temps, poursuit-on, BAnQ reçoit quelque 2,2 millions de visiteurs annuellement dans ses édifices, sans parler de la fréquentation numérique, qui est également en hausse.

En entrevue, le président de BAnQ, Jean-Louis Roy, se fait rassurant.

« Pour l’année qui se termine le 30 mars, il n’y a pas eu de coupes pour la première fois depuis un certain nombre d’années », dit-il.

Sans nier que l’institution a été mise à l’épreuve au cours des dernières années, il soutient que les perspectives d’avenir sont assez rassurantes. « On verra bien lors du budget du 1er avril », ajoute-t-il cependant prudemment.

Le service des Archives nationales du Québec a été créé en 1920, notamment grâce aux pressions d’Athanase David, qui était alors ministre dans le gouvernement libéral.

Depuis la Confédération de 1867, des discussions avaient cours quant à la part des archives nationales qui devaient rester au Québec. Les politiciens québécois s’intéressaient « aux archives concernant la vie des francophones, ou plutôt des Canadiens français comme on les appelait dans la vallée du Saint-Laurent, avant la Conquête et le régime fédéral », rappelle M. Roy.

En 1920, c’est Georges-Pierre Roy qui sera le premier archiviste du Québec. Aujourd’hui, les archives nationales du Québec, créées par l’Assemblée législative du Québec, demeurent divisées selon les catégories suivantes : les actes officiels du gouvernement du Québec, les lois et les règlements entourant notamment la création d’institutions comme Hydro-Québec ou la Caisse de dépôt, les archives judiciaires qui viennent de l’ensemble des palais de justice du Québec, des archives privées d’intérêt public et des collections spéciales.

Le sort des expositions de BAnQ

Le Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec s’inquiétait de la récente annonce selon laquelle une partie des services offerts par le Centre des services partagés du Québec, qui sera démantelé, serait déléguée à Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

« BAnQ va offrir plus de services, mais est-ce que les budgets vont rester les mêmes ? », demande Line Lamarre, présidente du SPGQ, qui dit avoir dû encore s’imposer récemment pour freiner d’autres abolitions de postes de professionnels.

Le SPGQ s’inquiète également du sort réservé aux expositions de BAnQ. Mais encore une fois, le président Jean-Louis Roy se veut positif.

« Il n’y a jamais eu autant d’expositions à BAnQ », dit-il.

Pour marquer le centenaire des archives, BAnQ présente d’ailleurs une exposition en vitrine de son édifice du Vieux-Montréal.

On y voit notamment des photos de Raymond Lévesque, en compagnie d’Édith Piaf, de Paul Berval et de Dominique Michel en 1956, du dramaturge Marcel Dubé ou du chef d’orchestre Wilfrid Pelletier. Une aquarelle y montre les forges du Saint-Maurice peintes en 1826, et une photo documente la pêche aux filets à Old Fort en 1930.

Une exposition sur les archives est également en préparation à la Grande Bibliothèque, rue Berri.

« Il semble y avoir une réelle volonté de changer les manières de faire », reconnaît Line Lamarre.

« Nous avons vu une augmentation de 33 % des consultations de nos collections numériques, souligne Jean-Louis Roy. Il faut aller vers le numérique parce que c’est là que sont les jeunes générations et les chercheurs », dit-il.

Parmi les priorités de BAnQ pour les prochaines années, M. Roy cite la nécessité de poursuivre la numérisation, mais aussi de trouver des modes de conservation à long terme des collections numériques.

Enfin, dit-il, il faut s’assurer de former une relève parmi les professionnels en bibliothéconomie.