Une femme raconte sa relation «dégradante» avec Weinstein

Les allégations de Jessica Mann constituent la base des accusations les plus graves portées contre l’ancien magnat d’Hollywood.
Photo: David Dee Delgado Getty Images Agence France-Presse Les allégations de Jessica Mann constituent la base des accusations les plus graves portées contre l’ancien magnat d’Hollywood.

Jessica Mann, l’une des deux plaignantes au procès de Harvey Weinstein a raconté vendredi comment le producteur l’avait piégée dans une chambre d’hôtel à New York, lui avait ordonné de se déshabiller et l’avait violée. Elle a ensuite expliqué qu’elle était restée en contact avec lui parce que l’ego du producteur « était si fragile » et qu’elle voulait être perçue comme naïve.

En sanglotant par moments, la femme a décrit une relation « dégradante » et des rencontres sexuelles parfois forcées avec Weinstein alors qu’elle était une actrice en herbe dans la vingtaine. Elle a déclaré aux jurés que Weinstein pouvait se montrer charmant puis entrer dans une fureur. Elle a soutenu qu’il avait une fois uriné sur elle ; une autre fois, il aurait essayé de l’embrasser alors qu’ils se disputaient, puis aurait refusé de la laisser partir avant de pratiquer sur elle du sexe oral.

« Quand il entendait le mot  “ non ”, c’était comme un détonateur pour lui », a-t-elle dit.

Les allégations de la femme de 34 ans constituent la base des accusations les plus graves portées contre l’ancien magnat d’Hollywood, devenu l’une des principales cibles du mouvement #MoiAussi. Il est accusé de l’avoir violée en 2013 et d’avoir agressé sexuellement Mimi Haleyi, une ancienne assistante de production, en 2006. Harvey Weinstein, âgé de 67 ans, plaide que les relations sexuelles étaient pleinement consenties ; il risque la prison à vie s’il est reconnu coupable.

La défense avait bien l’intention de mettre en doute la crédibilité de ce témoin en étalant sa relation compliquée avec le puissant producteur. Les avocats de Weinstein ont rappelé que la plaignante lui avait envoyé plus tard des courriels plutôt amicaux — voire coquins, comme « Tu me manques, mon grand ». Pas une seule fois, dans plus de 400 messages échangés, la femme n’a-t-elle accusé Weinstein de lui avoir fait du mal, a plaidé la défense.

« Le gourou d’Hollywood »

La femme a raconté vendredi qu’elle avait quitté son patelin dans l’État de Washington pour monter à Los Angeles afin de poursuivre sa carrière d’actrice, et qu’elle avait rencontré Weinstein à une fête au tournant de 2013. Le producteur derrière des films oscarisés comme Shakespeare in Love et Pulp Fiction a alors proposé de l’aider. « C’était comme être avec le gourou d’Hollywood, a-t-elle expliqué vendredi. Je me disais que c’était une bénédiction. »

Le producteur lui a ensuite demandé de le rencontrer dans un hôtel de Los Angeles pour ce qu’elle croyait être un dîner professionnel. Quand Weinstein a décidé plus tard qu’ils devraient aller dans sa suite après qu’un étranger les ait interrompus, elle a accepté parce qu’elle croyait vraiment qu’il voulait seulement éviter d’être dérangé. Mais il l’a alors obligée à lui faire un massage sur le lit, torse nu, bien qu’elle lui ait avoué qu’elle « n’était pas sexuelle ou à l’aise de faire ça » avec un homme qu’elle ne connaissait pas très bien.

Une autre fois, Weinstein l’a invitée au bar d’un hôtel, lui a dit qu’il voulait la faire jouer dans un film de vampires et l’a invitée dans une suite pour lui remettre un scénario, a déclaré la femme. « Oh, non. Je sais trop ce que ça veut dire », a-t-elle dit. « Il s’est moqué de moi et a dit : “ je suis un vieil homme inoffensif ”. »

Weinstein a alors commencé à se déshabiller, est entré dans une chambre et l’a appelée. Quand elle est venue voir ce qu’il voulait, il lui a saisi le bras, a fermé la porte et commencé « à essayer de m’embrasser comme un fou ». Elle a résisté et il est devenu furieux, avant de dire « Je ne te laisserai pas partir avant de faire quelque chose pour toi ». Bien qu’elle ait raconté qu’elle avait feint l’orgasme pour se sortir d’affaire, elle a dit qu’elle avait commencé à avoir une relation sexuelle orale « non forcée » avec Weinstein.

De la compassion

« J’étais confuse après ce qui s’était passé et j’ai décidé d’amorcer une liaison avec lui », a-t-elle expliqué. Même si elle n’était pas sexuellement attirée, elle ressentait de la compassion pour lui et recherchait son approbation, a ajouté Jessica Mann.

Puis, lors d’un voyage à New York en 2013, elle a fixé un petit-déjeuner avec Weinstein et certains de ses amis dans un hôtel où elle séjournait. Elle a alors été bouleversée de voir Weinstein s’enregistrer à la réception, mais elle a accepté de monter dans sa chambre avec lui, pensant qu’elle pourrait lui parler en privé.

Au lieu de cela, le costaud producteur a fermé la porte, lui a crié de se déshabiller. « Il s’est tenu au-dessus de moi jusqu’à ce que je sois complètement nue », a-t-elle déclaré aux jurés.

Il est ensuite entré dans une autre pièce, est ressorti nu et l’a violée. Elle a dit avoir couru par la suite dans une salle de bain, où elle a trouvé une aiguille dans une poubelle et a cru, après quelques recherches, qu’il s’était injecté une drogue provoquant l’érection.

Pourtant, elle est allée à la première d’un de ses films peu de temps après et elle est restée en contact avec lui par courriels, utilisant « beaucoup de flatterie, beaucoup de compliments », a-t-elle admis, vendredi.

« Son ego était si fragile, a-t-elle expliqué. C’est aussi ce qui m’a fait me sentir en sécurité — je l’adorais, dans ce sens. Je voulais être perçue comme ingénue et naïve. »