Le cardinal français Barbarin acquitté

«C’est l’occasion d’ouvrir un nouveau chapitre. De nouveau je vais remettre ma charge d’archevêque de Lyon entre les mains du pape François», annoncé le cardinal Philippe Barbarin.
Photo: Jeff Pachoud Agence France-Presse «C’est l’occasion d’ouvrir un nouveau chapitre. De nouveau je vais remettre ma charge d’archevêque de Lyon entre les mains du pape François», annoncé le cardinal Philippe Barbarin.

Le plus haut dignitaire de l’Église de France, le cardinal Philippe Barbarin, acquitté jeudi après avoir été condamné pour ses silences sur les abus sexuels d’un prêtre, va de nouveau remettre sa démission au pape pour « tourner la page » de cette affaire, symbole des défaillances de l’Église face à la pédocriminalité dans ses rangs.

« C’est l’occasion d’ouvrir un nouveau chapitre. De nouveau je vais remettre ma charge d’archevêque de Lyon entre les mains du pape François », a annoncé le prélat de 69 ans devant la presse.

Après sa condamnation en première instance, Mgr Barbarin avait déjà proposé sa démission au pape, qui l’avait refusée dans l’attente de l’appel, et il s’était mis en retrait de la gestion du diocèse. « Maintenant je veux paisiblement lui renouveler ma demande », a ajouté l’archevêque.

Dans la soirée, le Saint-Siège a indiqué que le pape François voulait s’accorder un délai de réflexion pour lui répondre : « Le Saint-Père, qui continue à suivre de près le déroulement de ces événements douloureux, fera connaître sa décision en temps voulu », a affirmé le directeur de la salle de presse du Saint-Siège, Matteo Bruni.

Le 7 mars, le tribunal correctionnel avait infligé au cardinal six mois de prison avec sursis pour n’avoir rien dit des agressions sexuelles commises par Bernard Preynat sur de jeunes scouts entre 1971 et 1991, dont il avait été mis au courant dès les années 2000.

« Cette injustice est aujourd’hui réparée », s’est félicité jeudi l’un de ses avocats, Me Jean-Félix Luciani. « La Cour a reconnu que le cardinal disait la vérité. Il a fait des erreurs, des fautes. Il l’a dit. L’Église a, à coup sûr, fait des erreurs et des fautes mais il n’incarne pas l’Église ».

Les parties civiles ont annoncé un pourvoi en cassation, à la portée juridique limitée.

« Cas individuel »

En première instance, les juges avaient estimé qu’en ne dénonçant pas les actes que lui avait rapportés une victime de Preynat en 2014, le cardinal avait choisi de « préserver l’institution » et commis une faute pénale.

Il avait immédiatement interjeté appel, ne s’estimant pas coupable devant la justice des hommes, alors qu’il avait demandé « pardon pour [ses] propres fautes » lors d’une messe.

« Je n’ai jamais cherché à cacher, encore moins à couvrir ces faits horribles », a-t-il souvent répété, tandis que les victimes dénonçaient une « omerta » dictée par le Vatican.

À l’audience d’appel fin novembre, l’avocat général Joël Sollier avait réclamé la relaxe en dissociant le « cas individuel » du cardinal Barbarin et les « fautes morales et pénales » commises par l’Église face à la pédocriminalité dans ses rangs.

L’ex-père Bernard Preynat, défroqué à l’issue de son procès canonique en juillet, a comparu devant le tribunal correctionnel il y a dix jours à Lyon (centre-est). Une peine d’au moins huit ans de prison ferme a été requise à son encontre, le jugement étant fixé au 16 mars.

Le cardinal Barbarin l’avait convoqué en 2010 en vue d’un changement d’affectation. Comme en première instance, la cour d’appel a estimé que l’archevêque en savait assez, alors, pour le dénoncer. Mais ce délit tombe sous le coup de la prescription, dont le délai est de trois ans en matière de non-dénonciation.

Acquittement « paradoxal »

La cour a aussi jugé « sérieusement contestable sur le plan moral » le fait d’avoir laissé Preynat au contact d’enfants durant cinq ans, avant sa mise à l’écart en 2015.

« C’est un [acquittement paradoxal ] car elle nous donne satisfaction sur les deux principaux reproches qu’on faisait à Barbarin », a commenté Me Jean Boudot, avocat des parties civiles.

Les parties civiles sont convaincues qu’il a tout fait pour étouffer l’affaire. Elles critiquent une décision « incohérente », « qui vient dire en réalité qu’on n’a pas obligation de dénoncer des violences sexuelles sur mineur une fois que le mineur est devenu majeur. À ma connaissance, c’est la première fois », a dit Me Boudot.

« Je ne crois pas qu’il faille regretter tout ce qui a été engagé », a commenté de son côté l’un des plaignants, François Devaux, président de l’association La Parole Libérée, pour qui ce scandale a conduit l’Église à se remettre en cause.