Développement et Paix: favoriser la participation citoyenne

Pascaline David Collaboration spéciale
Pour encourager les Congolais à agir contre le régime qui les oppresse, l’organisme Développement et Paix a mis en place un projet d’éducation civique et électorale.
Développement et Paix Pour encourager les Congolais à agir contre le régime qui les oppresse, l’organisme Développement et Paix a mis en place un projet d’éducation civique et électorale.

Ce texte fait partie du cahier spécial Coopération internationale

Depuis la fin des années 1970, Développement et Paix est présent en République démocratique du Congo (RDC) pour favoriser la création d’un État de droit. Face à la corruption systémique et à la pauvreté des populations, l’organisme centre principalement son action sur l’éducation civique et électorale.

« Le Congo, avec sa multitude de ressources, devrait être un pays riche, dit Serge Blais, chargé de programme depuis plus de 20 ans. Pourtant, sa population vit dans une grande pauvreté, essentiellement pour des problèmes de gouvernance et de corruption. » Il est donc nécessaire de renforcer la capacité des citoyens à participer davantage à la vie civique.

Pour ce faire, Développement et Paix appuie des radios communautaires, financièrement et techniquement. Ces espaces d’expression indépendants permettent aux populations locales de jouer un rôle important dans la gestion, la programmation et le financement. « Aujourd’hui, certaines radios fonctionnent à 80 % avec leurs propres recettes, on peut donc envisager de se retirer progressivement », explique M. Blais.

L’organisme produit des scénarios radiophoniques traduits dans les quatre langues nationales. Des contrats sont ensuite signés avec 80 stations de radio congolaises pour diffuser ces dialogues lus par des comédiens, dont l’objectif est de faire rire et de faire réfléchir.

Éducation civique

Depuis quatre ans, Développement et Paix a mis en place un projet d’éducation civique et électorale (PECE) financé par Affaires mondiales Canada, en collaboration avec les évêques de la Conférence épiscopale nationale du Congo, très présents dans le pays. « On craignait que les élections qui allaient avoir lieu déclenchent des violences et de la répression, raconte M. Blais. Nous avons monté une équipe de 10 000 animatrices et animateurs locaux à travers le pays. »

Dans les villages, ces personnes-ressources invitent les populations à participer à une séance de réflexion par l’image sur les enjeux des élections et les moyens en leur possession pour agir contre le régime qui les oppresse. Par exemple, les femmes qui travaillent dans les marchés doivent payer des taxes à l’État pour avoir le droit de vendre leurs produits. Toutefois, aucun service n’est prodigué en contrepartie et de gros problèmes d’insalubrité persistent dans ces endroits.

Après la sixième campagne d’information liée à ce projet, de nombreux Congolais sont allés voter en 2018. L’équipe s’est transformée en un groupe d’observation électorale constitué de plus de 40 000 personnes. « Les résultats officiels des élections ne correspondaient pas du tout à ce qui avait été observé par l’équipe, explique M. Blais. C’est frustrant, mais cela ne les a pas découragés à continuer le travail de terrain. »

Dans les classes

L’organisme conscientise également contre les violences, notamment entre des groupes armés qui se disputent les ressources naturelles du pays. « Ces violences créent des espaces de non-droit où les milices vont violer les femmes pour déstructurer les mécanismes de solidarité et s’imposer », explique M. Blais. Des pratiques qui ont débuté à l’est du pays, puis se sont répandues en RDC, à cause de l’impunité.

Des outils pédagogiques ont ainsi été développés pour aider des enseignants au primaire et au secondaire, qui manquent souvent de matériel, à conscientiser les enfants et à développer leur sens critique. Les questions d’égalité homme-femme, deviolence, d’environnement et de démocratie sont abordées dans des manuels élaborés en collaboration avec Educonnexion, un organismequébécois sans but lucratif. Des démarches sont en cours pour distribuer 50 000 exemplaires à travers le pays cette année.

Un magazine de bande dessinée a aussi été créé pour les jeunes qui ne sont pas scolarisés. « Des antivaleurs se sont propagées sous le régime dictatorial du président Mobutu Sese Seko, banalisant la corruption et la tricherie », souligne Serge Blais. Les histoires tendent donc à mettre en valeur des modèles et des comportements qui ont un effet bénéfique sur la communauté et l’environnement.

Un nouveau PECE devrait ainsi voir le jour en 2021, en prévision des élections générales de 2023. Alors que les dirigeants locaux sont nommés par le pouvoir, l’organisme souhaite obtenir la tenue d’élections locales pour favoriser l’émergence d’une nouvelle classe politique où les femmes auront un rôle déterminant à jouer.